z214. Problèmes avec ambassade de France

Disons-le clairement, être citoyen Français quand on voyage à travers le monde est un atout formidable.

 

Quasiment aux 4 coins de notre planète, la France dispose d’une bonne image (image de romantisme, de culture et d’histoire riche, de produits de luxe, de bons parfums, de la mode, pays de la révolution Française, pays donnant de l’importance aux droits de l’homme, pays s’étant opposé aux Etats-Unis avant la guerre en Irak, etc.) et le passeport Français est sans aucun doute l’un de ceux ouvrant le plus de portes à travers le globe (besoin de relativement peu de visas et peu de difficulté à en obtenir, si besoin).

 

Jusqu’à maintenant, en 4 ans et demi de voyage autour du monde, obtenir mes visas n’a jamais été très compliqué. Pour ce faire, je me suis toujours rendu dans les ambassades des pays précédant celui dont je souhaitais obtenir le passeport (ambassade de Chine au Viêt-Nam, ambassade de Mongolie en Chine, etc.) et j’ai toujours obtenu le précieux sésame me permettant de continuer mon parcours, sans grande difficulté. Selon les ambassades, les temps d’attente varient de 1 jour à 2 semaines mais je n’ai jusqu’à maintenant jamais reçu le moindre refus. Merci la nationalité Française !!! (Les Colombiens, Pakistanais ou Indiens ne peuvent pas dire la même chose). J’espère sincèrement que les prochaines générations rigoleront de ce bout de carton qu’on appelle passeport et le mettront dans un musée, mais en attendant, celui-ci est plus que nécessaire afin de pouvoir se déplacer à travers le globe.

 

Cependant, la situation que je viens de vivre pendant 1 mois à New Delhi, en Inde, m’a énervé au plus haut point et je souhaitais écrire une brève sur mon site afin de l’expliquer très clairement.

 

Souhaitant obtenir mon visa pour le Pakistan, je me suis rendu au début du mois d’août dans l’ambassade du Pakistan à New Delhi, capitale de l’Inde.

 

Pour la première fois depuis le début de mon parcours, l’ambassade du Pakistan me demande, outre les renseignements habituels, une lettre d’introduction de mon ambassade, « c’est une lettre prouvant que vous êtes citoyen Français et que vous pouvez venir au Pakistan » me dit l’attaché consulaire Pakistanais en charge des visas. Connaissant la procédure (que j’ai lue sur Internet), je vais à l’ambassade de France, tout sourire, demander cette fameuse lettre. Selon les différents forums de voyageurs que j’avais lus, obtenir cette lettre ne devait poser aucun problème et pouvait être faite en quelques minutes. Mais voilà, 3 semaines avant ma demande, le Général Musharraf, chef du gouvernement Pakistanais, avait ordonné l’assaut de la mosquée Rouge à Islamabad, qui était devenu le repère de religieux fondamentalistes. Ce « nettoyage » de la Mosquée Rouge (une centaine de morts) et les incertaines élections Présidentielles à venir poussa l’ambassadeur de France à New Delhi, M. Dominique Girard, à ne plus donner cette lettre.

 

« L’ambassade de France a décidé de ne plus donner cette lettre pour des raisons de sécurité » me répond l’attaché consulaire Français. Cherchant à mieux comprendre les raisons de cette décision, on m’explique que l’accès au Pakistan ne m’est pas interdit mais qu’aucune lettre qui pourrait m’aider à me rendre dans ce pays « trop dangereux » ne sera faite par l’ambassade de France. Surpris et déçu par cette décision, je demande à parler à un supérieur. « Monsieur Hubler, la décision a été prise par l’ambassadeur lui-même. Celui-ci est en vacances et ne reviendra que dans 15 jours » me dit-on. « Personne ici n’est en mesure de remettre en cause une décision prise par l’ambassadeur. Si je vous fais cette lettre, je suis viré. Vous pouvez toujours lui écrire une lettre, il la lira sans doute » ajoute-t-il.

 

Afin de terminer mon tour du monde en stop comme il se doit, aller au Pakistan est un passage obligé. Quasiment aucune autre alternative n’est possible. Ci-dessous, vous trouverez une carte détaillant les autres frontières (en rouge) :

 

 

–  Inde puis Népal puis Tibet : Le stop est interdit au Tibet. La traversée que j’ai faite il y a 7 mois fut possible car j’entrais depuis la Chine et me rendais ensuite au Népal. En me cachant dans des camions, il était possible d’entrer au Tibet sans avoir de problème de visa. Dans l’autre sens, Inde-Népal-Tibet, cela n’est pas possible. A la frontière, il ne m’aurait pas été possible de passer car il faut pour cela une voiture (avec 4 personnes à l’intérieur semble t-il), un plan de voyage et un permis spécial. 
–  Inde puis Tibet : Il existe une frontière entre l’Inde et le Tibet mais celle-ci est fermée aux étrangers. 
–  Birmanie : Pas de frontière ouverte entre l’Inde et la Birmanie

 

Les 3 autres solutions possibles (en vert sur la carte), mais très compliquées auraient pu être :

 

–  Trouver un bateau allant directement de l’Inde jusqu’en Iran : Je connais très bien les difficultés du bateau-stop avec les cargos (lire précédentes brèves) et je doute qu’il y ait de nombreux voiliers suivant cette route. Option donc possible mais très difficile. 
–  Trouver un bateau partant du sud de l’Inde pour aller vers les Maldives puis l’Afrique : Bien que l’option soit tentante en terme d’endroits à découvrir, je compte être de retour en France à la fin de l’année 2007 et un tel voyage rajouterait une bonne année de voyage. 
–  Avion-stop : L’avion-stop n’est pas impossible mais cette solution ne me plaisait pas beaucoup souhaitant rester au contact de la terre.

Obtenir ce visa Pakistanais était donc très important pour moi et j’étais prêt à mettre toute mon énergie dans la bataille pour l’obtenir.

 

Suite à ma rencontre avec l’attaché consulaire de l’ambassade de France, je suis retourné voir l’ambassade du Pakistan leur expliquant la situation mais la réponse ne s’est pas faite attendre « Désolé Monsieur, nous ne traiterons pas votre demande de visa sans cette lettre. Je ne sais pas pourquoi ils ne veulent pas vous la donner, toutes les autres ambassades la donnent, regardez tous ces passeports. Le problème doit venir de vous, pas de votre ambassade » me dit cet homme caché derrière une petite fenêtre (l’ambassade du Pakistan en Inde est une forteresse, du fait des relations entre ces 2 pays). Je demande à parler à un supérieur mais la fenêtre se ferme rapidement et mes seuls interlocuteurs potentiels à ce moment-là sont des soldats armés protégeant l’ambassade.

 

Frustré et mécontent de cette situation, j’écris alors à l’ambassadeur, lui décris la situation, mon tour du monde et lui demande son intervention. Malheureusement, j’apprends le 25 août que l’ambassadeur ne reviendra plus et qu’il va être remplacé. En attendant, le numéro 2, M. Fonbaustier, chargé d’affaires, prend l’affaire en main, lit ma lettre et accepte de me rencontrer après avoir lu un article sur mon tour du monde dans un journal local. « Monsieur Hubler, quand l’ambassadeur prend une décision, il ne la prend pas à la légère. C’est bien beau de faire le tour du monde mais le Pakistan est un pays dangereux et nous ne souhaitons pas encourager nos ressortissants à y aller. Je ne vous ferai aucune lettre » me dit-il d’un ton ferme et décidé. Je lui propose alors d’oublier cette lettre et de m’en faire une autre expliquant la position de l’ambassade de France afin de pouvoir la montrer à l’ambassade du Pakistan « Faire une telle lettre est hors de question pour raisons diplomatiques » me rétorque t-il alors…

 

La situation semblant bloquée du côté de l’ambassade de France, je décide de viser plus haut dans l’ambassade du Pakistan. Je parle successivement par téléphone à un responsable visa, puis rencontre le chef de la section visa, puis rencontre le numéro 3 et enfin le bras droit de l’ambassadeur lui-même qui avait été contacté par l’ambassadeur du Pakistan dans un autre pays, grâce à un contact. Malheureusement, les réponses données par toutes ces personnes furent les mêmes « Monsieur Hubler, nous ne pouvons rien faire pour vous. Cette lettre est obligatoire, la décision vient du Pakistan et personne dans cette ambassade ne peut prendre la moindre décision. Après discussion avec l’un d’entre eux, il me semble cependant possible d’obtenir le précieux sésame avec une lettre stipulant simplement que je suis Français et que mon numéro de passeport est XXXXX« .

 

Je recontacte alors l’ambassade de France et leur demande, avec toujours beaucoup de calme et de diplomatie, de me faire une lettre stipulant simplement mon nom, ma date de naissance, le fait que je suis citoyen Français et mon numéro de passeport. Je me dis qu’obtenir une telle lettre ne devrait pas poser problème et qu’il est dans mon droit de demander à mon ambassade de prouver mon identité et ma nationalité. La réponse ne se fait pas attendre « Monsieur Hubler, vous n’aurez aucune lettre de notre ambassade. Nous ne faisons pas ce type de lettre, au revoir« .

 

Toujours mécontent mais certainement pas démotivé, je passe à l’étape supérieure et contacte le Quai d’Orsay afin de savoir si cette décision de ne plus faire cette fameuse lettre d’introduction vient de Paris comme me l’avait annoncé le numéro 2 ou de New Delhi…Au quai d’Orsay, je parle avec Mme Clélia Fleury, responsable de la sécurité des personnes dans le Moyen-Orient. Je lui expose le problème et celle-ci répond « Je suis au courant de la situation. Je ne peux pas recommander à l’ambassade de France à New Delhi de faire cette lettre. Changez votre parcours ou abandonnez-le Monsieur Hubler, nous ne pouvons cautionner votre parcours, c’est trop dangereux« . La réponse n’est pas claire, il n’y a visiblement aucune position définie à Paris sur la question : « faut-il ou non faire cette lettre qui est demandée dans toutes les ambassades du Pakistan à travers le monde ? »…

 

La situation devient donc très délicate. L’ambassade de France à New Delhi ne me fera pas de lettre. L’ambassade du Pakistan ne me fera pas de visa sans lettre et le Quai d’Orsay à Paris ne souhaite pas recommander le moindre voyage au Pakistan. Que puis-je faire pour débloquer la situation ??? Je téléphone alors à l’ambassade de France à Katmandu, au Népal, leur demandant s’ils seraient prêts à faire une telle lettre ; une charmante dame me répond alors « Oui, nous pouvons le faire mais nous vous ferons signer un papier où vous écrirez que vous êtes au courant des recommandations aux voyageurs faites par le Ministère des Affaires Etrangères« . Je remercie cette dame et pars peu après pour le Népal. 70h de route aller-retour simplement pour aller chercher une lettre, quelle stupidité !!! Arrivé à Katmandu, je me rends rapidement à l’ambassade, qui accepte de me faire cette fameuse lettre (voir copie ci-dessous et photo de l’ambassade). Une fois la lettre en main, je me rends ensuite à l’ambassade du Pakistan à Katmandu qui traitera ma demande en moins de 24h…

Copie ci-dessous de cette fameuse lettre d’introduction :

 

 

Ambassade de France au Népal :

 

 

Une fois le visa dans le passeport, j’embrasse mon visa et deviens alors la personne la plus heureuse du monde. Jamais n’aurais-je pensé embrasser un visa Pakistanais, et pourtant… !!!

J’écris aujourd’hui ces quelques lignes depuis Islamabad, où la grande majorité des gens que je rencontre sont absolument adorables (la prudence reste bien entendu toujours nécessaire comme c’est le cas dans le monde entier). Ci-dessous, quelques photos prises lors de conférences récemment données dans la ville de Lahore…

 

 

CONCLUSION

 

Avant de terminer, je tiens à donner mon sentiment sur ce qui vient de se passer. Cette histoire m’a énervé au plus haut point et je suis très remonté contre l’ambassade de France à New Delhi et contre le Ministère des Affaires Etrangères Français. Si je veux bien comprendre que mon ambassade souhaite protéger ses ressortissants en leur donnant des conseils, j’ai bien plus de mal à comprendre pourquoi celle-ci souhaite bloquer l’entrée au Pakistan de ceux qui souhaitent s’y rendre (ne pas faire cette lettre équivaut à empêcher les ressortissants Français ne résidant pas en France de se rendre au Pakistan). L’objectif de mon tour du monde (qui est aussi l’objectif de bien d’autres voyageurs) est d’apprendre des autres cultures mais aussi d’avoir un maximum d’interactions positives avec les locaux que je rencontre. Je pars du principe que plus il y aura d’interactions positives entre des personnes de cultures différentes, plus les peuples se comprendront et plus ils vivront en harmonie. De plus, à travers les conférences que je donne, j’essaie de faire passer des messages positifs de réalisation des rêves, de tolérance, de protection de l’environnement et de compréhension entre les peuples…Dans le Moyen-Orient, ces interactions permettent à de jeunes étudiants de rencontrer souvent pour la première fois une personne venue d’une autre civilisation. Cette rencontre permet de casser quelques stéréotypes et de se rendre compte que nous avons les mêmes besoins et aspirations de base.

 

Les voyageurs comme moi ne vont peut-être pas changer le monde mais sans doute contribueront-ils à l’améliorer. S’il y a une chose dont je suis absolument certain, c’est qu’empêcher les dialogues et interactions positives entre Occidentaux et Pakistanais mais aussi empêcher que l’argent du tourisme arrive au Pakistan est le meilleur moyen d’isoler le Moyen-Orient et de le précipiter dans une crise encore plus profonde.

 

A méditer messieurs les ambassadeurs et employés du ministère des affaires étrangères…

 

Avant de prendre la route pour le Pakistan, plusieurs médias qui avaient couvert mon parcours quelques jours auparavant ont souhaité médiatiser cette histoire de visa et la décision de l’ambassade de France. Afin d’éviter les problèmes et de faire une mauvaise publicité à mon pays, j’ai refusé ces sollicitations. Cependant, au fond de moi, croyez-moi que l’envie de faire connaître cette situation à un grand nombre de personnes ne manquait pas…

 

A bientôt

 

Dernières nouvelles. Ci-dessous, un email reçu ce jour de l’ambassade de France au Pakistan. Cet email restera bien entendu sans réponse. Pour information, je ne compte pas me rendre en Irak.

 

« Bonjour Monsieur, Cette Ambassade a appris par la presse que vous séjourniez actuellement à Islamabad. L’article de presse précise que vous comptez poursuivre votre voyage vers l’Afghanistan, l’Iran et l’Irak. Comme vous en avez déjà été informé par notre Ambassade à New Delhi et par le Ministère des Affaires Etrangères (Mme Clélia Fleury), le Pakistan traverse actuellement une crise politique grave et les zones que vous allez traverser (Baloutchistan ou NWFP) sont particulièrement dangereuses. L’Ambassadeur de France au Pakistan, M. Régis de BELENET, m’a demandé de vous dissuader de continuer votre périple. Vous avez sans doute consulté la fiche « Conseils aux Voyageurs » sur le site du Ministère des Affaires Etrangères et nous pouvons confirmer aujourd’hui que la situation reste très tendue. Nous savons que votre projet est déjà avance et sans aucun doute très louable, mais les risques de violence et d’enlèvements au Pakistan sont loin d’être négligeables malgré l’apparente tranquillité régnant aujourd’hui à Islamabad. Je ne peux vous joindre personnellement n’ayant pas votre numéro de téléphone. Je vous serais reconnaissant de bien vouloir joindre soit l’Ambassade au XXXXX, soit moi-même. Mon numéro de téléphone portable est le XXXXXXXXX. Avec mes meilleures salutations. XXXXX«