z187. Financement Tour du Monde

« Ludo, ton aventure est bien sympa mais j’ai une question à te poser. Comment fais-tu pour financer un tel voyage, cela fait tout de même 3 ans et demi que tu es sur la route et tu sembles encore avoir un bout de chemin« .

 

Les questions de ce style se succèdent les unes après les autres dans ma boîte email. N’ayant absolument rien à cacher, je vais maintenant tenter d’apporter une réponse, qui, je l’espère, pourra satisfaire la curiosité (que je comprends très bien) des lecteurs de mon site.

 

Si vous pensez « je suis parti en Espagne l’été dernier pendant 2 semaines, cela m’a coûté 1500 Euros, j’imagine que Ludovic a dû dépenser 1500 Euros x 91 semaines = 136.500 Euros« , vous êtes bien à côté de la vérité.

 

Mon budget est, depuis mon départ le 1er janvier 2003, de l’ordre de 10 dollars US par jour. Une moyenne parfois supérieure dans les pays développés, parfois inférieure dans les pays en développement.

 

Voici comment se décompose mon budget :

 

Dépenses

 

Regardez le budget de la grande majorité des voyageurs et vous vous apercevrez que le logement et le transport occupent un pourcentage très important du budget total. De mon côté, cela est bien différent.

 

Transport

 

Comme vous le savez, mon défi est de boucler la grande boucle en utilisant le stop sous toutes ses formes pour se déplacer. Ce choix fut motivé par le désir de contact avec les populations locales qu’il implique mais il faut bien reconnaître que son côté économique n’est pas négligeable.

 

Mes seules dépenses de transport sont celles du transport urbain (pas de stop dans les villes) et les quelques excursions d’une journée avec retour au point de départ. Si un ticket de bus coûte environ 1.5 Euros à Paris, il ne coûte que 20 cts à Djakarta, ville où je me trouve actuellement.

 

Le stop n’est bien entendu pas chose facile et les heures de marche, d’attente ou les tentatives infructuseuses se comptent par centaines voire milliers. Cependant, avec un moral positif, on arrive toujours à se rendre à l’endroit voulu.

 

Ci-dessous, une petite compilation de situations de stop depuis le début de mon aventure.

 

 

La solitude de l’auto-stoppeur :

 

 

Un montage fait par journal Salvadorien :

 

 

Vous l’avez compris, les dépenses de transport sont quasiment inexistantes.

 

Logement

 

Sans aucun doute, la question la plus fréquemment posée est « Où dors-tu ? » Cela ne fait pas parti de mon défi mais je cherche constamment à réduire au maximum les dépenses liées au logement. Les différents endroits où je loge sont les suivants :

 

–  Logement chez l’habitant : Si inviter des « inconnus » à dormir à la maison n’est pas chose courante en Europe, cela est bien différent dans d’autres pays où l’hospitalité fait partie intégrante de la culture. Le logement chez l’habitant a donc été assez courant. L’objectif étant bien entendu de faire en sorte de sortir sur une relation gagnant-gagnant où tous les acteurs sortent heureux de l’experience. Outre les invitations reçues sur la route, via mon site ou via les amis des amis, j’utilise de plus en plus les 2 sites Internet www.couchsurfing.com et www.hospitalityclub.org. Ces 2 sites Internet sont révolutionnaires dans le milieu du voyage et ne cessent de se développer jour après jour. Un formidable réseau de centaines de milliers de personnes cherchant à s’entre-aider et à rencontrer d’autres voyageurs. J’ai eu la chance de pouvoir profiter des invitations de nombreux membres. Je ne manquerai pas de les inviter à mon retour ou d’en inviter d’autres. Bravo aux fondateurs de ces 2 bijoux.

 

–  Proposition de travail : Payer 20 ou 30 USD la nuit dans un pays développé est inconcevable pour moi durant mon tour du monde. Il m’est cependant arrivé à plusieurs reprises de me retrouver dans « l’obligation » de trouver un hôtel pour diverses raisons. Ne souhaitant pas payer le prix de la chambre, j’ai par conséquent proposé mes services contre une chambre gratuite. Ainsi, j’ai par exemple lavé la piscine de l’hôtel 2 heures par jour à Key West en Floride contre un lit gratuit, j’ai lavé la vaisselle en Nouvelle-Zélande et j’ai travaillé pendant 6 semaines en tant qu’homme de ménage à Darwin en Australie contre une chambre gratuite avant que je puisse trouver un bateau et embarquer pour l’Indonésie (voir photos ci-dessous). Les exemples de ce type sont très nombreux malgré que les refus d’hôtels le furent tout autant.

 

 

–  Hôtels pas chers : Dans les pays en développement, il m’est arrivé à plusieurs reprises de payer des nuits d’hôtel ou d’auberge de jeunesse. Cependant, le prix de la chambre, et donc la qualité, sont au plus bas. Comptez 2 à 3 dollars pour un lit et 4 murs autour en Indonésie, 3 à 4 dollars au Nicaragua. Dans la grande majorité des pays en développement, vous trouverez des chambres à moins de 5 dollars la nuit…N’ayez pas peur des toiles d’arraignées et des grafitis sur les murs cependant…

Quelques exemples ci-dessous…et ce ne sont pas les pires…

 

 

Si l’on s’habitue facilement à l’inconfort, il est cependant bien plus difficile de s’habituer à l’insécurité. Il m’a fallu par conséquent opter pour ce choix à de nombreuses reprises.

 

–  Extérieur : Je ne compte plus les nuits passées à l’extérieur tant elles furent nombreuses. Zéro centime dépensé mais un confort inexistant. Je me rappelerai cependant de chacunes d’entre elles…Compilation de photos ci-dessous de quelques nuits passées à la belle étoile en Australie…

 

 

Parmi les petites frayeurs dues à des nuits exterieurs, je me souviendrai notamment d’un rat me passant dessus en Argentine, d’un serpent tout près de moi en Australie ou encore à plusieurs reprises de voix s’approchant de moi…mais aucune ne m’a jamais vraiment posé problème. Autre situation plutôt désagréable, je n’oublierai jamais cette nuit passée dans un garage d’une petite station essence Brésilienne et d’un réveil à 4 heures du matin dans l’eau, toutes mes affaires et documents trempés, tout cela à cause de trous dans le toit et d’une forte averse…

 

–  Tente : Je l’ai laissée à Rio de Janeiro après plusieurs mois de bons et loyaux services. Ma tente m’a certes beaucoup servi mais m’a en fait plus fait souffrir dû à son poids qu’elle m’a vraiment aidé. Ci-dessous, une photo dans ma tente au beau milieu du sahara occidental lorsque qu’une camionnette m’avait pris en stop pendant 5 jours mais n’avait pas de logement pour moi.

 

 

–  Dans les camions : Dormir dans les camions ou voitures est chose très commune pour un auto-stoppeur.

 

 

Ci-dessous, une nuit passée en Colombie sous un camion dans un hamac que le chauffeur m’avait prêté. Très confortable.

 

 

–  Dans les bateaux : Bien entendu, lors de mes traversées d’océans, je dormais dans les bateaux. De plus, lors de mes recherches, il m’est souvent arrivé de dormir dans des marinas contre la réalisation de diverses missions.

 

Ci-dessous, quelques photos de l’intérieur du bateau m’ayant permis de traverser l’océan Atlantique.

 

 

Vous l’avez compris, le « secret » d’un budget peu élevé se situe principalement dans l’absence quasi-totale de frais de transport et de logement. D’autres frais sont à considérer cependant :

 

–  Nourriture : Avoir assez d’argent pour se nourrir est bien entendu essentiel lorsque l’on souhaite ne pas vivre aux dépens de qui que ce soit. Si la nourriture est parfois chère dans les pays développés, ce n’est pas le cas ailleurs. Une grande assiette comprenant poulet, riz, haricots rouges et salade (voir photo ci-dessous) coûtera environ 1.5 dollar au Nicaragua. Une nourriture complète dans un Padang en Indonésie coûtera encore moins…Une fois de plus, le budget dépend du niveau de confort et de qualité souhaité…

 

 

 

–  Internet : Très important pour moi, les dépenses liées à Internet ne sont pas sans importance. Les prix des cybers varient entre 30 cts (USD) par heure en Argentine et 25 USD par heure à Bora Bora. Mon utilisation dépend bien entendu du tarif mais il n’est pas rare que je passe plus de 3-4 heures par jour sur Internet (suivi des informations, contact avec proches, rédactions d’articles, recherches, préparation de la suite du voyage, projet pédagogique…).

 

Photo ci-dessous prise dans un cyber café en Argentine.

 

 

–  Assurance : Pas négligeable, le coût de l’assurance que je paie par an s’élève à quelques 900 Euros par an.

 

–  Visas : Être Français est une chance de ce côté là, les Visas à obtenir sont en général assez limités. Ils sont même inexistants pour la grande majorité des pays du continent Amériques pour moins de 3 moins. Pour l’Asie (où le nombre de visas nécessaire est bien plus nombreux), je prends les visas dans le pays précédent et dois payer une moyenne de 50 USD par pays.

 

Photo ci-dessous du passage de la frontière Honduras – El Salvador. Un passage sans aucune difficulté où le fait d’avoir un passport Européen fut un avantage incontestable. Le coût d’entrée ou de sortie varie selon les pays. Il est parfois gratuit (comme ce fut le cas lors de la photo ci-dessous), parfois gratuit avec recherche de corruption, parfois payant, les sommes allant de 2 dollars à plus de 100 dollars.

 

 

Photos ci-dessous de la frontière Maroc-Mauritanie :

 

 

–  Divers : Il convient de toujours laisser une partie divers. Certaines dépenses sortant du budget sont toujours possibles (entrée dans des parcs nationaux, obligation de corruption…).

 

Dernière chose concernant une limitation des dépenses : apprendre à déjouer les pièges à touristes . Le nombre d’exemples auxquels j’ai assisté de touristes payant parfois 10 fois le prix « normal » est impressionnant. Je ne ferai pas une liste mais pourrais écrire un livre sur ce thème…

 

Mon budget de vie quotidienne est donc d’environ 10 USD par jour. En rajoutant l’assurance et d’autres petits frais (abonnement au journal Courrier International sur Internet, compte bancaire sur Internet, Frais bancaires, etc…), j’arrive environ à 12 Euros par jour soit environ 4400 Euros par an soit environ 15400 Euros depuis le début de mon aventure le 1er janvier 2003.

 

A cela, il convient de rajouter les coûts pour le matériel vidéo et l’ordinateur portable WIFI acheté aux Etats-Unis pour ma tournée de conférences (le WIFI m’a aidé à de nombreuses reprises me permettant d’avoir un accès à Internet gratuit dans de nombreux endroits en Amérique du Nord et en Australie).

 

Côté recettes, les économies personnelles et l’apport financier de quelques sponsors m’ont bien aidé pour débuter mon aventure mais n’ont pas suffit pour financer le reste du parcours. Le reste des recettes est venu de la rédaction de quelques articles, de diverses missions réalisées à droite à gauche mais surtout de mes conférences.

 

Ci-dessous, la liste de mes partenaires et quelques photos prises lors de périodes de travail diverses.

 

 

 

Près de 180 conférences données dans des alliances Françaises, écoles, universités, Rotary club…principalement aux Etats-Unis, Canada et Australie m’ont permis de financer le reste de l’aventure.

 

Est-ce que cela suffira pour financer le tour du monde jusqu’à son issue ? Je ne peux répondre pour le moment. Cependant, une chose est sûre, je ne souhaite pas que l’argent soit un frein à la réalisation de mon objectif. Peut-être me faudra t-il faire un emprunt ou travailler davantage sur la route (quoi que je ne souhaite pas « prendre » les emplois des locaux dans les pays en développement) pour pouvoir boucler mon aventure. Cela ne m’inquiète pas, j’aurai ensuite de nombreuses années de travail pour gagner de l’argent et rembourser mes éventuelles dettes.

 

J’espère que ces quelques précisions pourront permettre d’y voir plus clair à ceux qui m’ont posé les questions.

 

A la question fréquemment posée « N’es tu pas fatigué de toujours bourlinguer dans des conditions pour le moins inconfortables ? », je réponds « Parfois, oui, il m’arrive que la vie de sédentaire me manque mais celle-ci arrivera tôt ou tard. J’ai aujourd’hui le grand privilège de pouvoir découvrir le monde aux contacts des populations locales et je profite tous les jours de ce que m’apporte ce long voyage en tentant d’en faire profiter d’autres d’une façon ou d’une autre« .

 

A bientôt.