z225. Histoires Iraniennes

Mon séjour Iranien m’en aura fait voir de toutes les couleurs. Je ne suis resté que 3 semaines dans le pays des Ayatollah, mais en 3 semaines, j’ai pu me faire une bonne idée de l’ambiance de ce pays, principalement à travers quelques expériences vécues que je vais vous conter ci-dessous.

 

1) Découverte de la « police religieuse »

 

Depuis 1979 et la révolution Islamique emmenée par l’Ayatollah Khomeiny, l’Iran vit à l’heure des règles strictes dictées par l’Islam. Finies les heures du Shah qui était tourné vers l’occident. Aujourd’hui, l’Iranien moyen, qu’il soit heureux ou non, se doit de suivre la volonté des chefs suprêmes religieux et ainsi respecter les règles établies. Parmi ces règles figurent le port du voile obligatoire pour toutes les femmes, l’interdiction pour un garçon et une fille de marcher ensemble dans la rue s’ils ne sont pas mariés, ou encore des règles strictes concernant la façon de se vêtir.

 

A peine arrivé du Turkménistan, je me rends dans la ville de Mashhad, ville la plus sacrée d’Iran car c’est là que se trouve la plus grande mosquée dédiée à l’imam Reza, l’un des piliers de l’Islam. Cette ville est semble-t-il, plus conservatrice que la moyenne, et j’ai pu vérifier cela dès mon second jour de présence sur le territoire Iranien. Il est 10h30 du matin ce vendredi 16 novembre. Je suis devant un musée avec Hosein, le jeune Iranien très sympathique chez qui je loge. Ensemble, nous attendons Fandomi, une jeune demoiselle avec qui j’étais en contact via email grâce à l’excellent site www.hospitalityclub.org. Je ne connais pas son apparence physique vu que je n’ai été en contact que via un échange d’emails. Quelques 15 minutes plus tôt, nous avions parlé au téléphone et Fandomi nous avait dit clairement qu’elle était à proximité du musée et qu’elle ne devrait pas être en retard à notre rendez-vous.

 

10h35. Hosein et moi regardons autour de nous mais ne voyons personne venir vers nous. Cependant, nous voyons 3 femmes vêtues de la tenue noire traditionnelle et un homme habillé en militaire en train de parler à une jeune demoiselle. 10 mètres derrière, un jeune homme parle avec un autre homme habillé en militaire. Hosein m’explique alors « Tu vois Ludovic, ces 3 femmes et 2 hommes qui interrogent ce jeune couple, c’est la police religieuse. Leur rôle est de s’assurer que les règles de l’Islam sont bien respectées. Par exemple, je peux te parier que ces deux jeunes qui doivent se justifier maintenant étaient simplement en train de marcher ensemble mais ne sont pas mariés. Cela est interdit ici ». Surpris par de tels propos et ne connaissant pas l’existence de cette police religieuse, je pose alors beaucoup de questions et m’exclame « Es-tu en train de me dire qu’il est interdit pour un garçon et une fille de simplement marcher dans la rue ensemble s’ils ne sont pas mariés ? ». Hosein me répond par la positive et rajoute « Personne ne les aime mais ils sont très puissants en Iran ».

 

Je regarde le spectacle avec surprise. Photo ci-dessous prise discrètement de cet entretien entre cette jeune fille parlant à 4 membres de la police religieuse et derrière, le jeune homme parlant à un autre membre.

 

 

A peine la photo prise, 2 hommes viennent vers moi et me disent « nous avons honte de donner une telle image aux touristes, soyez assurer que personne ne les aime et que nous

aimerions avoir d’autres règles. Il n’y a rien de mal à simplement marcher dans la rue, même si on n’est pas marié ».

 

10h45. Fandomi n’est toujours pas là. Je me demande ce qu’il se passe, elle m’avait assurée qu’elle ne serait pas en retard.

10h50. La police religieuse embarque le jeune homme sur une moto et la jeune fille dans une voiture. Photos ci-dessous.

 

 

Fandomi n’étant toujours pas là, Hosein et moi décidons de partir pensant qu’elle nous appellera tôt ou tard, nos appels répétés étant restés sans réponse.

Une heure plus tard, coup de téléphone sur le téléphone d’Hosein. Celui-ci me dit que Fandomi, l’amie que j’attendais a eu des problèmes avec la police religieuse. La scène que j’avais pu suivre en direct était en fait celle de mon amie sans que je le sache. Fandomi est alors libre de ses mouvements et nous pouvons nous retrouver autour d’une table avec Hosein. L’ami de Fandomi quant à lui est parti de son côté. Fandomi explique alors « Je marchais tranquillement avec mon compagnon de classe pour venir te voir et la police religieuse est venue nous demander si nous étions mariés. Nous avons répondu par la négative puis ils nous ont interrogés séparément nous posant de nombreuses questions sur notre vie privée. Ensuite, nous sommes allés au poste de police et avons dû signer une déclaration promettant que plus jamais nous ne répéterons un tel acte. Ils ont ensuite appelé mes parents leur disant que je marchais seule avec un homme sans que je sois marié. J’ai de la chance, mes parents n’ont aucun problème avec cela ».

 

Cette scène est bien représentative de l’Iran d’aujourd’hui. Durant mon séjour Iranien, j’ai été surpris de voir à quel point la jeune génération n’est pas religieuse (beaucoup moins conservatrice qu’au Pakistan par exemple) et n’aime pas le système en place. Lors de mes discussions, je me suis rendu compte par exemple qu’environ 80% des femmes (surtout celles de ma génération) ne porteraient pas le voile si cela n’était pas obligatoire. Durant mes 3 semaines en Iran, j’ai eu un certain nombre de discussions sur ce sujet et j’ai ressenti une détresse de la jeune génération qui aimerait un changement, aimerait davantage de libertés, aimerait se débarrasser de « ces mullah et Ayatollah qui sont tellement loin de la préoccupation des jeunes » mais tout le monde s’accorde à dire qu’un changement est impossible aujourd’hui et qu’il ne pourra venir que progressivement. A chaque fois que je posais la question d’une possible nouvelle révolution, les jeunes me répondaient tous la même chose avec un soupire « crois moi qu’on aimerait bien ce changement mais personne n’est prêt à payer le prix d’une révolution. Le gouvernement est trop fort et nous ne souhaitons pas un bain de sang…Le changement viendra petit à petit ». Une nouvelle révolution ne semble donc pas à l’ordre du jour même si la volonté est là…

 

2) Encore plus de police religieuse

 

Nouvelle histoire vécue cette fois dans la capitale Téhéran. La capitale Iranienne est en général moins conservatrice et les jeunes disposent de davantage de libertés qu’à Mashhad. « Je n’ai jamais eu ni jamais vu qui que ce soit ayant des problèmes avec la police simplement parce qu’un couple non marié marchait ensemble » me dit Muhammad, mon hôte à Téhéran. Moins regardant sur ce point, certes, mais les contraintes en matière d’habillement restent très strictes. A peine sorti du métro, je marche avec Muhammad quand je vois 2 femmes habillées tout en noir comme la photo précédente et un homme approcher une femme dont le voile ne couvrait que la moitié de sa tête, dont la veste était un peu plus courte que la normale (une veste normale doit arriver au niveau des genoux de façon à ce qu’on ne puisse distinguer aucune forme) et dont le maquillage était peut-être un petit peu supérieur à la moyenne. Rien de choquant pour un occidental comme moi. Ces 3 personnes demandent alors à cette dame de venir dans la voiture de police car ses habits ne sont pas en règle. La femme ne se laisse pas faire et dit d’un ton sec « laissez-moi tranquille, je suis habillée correctement et je dois rentrer à la maison » (traduction de mon ami, la femme parlant dans la langue locale). Les 2 femmes l’entourant commencent à forcer la main et la demoiselle se débat et crie plus fort « laissez-moi tranquille, je veux rentrer à la maison ». Ne se laissant pas faire, l’homme policier intervient et lui donne un coup. Toute la foule qui suivait l’histoire se révolte alors et les insultes contre la police fusent dans tous les sens. « Ne frappez pas cette dame, vous n’avez aucun droit » pouvait-on entendre (merci à la traduction une nouvelle fois). Dans l’énervement général de la foule, un jeune donne un violent coup de pied dans la roue de la voiture de police qui s’apprêtait à partir avec la demoiselle « problématique » à l’intérieur. Le policier vient alors violemment sur ce jeune homme, lui bloque le bras et le pousse à l’intérieur de la voiture avant qu’elle ne parte en trombe.

 

Ci-dessous, quelques photos prises sur place. Bien entendu, je n’ai pas souhaité utiliser le flash afin de rester discret et d’éviter les problèmes.

 

 

 

Cette histoire est également à mon goût représentative de la situation actuelle en Iran.

 

Ci-dessous, 2 photos marrantes. La première est d’un magasin de bottes. Vous pouvez donc les acheter mais il est interdit de les porter dans la rue !!!

 

 

La deuxième est un magasin de vêtements très libéral, avec un panneau au-dessus de la porte disant qu’une tenue conservatrice est demandée pour rentrer dans le magasin…

 

 

Dernier mot sur la police religieuse. Lors de mon séjour dans la ville de Shiraz, je rencontre un homme homosexuel. Le président Iranien déclarait récemment dans l’université de

Columbia aux Etats-Unis qu’il n’y avait pas d’homosexuel en Iran, mon expérience m’a prouvé le contraire. Lors d’une discussion avec celui-ci, il m’explique l’histoire de certains de ses amis. « Un jour, un de mes amis avait organisé une fête pour les homosexuels. Je ne pouvais pas y aller mais j’étais invité. Lors de cette soirée, il y avait de l’alcool et certains ont eu des relations sexuelles dans une chambre. A ce moment est arrivée la police religieuse. Tout le monde a été embarqué au poste de police. Ceux qui avaient des relations sexuelles ont été exécutés par pendaison, les autres ont été fouettés. Ca se passe comme ça en Iran« . Ca ne rigole pas dans ce pays !!!

 

3) On frappe et on cherche à comprendre ensuite

 

La troisième histoire me concerne directement. Je suis à Shiraz, une charmante ville dans le sud du pays et marche tranquillement entre les monuments. Je vois alors une grande photo de l’Ayatollah Khomeiny et de l’Ayatollah Khamenei, son successeur depuis sa mort en 1989. Ces photos sont un peu partout dans toutes les villes Iraniennes mais je n’avais pas eu l’occasion de prendre de photos jusqu’alors.

 

Photo ci-dessous du bâtiment en question. Cette photo fut prise de loin le jour d’après de l’histoire qui suit :

 

 

Je prends ma photo et un policier me fait signe de venir vers lui. Je me rapproche et celui-ci me prend mon appareil photo et part vers l’intérieur du bâtiment. Je lui dis alors « rendez-moi mon appareil, je peux effacer la photo, je ne savais pas que c’était interdit ». Celui-ci ne m’écoute pas et souhaite garder mon appareil, je force un peu sa main en essayant de récupérer mon appareil et lui dis en anglais de me rendre mon appareil et que je vais effacer la photo. Celui-ci me tient alors le bras. A ce moment même, 4 gardes responsables de la sécurité du bâtiment voyant que le policier me tient le bras viennent vers moi violemment. 3 m’immobilisent et un me donne d’abord un coup de genou dans les parties puis un coup de poing dans l’estomac. Voyant que le garde me frappe, le policier dit rapidement « ne frappez pas », le garde arrête alors de suite. Bien remonté de m’être fait frappé sans raison, je pointe alors mon doigt vers le garde m’ayant frappé et lui dit « you, you’re gonna be in big trouble » (« toi, attends-toi à avoir des problèmes ! »). Le policier explique alors que l’intervention des gardes n’est pas nécessaire et celui-ci m’emmène dans une petite salle où un homme, visiblement un des managers du bâtiment, occupé et peu intéressé par l’histoire me dit « effacez la photo, bonne journée ».

 

Je suis alors libre de mes mouvements et peux partir. Cependant, je ne souhaite pas partir sans revenir vers le garde m’ayant frappé. Je le retrouve et lui dis à nouveau d’un ton sec que je vais appeler la police et qu’il n’avait pas à frapper sans comprendre la situation. Celui-ci, visiblement très embêté de son geste et voyant que je suis étranger et souhaite appeler la police se met à genou et dit « sorry, sorry, don’t understand ». Il me tend alors son visage et me demande de le frapper à mon tour afin d’avoir une égalité. Bien entendu, je ne l’ai pas frappé mais n’ai pas manqué de lui montrer clairement à quel point je n’aimais cette violence rapide et systématique sans même comprendre ce qui se passait…

La photo fut donc effacée mais je suis revenu le lendemain pour prendre à nouveau la photo de cet endroit (ci-dessus)…de loin cette fois-ci !

 

Voilà donc 3 histoires vécues qui en disent long sur ce pays. Cependant, il serait bien dommage de ne garder que cette image de l’Iran. La population de ce pays a été pendant mon séjour absolument adorable. L’accueil et l’hospitalité des Iraniens est sans aucun doute l’une des meilleures au monde. Très impressionnant.

 

A bientôt