z202. Le plus dur, le plus beau, le plus triste (Traversée Tibet)

Se rendre au Tibet est pour chaque globe-trotter un voyage pas comme les autres, un voyage demandant davantage de préparation que beaucoup d’autres destinations ordinaires. Le Tibet porte en lui un côté mythique. Côté mythique qui attire, qui fait rêver mais qui peut également faire peur. Que ce soit les cyclistes, les motards, les auto-stoppeurs ou tout simplement les routards traditionnels, tout type de voyageur (individuel) passera davantage de temps à regarder ses cartes routières et lira davantage d’informations sur le net dès lors qu’il s’agit d’organiser un voyage dans la province Tibétaine annexée par la Chine en 1951.

 

Et pour cause, outre les difficultés géographiques dues à son emplacement au beau milieu des montagnes de l’Himalaya, s’ajoutent de nombreuses difficultés politiques. Le territoire Tibétain est un sujet très sensible pour le gouvernement Chinois et celui-ci se plaît à rendre l’accès plus difficile pour les étrangers afin de contrôler l’afflux de touristes.

Lhassa, ville d’origine du grand Dalaï-lama, compte aujourd’hui 5 routes permettant de la relier à l’extérieur. 5 routes existantes mais seules 2 sont officiellement ouvertes aux étrangers. Ci-dessous, une carte du Tibet avec les 5 routes possibles permettant de rejoindre la ville sacrée de Lhassa. La route partant vers Golmud au nord est de loin la plus fréquentée, elle compte plus de 80% du trafic sortant ou entrant au Tibet. En noir, celle que j’ai utilisé, une route interdite aux étrangers.

 

 

Outre le problème de la route interdite, deux autres problèmes se posent pour l’auto-stoppeur que je suis. Tout d’abord, l’auto-stop est absolument interdit au Tibet. Ensuite, un permis est demandé à tous les étrangers. Le permis ordinaire couvre la ville de Lhassa et d’autres permis sont demandés si le voyageur souhaite se rendre dans d’autres régions. Outre le problème financier pour moi (aucune envie de payer ce permis), se pose le problème qu’il faut un titre de transport pour avoir ce permis (bus, train ou avion). Autrement dit, je me lancerai dans la traversée sans avoir le permis nécessaire vu que c’est en stop que je traverserai la province.

 

3 problèmes se posent donc au moment où je décide de me lancer depuis la ville de Chengdu en Chine avec l’objectif de rejoindre Lhassa, ville située à quelques 2500 Kms à l’Ouest, de l’autre côté de nombreuses montagnes, de très hautes montagnes, celles de l’Himalaya.

 

« Ludo, tu as beau avoir fait 4 ans de tour du monde en stop, tu ne pourras pas te rendre au Tibet en auto-stop, c’est impossible. C’est interdit, les points de contrôle sont partout et tu te feras jeter sans aucune pitié« . Ce genre de phrases, je les ai entendues 100 fois. Elles me rappelaient d’ailleurs drôlement celles qui me furent prononcées avant ma traversée du désert de Gobi ou tout simplement lorsque le tour du monde en stop n’était qu’un projet. Avant de me lancer, les paroles de mes interlocuteurs sont alors peu encourageantes sur mes chances de succès de me rendre dans la capitale Tibétaine.

 

J’écoute ces paroles avec intérêt mais reste campé sur mes positions en répondant « Je tenterai le coup. Le risque que je prends est simplement de me faire exclure du Tibet, ce n’est pas la fin du monde« . Un risque réel mais qui n’est pas comparable avec le risque que j’aurais pris si j’avais tenté la traversée de la Corée du Nord en stop. Rien de très grave en sorte si cette entreprise devait échouer.

 

Pas la fin du monde, certes, mais je dois avouer qu’un échec dans cette entreprise pourrait me poser problème dans la poursuite de mon aventure. Mon objectif est de rejoindre le Népal puis l’Inde où de nombreuses activités sont prévues pour les prochains mois. Être exclu du Tibet voudrait dire devoir passer par le col du Kunjirap au Pakistan qui serait très vraisemblablement fermé au mois de Mars. Les autres options (Kirghizstan, Kazakhstan et Russie) changeraient complètement mon plan de voyage…De plus, mon visa de touriste n’a plus qu’une petite quinzaine de jours de validité à ce moment, mieux vaut ne pas trop traîner…

 

Depuis le début de mon tour du monde en janvier 2003, je voyage avec un « book media », un book qui rassemble des articles de presse touchant à mon aventure ainsi que des photos prises aux 4 coins de la planète. Ce book m’a aidé à de nombreuses reprises que ce soit avec les autorités ou tout simplement avec les conducteurs car il constitue une preuve de crédibilité. Avant de partir pour cette traversée du Tibet, je cherche à mettre le maximum de chances de mon côté en préparant d’autres papiers en langue Chinoise expliquant plus en détail les objectifs et missions que je réalise pendant mon parcours. On n’est jamais trop prudent…Ci-dessous, quelques-uns des papiers préparés…

 

 

 

 

 

 

 

Autre chose qui pourrait m’aider en cas de problème : les journaux. La médiatisation de mon parcours fut très importante en Chine et cela pourrait être un argument au cas où un problème devait se poser. Ci-dessous, quelques-uns des articles en Chinois expliquant mon aventure.

 

 

Les affaires sont prêtes, je dis au revoir à mes hôtes à Chengdu et me prépare pour une nouvelle étape intéressante de mon tour du monde. A ce moment, je ne suis pas inquiet (j’ai appris à ne plus l’être après 4 ans de pouce levé au bord des routes du monde) mais j’ai tout de même une petite appréhension, le genre d’appréhension que j’avais avant de me lancer dans la traversée de la Colombie, le désert du Sahara ou le désert de Gobi…Je suis bien content d’ailleurs de toujours avoir ces appréhensions, cela me montre que je reste sensible et que j’ai toujours toute ma tête…Le fait qu’une exclusion rendrait mon cas bien compliqué est à ce moment bien présent au fond de moi mais je reste très optimiste…

La sortie de la ville se passe sans grand problème, les 200/300 Kms qui suivent ne sont guère plus compliqués ayant à disposition de nombreuses voitures potentielles partant dans la bonne direction et une autoroute dans un très bon état.

 

Après cet échauffement, commencent alors les choses sérieuses. Je me rapproche de la petite ville de Kangding et me lance à ce moment véritablement dans la traversée de l’Himalaya, plus grande chaîne de montagnes au monde. Kangding a des allures de fin du monde Chinois et de début du monde Tibétain, même si la frontière officielle est encore bien loin. Lorsque qu’on arrive dans cette petite ville, l’influence Tibétaine commence à se faire sentir, une influence qui se confirmera au fil des kilomètres.

 

Pour me rendre à Kangding, des policiers me sont venus en aide comme ce fut souvent le cas pendant mon séjour Chinois. Les policiers sont à ce moment une aide plutôt qu’une potentielle source de problème…cela sera de moins en moins vrai au fur et à mesure que l’entrée au Tibet se rapprochera…Photos ci-dessous avec les policiers Chinois m’ayant aidé à trouver un véhicule. Je suis à ce moment encore assez loin de la « frontière » avec le Tibet.

 

 

Un chauffeur de camion accepte de me prendre à ses côtés. Les montagnes sont de plus en plus pentues, la neige et le verglas font leur apparition, les chaînes deviennent nécessaires, la vitesse moyenne du camion passe de 20 Km/h à 10 ou 15 Km/h. Il me reste plus de 2200 Kms à parcourir, je me rends compte à ce moment que je ne suis pas prêt d’arriver et que rejoindre la ville de Lhassa prendra probablement une bonne semaine. Photos ci-dessous de ce camion et de son chauffeur m’ayant pris pendant de nombreux kilomètres…

 

 

 

La route est parfois dangereuse, certains bus retournés nous incitent à la prudence…

 

 

Une fois ce camion quitté, je me retrouve au bord de la route seul dans une station service très peu fréquentée. Plus on se rapproche du Tibet, plus les véhicules se font rares. Je suis à ce moment à quelques 400 Kms à l’Ouest de Chengdu, mon point de départ, et il n’y a en moyenne qu’un véhicule par heure me passant devant.

 

Pendant mon attente, je rencontre quelques pèlerins. Ces hommes sont absolument incroyables. Ils se rendent à Lhassa, comme moi, mais en marchant. Mais uniquement marcher serait trop facile. Eux font beaucoup plus difficile. Chaque 3 pas, ils se couchent par terre en signe de prosternation pour le grand Buddha puis se relèvent. Le grand voyage de plus de 2000 Kms prend plusieurs mois, comporte de nombreuses souffrances mais offre une satisfaction spirituelle sans égal. Ci-dessous, quelques photos lorsque j’ai pu discuter avec ces pélerins et leur présenter ce que je faisais seul au bord de la route…

 

 

 

Quelques heures d’attente seront nécessaires avant qu’une équipe de China mobile, l’opérateur téléphonique local, me propose de me déposer dans la ville de Degé, petite ville à la frontière Tibétaine. Passer par la route du nord n’était pas mon fantasme car cela me rajoute près de 300 Kms à mon parcours mais la route du Sud n’a quasiment pas de trafic car les routes sont considérées trop dangereuses et sont souvent fermées pour cause de glissements de terrain. J’accepte donc la proposition et après une trentaine d’heures de route de montagnes, j’arrive enfin à la ville frontalière côté Chinois. Ci-dessous, la voiture m’ayant permis de me rendre dans la petite ville de Degé.

 

 

Je ne suis pas encore officiellement au Tibet mais la culture est ici déjà complètement Tibétaine. Ci-dessous, quelques photos de paysages et de villages rencontrés sur la route.

L’architecture des villages Tibétains…

 

 

 

 

 

Une photo de la route ci-dessous

 

 

L’équipe de China mobile m’a bien aidé en me permettant de rejoindre la ville frontalière et en me logeant dans le même hôtel qu’eux (je partageais la chambre du chauffeur). Cependant, ils n’iront pas plus loin et me laissent tout seul au petit matin. Mon aventure Tibétaine peut alors réellement commencer. Nous sommes à 4500 mètres d’altitude, il neige, il fait froid, la nuit fut mauvaise, je ne suis pas en grande forme avec un terrible mal de tête dû à l’altitude des cols traversés la veille (6300 mètres) et un léger stress dû au fait que les policiers n’aiment pas voir les étrangers dans cette zone… mais quand faut y aller, faut y aller. Avec mes affaires sur le dos, je marche la tête basse pour sortir de la ville cherchant à éviter tout contact avec la police locale qui aurait vite fait de me bloquer le passage. La nuit précédente, je regardais ma carte et me disais « pourvu qu’ils ne me bloquent pas l’accès, sortir de cette zone me prendrait de nombreux jours et mon autorisation de séjour ne serait pas suffisante« . Il est 7h00 du matin, les rues sont désertes, seules quelques chèvres et vaches viennent chercher de la nourriture dans les poubelles souvent renversées.

 

Je sors de la petite ville et marche en direction de la frontière qui se situe à une vingtaine de kilomètres de là. Après une trentaine de minutes de marche, une petite camionnette me passe devant. Je l’arrête, explique mon aventure au chauffeur en lui montrant mes articles et le reste de mes documents. Je suis bien conscient que les chauffeurs ont à cet endroit très peur de prendre des étrangers et tente par conséquent d’être le plus convaincant possible. Malgré le fait que notre communication ne fut que gestuelle, le chauffeur accepte alors de me prendre à son bord malgré un refus initial. Ça y est, je pars pour le Tibet, un moment très attendu. Je suis très content au fond de moi mais aussi un peu stressé. Je me fais tout petit à l’arrière de la camionnette en croisant mes doigts et en me disant « j’espère que ça va passer »…

 

Une vingtaine de minutes de route sur des routes non goudronnées puis se présente le fameux poste de frontière. La camionnette se rapproche lentement, je vois un officiel sortir de sa petite cabane et me fais encore plus petit à l’arrière, juste derrière le conducteur. Je regrette à ce moment de ne pas avoir les yeux bridés ou tout du moins un costume pouvant masquer que je suis bel et bien un étranger interdit sur ces terres ; cela rendrait le passage bien plus facile. L’officiel se rapproche de la camionnette, vient vers le chauffeur, jette un rapide coup d’oeil à l’intérieur puis fait signe au chauffeur de continuer sa route…Ouf ! Il ne m’a pas vu malgré mon mètre 88. Me voilà maintenant au Tibet, illégal certes, mais j’y suis à mon plus grand bonheur…Reste maintenant à passer la quinzaine de points de contrôle sur la route devant pour rejoindre la capitale Lhassa qui est à ce moment à quelques 2000 Kms d’ici. Etape numéro 1 passée avec succès.

 

Le chauffeur de la camionnette me dépose alors dans le village suivant. Dans ce village, je marche une fois de plus la tête baissée afin d’éviter tout contact avec la police locale. En marchant, je me dis à quel point cette situation est triste, très triste. Ce territoire que le Dalaï-lama aimerait voir comme le paradis de la tolérance, de la non-violence, de l’amour entre les peuples est aujourd’hui un endroit où le hommes non bridés ne possédant pas la nationalité Chinoise, sont obligés de marcher la tête basse pour ne pas être reconnus par les autorités sous peine d’être exclus. Cet endroit que le Dalaï-lama aimerait voir comme un exemple de non-violence est aujourd’hui rempli de points de contrôle avec des policiers armés et des camps militaires. Quelle tristesse !

 

Pendant que je marche vers l’extérieur du village, je rencontre de jeunes moines Bouddhistes très surpris de ma présence sur leur terre. Photo ci-dessous :

 

 

Une fois la fin du village atteinte, je m’assois sur mon sac et me prépare à attendre de longues heures avant de pouvoir continuer ma route. En effet, le trafic dans cette partie du Tibet est très limité. Environ 1 véhicule toutes les heures, voire 2 heures se présente à moi. Pendant ce temps, j’attends paisiblement en mangeant de la viande de Yak, viande séchée très nutritive qui m’aura permis de tenir pendant un moment dans les endroits les plus reculés. Un achat que je n’ai pas regretté. Photo ci-dessous :

 

 

Un peu de viande de Yak, un peu de lecture mais malheureusement très peu de stop. Il me faudra plus de 7 heures avant de trouver un camion partant pour le village suivant. Avant cela, 3 véhicules étaient passés mais avaient refusé de me prendre, me faisant comprendre que la police n’aimait pas cela et qu’ils ne souhaitaient pas prendre le risque de me faire monter à bord…Difficile de trouver des arguments, surtout dans une langue inconnue, pour les convaincre de tout de même me prendre…

 

D’un village à l’autre, je fais mon petit bout de chemin à travers les montagnes toutes plus hautes les unes que les autres. Sur l’une de ces montagnes, enneigée, un camion bloque le passage et il nous faudra de nombreuses heures avant de pouvoir continuer à avancer. Sur les photos ci-dessous, vous verrez que j’ai profité de l’arrêt des camions pour aller demander si certains chauffeurs partaient directement vers Lhassa. Malheureusement, aucune réponse positive et je dû continuer à faire étape par étape.

 

 

 

 

Les paysages croisés sur la route sont magiques. Ci-dessous, quelques photos prises sur la route :

 

 

 

En situation de stop :

 

 

Quelques photos avec de jeunes Tibétaines rencontrées sur la route :

 

 

et des nonnes très souriantes…

 

 

 

Enfin, quelques photos de yak, animal omniprésent au Tibet :

 

 

 

 

Durant la totalité de la traversée, le stop ne se passa pas sans difficultés. Les temps d’attente furent à chaque étape assez longs. Je n’ai pas battu mon record d’attente (28 heures au Brésil) mais j’ai eu à plusieurs reprises des temps d’attente de 5-6 heures principalement dû au fait que le trafic était très faible et que les locaux ne souhaitaient pas prendre d’étranger dans leur voiture ou camion. Les points de contrôle furent effectivement très présents et le passage de chacun d’entre eux fut une montée d’adrénaline pour moi. Fort heureusement, la majorité des policiers rencontrés étaient probablement fatigués et levaient la barrière sans vraiment se soucier de ce que contenait le véhicule souhaitant passer le point de contrôle. Je ne vais pas m’en plaindre. A deux reprises cependant, la personne me prenant en stop m’a demandé de sortir avant le point de contrôle et c’est donc à pied, le coeur battant à 300 Km/h, que je suis passé sous la barrière. Les policiers responsables du point de contrôle semblaient quant à eux plus surpris qu’embêtés par ma présence et aucun d’entre eux ne me posa de questions ni sur la raison de ma présence ni sur le permis Tibétain. Ouf ! Le trajet pouvait continuer.

 

Outre le bateau stop qui restera sans aucun doute la partie la plus difficile de mon tour du monde en stop, je pense que la traversée du Tibet a été, jusqu’à maintenant, l’une des étapes les plus difficiles sur terre.

 

Rester dans les hôtels, même les moins chers (1 à 2 Euros la nuit) n’est pas possible pour les étrangers, la police sanctionnant lourdement les établissements donnant le logis aux ressortissants non Chinois. Si dormir dehors ne me pose en général aucun problème, cela fut un peu différent durant ce séjour étant donné que le froid des nuits Tibétaines ne m’aurait sans doute pas permis de voir le lever du jour. Pendant mes 7 jours de stop, j’ai donc dû dormir un peu partout. Dans des camions, dans un garage ou chez des locaux. Ci-dessous, quelques photos prises dans une famille m’ayant proposé de loger chez eux alors que j’attendais devant leur porte d’entrée l’éventuel passage d’un camion…Comme ce fut le cas au Laos, il m’a fallu à nouveau jouer au docteur, cette fois avec le père de famille. Ma boîte de Doliprane a une nouvelle fois bien aidé.

 

 

Un des moments mémorables avec cette famille fut le repas du soir. Bien entendu, ce fut des noodles qui étaient au menu. Ces noodles, je les mangeais avec les baguettes « à l’Européenne », c’est à dire sans avoir la tête dans le bol et sans faire de bruit. La famille toute entière, très surprise par ma façon de me nourrir s’arrête alors de manger et me regarde fixement jusqu’à ce que le fils m’explique que pour bien manger les noodles, il faut suivre leur exemple. La tête dans le bol et la bouche prête à avaler directement les noodles…J’ai donc dû m’exécuter et manger comme les locaux en cherchant à faire le maximum de bruit. « In Rome, do like Romans do »…Un épisode qui a en tout cas bien fait rire mes hôtes.

 

Photo de l’endroit où j’ai passé la nuit :

 

 

Le lendemain matin, l’un des membres de la famille voulait se rendre dans la direction souhaitée et m’avait proposé de m’emmener dans son camion. Sa technique pour chauffer le moteur m’a bien fait rire mais malheureusement, cela n’a pas suffit et le camion n’a jamais voulu démarrer. 4 heures d’attente de plus avant d’avoir une nouvelle solution se présentant à moi :

 

 

Quelques jours après cela, de jeunes Chinois m’ont pris en stop et proposé de partager la chambre d’hôtel avec eux. Photo dans la voiture avec ces jeunes Chinois :

 

 

Nous sommes alors dans la ville de Nyngh à quelques 700 Kms de Lhassa. Je rentre dans l’hôtel en suivant mes nouveaux amis. Bien conscient que ma présence pourrait poser problème, je passe rapidement dans le hall principal et monte devant la porte de la chambre que je partagerai avec 2 autres. Je suis à ce moment très fatigué, sale et je ne rêve que d’une nuit tranquille et d’une bonne douche. Malheureusement, notre carte supposée ouvrir la chambre ne marche pas et 3 secondes plus tard, le gérant de ce petit hôtel vient pour régler le problème et croise inévitablement mon regard. Il me laisse rentrer dans la chambre mais appelle immédiatement un membre du groupe et lui dit quelque chose du style « Votre ami étranger ne peut rester ici. Si la police devait savoir qu’un étranger reste dans mon hôtel, j’aurais une grosse amende et votre ami se ferait exclure du Tibet dans la seconde ». Quelques secondes après cette conversation, Yeng-li vient me voir et me dis dans un anglais très basique mais compréhensible « sorry, problem, can’t stay here, police don’t want »…Ayant plus ou moins anticipé un tel événement, je demande si je peux rester dans la voiture pendant la nuit. Suite à cette question s’en suit une grande discussion en Chinois entre tous les membres du groupe cherchant à m’aider et bien d’accord avec moi que cette situation est ridicule. « Car is cold » me dit l’un d’entre eux. Je souris à cette réflexion car je n’ai aucune autre possibilité entre mes mains et rester dehors aurait un double danger : le froid et la police. Un autre me dit « don’t go out, police, problem if see you ». Intéressante situation. Je ne peux rester à l’intérieur de l’établissement car le gérant à peur d’avoir des problèmes et je ne peux sortir car la police pourrait me voir. Que puis-je faire ? M’envoler ? Coup de chance, mes compagnons de voyage sont de jeunes gens dynamiques et intelligents. L’un d’entre eux, Michael de son nom Anglais, descend quelques marches et retourne à la réception voir le manager puis revient quelques minutes plus tard. « Le manager est d’accord que tu restes à condition que tu ne sortes pas ce soir et que nous partions de bonne heure demain matin, ok ? ». Bien sûr, cette proposition fut acceptée et, tel un criminel, je restai dans la chambre d’hôtel de peur de rencontrer la police. Le dîner, quant à lui, se passa dans la chambre également, Michael m’ayant gentiment rapporté un plat d’un petit restaurant des alentours…

 

 

Après une nuit reposante, une bonne douche et un rasage nécessaire, j’entame la dernière ligne droite. Avec mes compagnons de voyage, nous mettons en place un plan au cas où la police devait nous arrêter et nous demande où nous avons dormi. Les Chinois ont dormi à l’hôtel et moi, l’étranger, dans la voiture, rien de plus naturel…

A peine parti, la police ne tarda pas à montrer le bout de son nez au barrage de la sortie de la ville. Je redoute fortement celui-là car c’est un point important et c’est la dernière ville avant Lhassa. Mon derrière est resserré une nouvelle fois, j’essaie de tenir mon visage près de la vitre teintée derrière le chauffeur et prie pour que la barrière se lève sans conséquence…Une nouvelle fois, coup de chance, la police ne me voit pas et je peux partir pour Lhassa, la capitale en soufflant un bon coup.

Ce sont ces mêmes jeunes Chinois très sympas qui m’emmèneront jusqu’à Lhassa, une ville absolument magique et très spirituelle. Le Potala, ancien lieu de vie des Dalaï-lama, est une merveille architecturale qui a aujourd’hui quelque peu des allures de bateau abandonné. Ci-dessous, la photo à mon arrivée à Lhassa.

 

 

Photo du Potala…

 

 

Vue du centre ville de Lhassa

 

 

La ville de Lhassa a deux parties bien distinctes. Si la partie Tibétaine est pleine de charme, la majorité de la ville ressemble aujourd’hui à toute autre ville Chinoise. Par ailleurs, le

grand drapeau Chinois flottant en face du Potala, le fait que la route principale s’appelle « Beijing road », le fait que bientôt la population Tibétaine sera une minorité dans son propre pays sont autant d’aspects qui m’ont rendu très triste. Le Dalaï-lama, l’un des hommes que je respecte le plus dans le monde, appelle l’activité de la Chine un « génocide culturel » détruisant tout le patrimoine historique mais aussi l’âme Tibétaine. Ce génocide est largement tangible sur place et il est regrettable que chaque jour qui passe, c’est un morceau de l’identité Tibétaine qui disparaît un peu plus…

 

Pour terminer, 2 photos de braves dames en train de prier. Peut-être prient elles pour que leur chef spirituel puisse un jour revenir sur ses terres…En attendant, non seulement le Dalaï-lama ne peut revenir au Tibet mais même apporter sa photo ou le drapeau Tibétain sont des choses interdites par la loi Chinoise.

 

 

Le trajet depuis Lhassa jusqu’à la frontière Népalaise fut quant à lui moins aventureux du fait que la route est ouverte aux étrangers et le trafic un petit peu plus important. Les décors furent cependant superbes. Ci-dessous, une photo permettant de voir le fameux Mont Everest situé à 8848m au dessus de la mer…

 

 

…et une autre où je suis en train d’attendre un véhicule qui pourrait m’emmener au Népal.

 

 

Je suis maintenant dans la ville de Katmandou au Népal. A peine arrivé à la frontière, j’ai marché vers l’extérieur du premier village où il y avait un point de contrôle. J’ai expliqué mon tour du monde à ces policiers (qui parlaient Anglais !!!) et ils m’ont aidé à trouver un camion me permettant de rejoindre la capitale. Photo de ces policiers ci-dessous.

 

 

A bientôt