z186. Faire du Stop en Indonésie

Avant mon départ le 1er janvier 2003, un ami proche me demande « Ludo, penses-tu que le stop est un concept mondial ? qu’il marche aux 4 coins du monde ? ». Ne sachant quoi lui répondre et n’ayant à vrai dire aucune idée, je lui tends une carte du monde et lui dis « Regarde, il y a des routes partout dans le monde, il doit bien y avoir des voitures, il doit donc y avoir des conducteurs…pas de raison pour qu’il n’y ait pas de stop« …Pas convaincu de ma réponse, mon ami mon regarde d’un air méfiant et me dit « tu verras bien, je suis curieux de voir notamment comment le stop se passera en Asie où la culture et la langue sont bien différents de la nôtre« .

 

Ce commentaire m’est resté en tête mais malgré mes grandes incertitudes sur la faisabilité du stop à travers le monde, je me suis tout de même lançé dans l’aventure le 1er janvier 2003.

 

Si le stop fut faisable sans difficultés majeures dans les Amériques, en Europe et en Afrique, il en sera effectivement une autre paire de manche en Asie.

En Indonésie depuis près de 2 mois, je découvre de nouvelles difficultés que je n’avais jusque là jamais eu à affronter. Voici quelques-unes d’entre-elles :

 

–  Problème numéro 1 : La culture de l’auto-stop : Si le concept de l’auto-stop (prendre un inconnu dans sa voiture ou son camion gratuitement afin de partager quelques minutes ou heures d’un même trajet) fut toujours chose connue dans les pays traversés jusqu’à maintenant, cela est bien différent en Indonésie. Très régulièrement, les conducteurs de voitures privées ou appartenant au gouvernement sont très surpris de ma présence et ne comprennent pas ce que je fais au bord de la route à arrêter les voitures et éviter les bus (nombreux). Le concept même leur est souvent inconnu, il me faut alors leur expliquer en quoi consiste l’auto-stop et mon challenge de faire le tour du monde en stop…

 

–  Problème numéro 2 : La barrière de la langue : Pour la première fois depuis 3 ans et demi, je me retrouve devant un sérieux problème de barrière linguistique. Si l’Indonésien est la langue la plus facile d’Asie, elle demeure bien différente de toutes celles que je connais (uniquement des langues occidentales). Lors de l’arrêt d’une voiture, il me faut en général réussir à faire passer mon message en 10 secondes maximum. Mes difficultés de communication et l’ampleur du défi (faire comprendre ce que je souhaite) font que cela prend bien plus de temps par ici. Il m’est arrivé par conséquent de nombreuses fois de voir les voitures repartir devant moi sans que je réussisse à faire passer mon message. Frustrant.

 

Devant ces difficultés, je me suis fait un traduire un petit texte que je présente avec un grand sourire aux voitures acceptant de s’arrêter. Certains acceptent de le lire, d’autres me disent quelque chose en Indonésien et reprennent leur route sans avoir compris pourquoi j’ai cherché à arrêter leur voiture, d’autres ne savent tout simplement pas lire.

A signaler que les mots « auto-stop » ou « stop » (dans le sens de faire du stop) n’ont pas d’équivalents dans la langue Indonésienne.

 

–  Problème numéro 3 : Les signes. Notre bon vieux pouce tendu que tout le monde comprend dans le monde occidental n’existe absolument pas en Indonésie.

Photo ci-dessous en situation de stop sur une route de l’île de Flores :

 

–  Problème numéro 4 : Peu de voitures. Si les routes des îles de Bali et Java sont très fréquentées, cela n’est pas le cas de toutes les autres îles à l’Est de Bali. De l’île de Timor à celle de Lombok en passant par Flores et Sumbawa, les voitures privées sont quasiment inexistantes. Ainsi, il m’est arrivé à de nombreuses reprises d’attendre plus de 2 heures avant de voir une voiture privée. Bien entendu, prendre un bus qui coûte quelques 50 cts pour 3 heures de route est tentant mais je me suis fixé l’objectif de faire le tour du monde en stop, pas en bus. Il m’arrive cependant de faire des aller-retour en bus à condition de revenir à la case départ…

 

–  Problème numéro 5 : Être un extra-terrestre. Vous pouvez aisément l’imaginer. Les locaux des villages que je traverse seul avec le sac au dos n’ont souvent jamais vu d’homme blanc. Tout au plus, les hommes occidentaux ayant traversé ces villages les ont passés à vive allure dans des bus. Voir un homme blanc seul au bord de la route refusant les bus et attendant l’arrivée de voitures surprend beaucoup. Les Indonésiens étant visiblement des gens curieux, j’ai par conséquent une moyenne de 15 personnes jeunes ou moins jeunes venant me tenir compagnie sans véritablement comprendre pourquoi je me trouve là parmi-eux.

 

Les villageois Indonésiens étant en règle générale des gens adorables et très souriants, je suis souvent très content de pouvoir interagir avec eux…cependant pas lorsque je fais du stop. Si arrêter une voiture seul au bord de la route est déjà un défi, vous pouvez imaginer que réussir à arrêter une voiture avec 15 personnes autour de moi rajoute une difficulté supplémentaire. N’arrivant pas à communiquer ma volonté de rester seul au bord de la route, j’ai demandé à une personne bilingue de traduire un texte expliquant non seulement l’objet de mon aventure mais aussi ma nécessité de rester seul au bord de la route. Avec un sourire et quelques explications basiques, le message passe en général très bien.

 

–  Problème numéro 6 : Les Bus. En Indonésie, surtout dans les îles à l’Est de Bali, les locaux se déplacent en Bemo, des petits bus privés cherchant à rassembler un maximum de passagers quitte à les mettre sur le toit. Etant au bord de la route, tous les chauffeurs de Bemo partent du principe que je souhaite prendre le bus et ne comprennent pas quand je leur dit NON. Nombreux sont ceux qui insistent et cherchent à comprendre où je veux aller. Répondre à 5-6 ne pose pas de problème, répondre à 25 toutes les heures l’est un peu plus…

 

–  Problème numéro 7 : Les stations services. Ceux qui suivent mon aventure depuis un moment le savent. Ma technique favorite pour faire du stop est la station service. Depuis une station service, je peux parler à des conducteurs potentiels sans être trop pressé, je peux choisir mes conducteurs…En Indonésie, les stations sont quasiment inexistantes à l’Est de Bali, le ravitaillement se faisant progressivement via des petites bouteilles que vendent tous les petits marchands de rue. Attendre devant l’étalage d’un des nombreux marchands de rue n’ayant aucun intérêt, je ne peux pas utiliser cette technique.

 

Les solutions.

 

Je ne vais pas vous le cacher, j’ai vécu mes heures de stop (outre bateau-stop) les plus difficiles dans les îles Indonésiennes à l’est de Bali. Depuis Bali et surtout à Java, les choses se sont simplifiées principalement grâce à un trafic plus dense, des stations services et … des policiers prenant plaisir à m’aider dans ma mission. Les postes de police étant fréquents sur les routes de l’île de Java, je suis régulièrement allé de poste en poste et de camion en camion. Les locaux furent pour la grande majorité très surpris d’avoir la possibilité de voyager avec un étranger et souvent très contents. Les Indonésiens sont souvent très curieux et posent beaucoup de questions sur le mode de vie occidental…

 

Dernière solution, mais celle-ci n’a marché que quelques jours : Faire du stop avec le maillot de l’équipe de France de Football. La coupe du monde fut suivie avec grand intérêt en Indonésie et Zinedine Zidane est connu de tous. Lors des jours précédents la finale, j’ai eu environ 250 personnes par jour me faisant un grand sourire, me tendant le pouce et me disant « Zidane, Bagus » (super). Une photo de ce moment unique ci-dessous…

 

 

Je ne vais pas vous le cacher, j’appréhende la traversée de pays comme la Chine ou d’autres à la culture si différente de la mienne…

 

A bientôt.

 

PS : Le bateau-stop pour se rendre d’une île à l’autre n’est pas très compliqué, les camions paient le même prix qu’il y ait 1,2,3 ou 5 personnes à l’intérieur…