z195. Une journée en Birmanie

Cette brève reprend en partie la dernière newsletter.

 

Lors de ma dernière newsletter, je vous avais fait part de la situation dans la région d’Aceh, en Indonésie, 20 mois après le terrible Tsunami qui avait détruit une partie de la région le 26 décembre 2004. Aujourd’hui, après avoir traversé Singapour, la Malaisie et une partie de la Thaïlande, je suis aujourd’hui à la porte d’entrée de la Birmanie, un pays des plus controversés, contrôlé d’une main de fer par une junte militaire très répressive (voir carte ci-dessous pour vous aider à repérer ce pays géographiquement et cliquez ici pour davantage d’informations sur la situation politique dans ce pays).

 

 

Birmanie. Y aller ? Ne pas y aller ?

 

Se rendre en Birmanie pose un problème d’ordre éthique. Tout voyageur souhaitant se rendre dans ce pays se doit avant tout de se poser la question morale suivante : Est-il acceptable ou non de se rendre dans un pays où de nombreuses infrastructures touristiques sont contrôlées directement ou indirectement par un gouvernement traitant son propre peuple de façon absolument atroce ?

 

Si l’on en croit Daw Aung San Suu Kyi, femme exceptionnelle, prix Nobel de la paix en 1991 pour sa lutte non-violente pour la démocratie et le respect des droits de l’homme dans son pays (voir sa photo ci-dessous), il ne faut pas s’y rendre tant que la junte sera au pouvoir. Si l’on en croit l’ONU et de nombreux experts, le tourisme est une source d’ouverture d’esprit pour tout le monde (locaux et voyageurs) et doit être encouragé à condition bien sûr qu’il y ait de nombreux contacts positifs avec la population locale. Les réserves de Mme San Suu Kyi visent sans doute davantage les riches touristes qui remplissent les caisses du gouvernement que les « backpackers », beaucoup moins dépensiers et plus proches des populations locales…Le thème est sujet à débat.

 

Photo de Daw Aung San Suu Kyi trouvée sur Internet

 

 

Personnellement, je fais partie de ceux qui encouragent le voyage aux 4 coins de la planète, à condition bien sûr d’adapter son comportement aux exigences du pays. Pour la Birmanie, cela veut dire, entre autres, de faire bien attention à la façon dont l’argent est dépensé, évitant systématiquement les sources de revenu pour le gouvernement…

Me déplaçant uniquement en stop et cherchant toujours des contacts avec les populations locales, je souhaitais vivement me rendre en Birmanie, un pays fort attractif non seulement pour la beauté de ses temples et paysages mais surtout afin de me rendre compte par moi-même du style de vie imposé par le gouvernement en place. Cependant, pour m’y rendre, un obstacle majeur me posait problème.

 

Afin de mieux contrôler les touristes, le gouvernement oblige tout voyageur disposant du visa d’entrée, de rejoindre la capitale Yangoon par avion. Aucune autre alternative n’est possible et les routes sont bloquées aux étrangers à toutes les frontières terrestres ouvertes (la majorité des postes de frontière sont fermés).

Mon défi de tour du monde en stop m’interdisant de prendre l’avion, me rendre dans l’intérieur de ce pays par la route ne pouvait donc se faire qu’illégalement. Si sortir de la légalité peut être une alternative possible dans certains endroits du monde, ce n’est certainement pas le cas en Birmanie. Me faire arrêter par des militaires dans un endroit interdit aux étrangers aurait non seulement des conséquences non désirables pour moi mais pourrait mettre sérieusement la vie en danger de la personne me prenant en stop. Ceci étant bien entendu inconcevable, je n’irai donc pas dans l’intérieur des terres cette fois-ci…

 

Cependant, depuis quelques années, le gouvernement autorise aux étrangers se rendant à la frontière de passer quelques heures dans la ville frontalière à la condition que le passeport soit laissé à l’immigration et que le visiteur soit de retour avant 17h00. J’ai opté pour cette solution. Ci-dessous, un petit résumé de cette journée…

 

1 journée en Birmanie

 

La ville frontalière, ou village devrais-je dire, s’appelle Myawadi. Bien entendu, comme n’importe quelle ville frontalière à travers le monde, Myawadi n’a pas un très grand attrait touristique. Le temple d’architecture Birmane est à peu près le seul monument d’intérêt à visiter (voir photo ci-dessous).

 

 

1 journée est également très peu pour communiquer avec des locaux et se faire une réelle idée des conditions de vie dans ce pays. Cependant, alors que je marchais tranquillement sur le « friendship bridge » séparant les 2 pays construit en 1997 et me rendais vers le poste frontière de la Birmanie (voir photos ci-dessous), j’engage la conversation avec un des ces nombreux locaux ayant la permission de se rendre uniquement à Mae Sot, ville frontalière Thailandaise de l’autre côté de la rivière. P. (nom volontairement caché), 30 ans, a appris l’Anglais tout seul dans les livres et s’exprime très correctement dans la langue de Shaekspear « Apprendre l’Anglais est très important si on veut s’en sortir » me dira t-il en réponse à mon exclamation « vous parlez très bien Anglais ! ». « S’en sortir« . Ces mots pourraient être entendus dans tous les pays en développement mais prennent une toute autre ampleur quand on connaît la politique de la junte militaire qui ne laisse aucune liberté à ses citoyens.

 

 

 

« Ici, en Birmanie, nous n’avons que très rarement la chance de rencontrer des étrangers et c’est un grand plaisir pour nous de pouvoir parler à des gens venus d’un autre pays« . P. n’avait rien à vendre et voulait discuter du monde et moi je ne voulais rien acheter et voulait parler de la Birmanie. La frontière passée (les autorités ayant pris ma photo et mon passeport en me disant « vous devez être de retour avant 17h00, nous vous rendrons le passeport à ce moment là« ), nous avons donc passé 3 heures ensemble à discuter. « Beaucoup de gens sont curieux des conditions de vie à l’exterieur du pays. La presse n’a aucune liberté ici, tout est de la propagande et les informations sont souvent censurées. L’objectif du gouvernement est de faire croire au peuple qu’il n’y a rien de mieux que la vie en Birmanie. Leur contrôle est total » me dit-il regardant autour de lui que personne ne l’écoute avant de rajouter « Ici, il vaut mieux éviter de parler politique, on ne sait jamais qui est espion et la délation est chose très encouragée« . Un espoir de changement ? « Non, le contrôle est tel que toute tentative de rebellion est souvent reperée très tôt et les conséquences sont souvent terribles« , me dira-il.

 

Cette rencontre et discussion qui se prolongera sera le principal point marquant de ma journée. A l’issue de cette rencontre, l’air des Beatles « It’s time for a revolution » se chantait tout seul dans mon esprit…Ci-dessous, certaines autres petites choses qui m’ont marqué lors de cette courte journée.

 

L’alphabet

 

J’ai pu apprécier l’alphabet Birman

 

 

Les moyens de transport

 

J’ai vu très peu de voitures dans la ville frontalière. Le moyen de transport utilisé localement est le petit chariot ci-dessous.

 

 

…que moines Bouddhistes, nombreux, utilisent également…

 

 

Internet

 

Internet est très réglementé en Birmanie et de nombreux sites sont censurés. Je fus surpris de voir un café Internet dans la ville frontalière…mais comme vous pourrez le voir de vous même, ce café était en fait un salon de coiffure…je ne sais pas si le gouvernement a quelque chose à voir là dedans…

 

 

Lutte contre la drogue

 

Le traffic de drogue est important dans la région. Le gouvernement Birman lutte activement contre ce traffic et le fait savoir. Les panneaux comme ceux en photo ci-dessous sont aux 4 coins de la ville :

 

 

Un maquillage particulier

 

Certains disent que c’est pour être plus belles, d’autres pour se proteger du soleil. Quoi qu’il en soit, une grande majorité des demoiselles Birmanes rencontrées aiment se badigoner le visage avec de la poudre…

 

 

Et enfin…

 

La route que j’aurais aimé prendre mais qui n’est pas ouverte aux étrangers…Cette route va jusqu’à Istambul et sera probablement ouverte dans les prochaines années…C’est en tout cas ce que tout le monde espère…

 

 

Tel un élève sérieux, je suis donc rentré au poste frontière avant 17 heures et j’ai ainsi pu récupérer mon passeport. Une journée sans évenement majeur mais qui m’aura au moins permis d’avoir un petit aperçu de ce pays somme toute assez mystérieux…

 

A bientôt