z178. Séjour en communauté aborigène

« Primitifs » « assistés » « alcooliques » « drogués« , etc…les mots de nombreux Australiens descendants d’Européens ne manquent pas pour définir la population aborigène.

Le problème de la cohabitation de 2 cultures bien distinctes dans un même pays se retrouve à travers le monde. D’un côté, le peuple indigène, de l’autre, les descendants des colonisateurs. Des maoris en Nouvelle-Zélande aux populations Mayas en Amérique Centrale en passant par les indiens aux Etats-Unis ou au Canada, le problème est identique ou quasi-identique. Comment permettre à 2 civilisations différentes de vivre en harmonie. L’une, la civilisation occidentale, « faite pour consommer » et très matérialiste. L’autre, proche de mère nature, ne donnant souvent que peu d’importance à la possession et fortement attachée a ses traditions millénaires…des traditions qui cependant disparaissent les unes après les autres.

 

Ce problème est mondial mais sans doute plus visible en Australie que nulle part ailleurs. La population aborigène est arrivée en Australie il y a plus de 50.000 ans et a toujours réussi à survivre malgré des conditions climatiques souvent extrêmes. Une vie simple mais heureuse faite de chasse et de traditions spirituelles. En 1788, les colonisateurs Anglais bouleversent l’ordre établi et prennent possession des lieux ; c’est alors le début de la décadence pour cette culture millénaire. Le modèle occidental deviendra alors celui qui s’imposera et les aborigènes feront les frais de cette arrivée. Pendant de nombreuses années, ils seront classés dans la rubrique « faune et flore » et ce n’est qu’en 1967, après un référendum, que l’aborigène sera consideré comme un être humain à part entière. Depuis, le traitement inhumain dont les natifs ont fait l’objet durant de nombreuses années, s’est fortement réduit.

Traitement inhumain réduit, voire aboli, mais il n’empêche que les aborigènes vivent aujourd’hui un véritable enfer, déchirés entre 2 cultures et identités.

 

A l’image de nombreux autres pays ex-colonisateurs, c’est avec de l’argent que le gouvernement cherche aujourd’hui à réparer l’irréparable. Des sommes considérables sont allouées pour aider ces indigènes, pour qui les objectifs de vie ont complètement changé depuis leur contact avec l’homme blanc. Hier, ils chassaient pour survivre et ne se posaient pas la question, à savoir, si leurs conditions de vie étaient bonnes. Aujourd’hui, il leur faut trouver du travail et gagner de l’argent pour vivre. Le grand débat qui anime de nombreuses discussions en Australie est « Doit-on donner de l’argent aux aborigènes pour s’excuser des méfaits de la colonisation et du traitement dont ils ont fait l’objet ? ». Les arguments valables sont sans fin des 2 côtés.

 

Séjour en communauté Aborigène

 

Mon premier contact avec le monde aborigène fut, à l’image des millions de touristes visitant chaque année l’Australie, sur les trottoirs des villes, grandes ou moins grandes. Ayant quitté leur communauté, de nombreux aborigènes rejoignent les métropoles. Ne s’adaptant souvent pas à la culture occidentale et n’ayant souvent pas de travail (ils n’en cherchent pas vraiment à vrai dire), les principales images d’aborigènes en ville sont malheureusement souvent une bouteille à la main et un regard vacillant, illustration d’un grave problème d’alcoolisme qui sévit dans ce peuple.

 

Fortement intéressé par les populations indigènes à travers le monde, je ne pouvais me contenter de la vision d’aborigènes alcooliques pour me faire une idée de la vie de ce peuple, considéré comme l’un des plus anciens sur terre. J’ai donc cherché à visiter, l’espace d’une petite semaine, une communauté retirée au beau milieu du désert Australien, appelée Yuendumu (voir carte ci-dessous). L’accès à ces communautés étant fortement réglementé, il m’a fallu obtenir des contacts et autorisations afin de pouvoir rentrer dans le monde aborigène. J’ai par ailleurs proposé de partager mon aventure et parler du monde aux enfants de la communauté, ce qui fut accepté et qui fut très intéressant (photo ci-dessous).

 

 

 

Environ 1 voiture toutes les 2-3 heures se rend sur les 300 Kms de pistes séparant Alice Springs de Yuendumu, le stop ne fut par conséquent pas évident. Cependant, moins il y a de trafic, plus les voitures s’arrêtent facilement, l’attente fut par conséquent tout à fait tolérable malgré les quelques 43 degrés du soleil Australien…

 

 

J’ai par ailleurs pu expérimenter pour la première fois de mon aventure le « road-train »-stop. Ces machines ont parfois jusqu’à 6 remorques, peuvent peser 150 tonnes et mesurer 60 mètres de long. Le chauffeur m’a expliqué qu’il faut plus de 500 mètres pour l’arrêter…

 

 

A peine arrivé sur place, de nombreuses images de mon séjour en Afrique me reviennent à l’esprit. Le sable par terre, de nombreux graffiti sur les murs, l’état des maisons, les lits à l’extérieur, de nombreux déchets par terre…tout concorde à rappeler le continent Africain. Ci-dessous, quelques photos de Yuendumu :

 

 

La comparaison avec l’Afrique pourrait être poussée plus loin mais trouverait cependant rapidement ses limites. La culture aborigène a en profondeur plusieurs différences importantes avec la culture Africaine.

 

La culture nomade des aborigènes fait aujourd’hui partie de leur passé et la grande majorité d’entre eux est aujourd’hui sédentaire. Leur habitat est en règle générale une petite maison toujours équipée d’un satellite. La nouvelle activité préférée des aborigènes est, à l’image de tant d’autres peuples à travers le monde, la télévision, si possible Américaine. Les films d’Hollywood, les talk-shows type Oprah Winfrey ou les séries à rebondissements sont aujourd’hui le pain quotidien des indigènes Australiens. Bienvenue au XXIème siècle ! Bien entendu, l’apparition de la télévision dans la communauté a contribué à modifier les rapports sociaux et pousse à l’occidentalisation progressive, surtout des plus jeunes.

Ci-dessous quelques photos montrant une petite maison ayant accès au satellite et un jeune aborigène un coca-cola à la main et un T-shirt de Spider man sur les épaules…

 

 

A Yuendumu, le contact avec les blancs est relativement récent, vers 1930. En parlant avec les plus anciens, j’ai été surpris d’écouter les histoires de certains d’entre eux qui se rappellent leur premier contact avec l’homme blanc alors qu’ils étaient enfants. Certains m’ont expliqué leur réaction lorsqu’ils ont vu pour la première fois des traces de voiture sur le sable, « Je croyais que c’était un dragon ou un grand serpent se déplaçant en couple, j’avais très peur » me raconte l’un d’entre eux, qui verra quelques mois plus tard le premier homme blanc de sa vie. D’autres se souviennent du jour où ils ont pour la première fois utilisé des vêtements, ou se rappellent de la vision de leur premier avion « un grand oiseau faisant un drôle de bruit ou un instrument utilisé par une autre tribu » se demandaient-ils…

 

J’étais personnellement convaincu que tous les indigènes ayant vécu le premier contact avec l’homme blanc avaient disparu, j’étais bien loin de m’imaginer que je rencontrerais lors de ce séjour plusieurs personnes me témoignant leur histoire. Un grand moment.

 

Ci-dessous, ma rencontre avec Paddy Stewart (Jappaljarri en Warlpiri), un des moments fort de mon séjour en communauté aborigène.

 

 

Non seulement, cet homme a des histoires incroyables mais a une connaissance de sa culture tout simplement impressionnante…Une connaissance qui se perd malheureusement. Les plus jeunes, bien que cherchant à maintenir vivantes les traditions, étant bien plus « occidentalisés ». « It’s not a generation gap but a generation canyon between the old and the young people » (ce n’est pas un trou de générations mais un canyon) me dira Franck, un hollandais venu s’installer à Yuendumu il y a plus de 30 ans. Les blancs représentent aujourd’hui environ 5% de la population de Yuendumu (principalement professeurs à l’école et commerçants).

 

Ci-dessous, quelques photos d’aborigènes. Vous y verrez notamment plusieurs artistes, la peinture étant un moyen d’expression et une source de revenus importante pour les aborigènes.

 

 

Cette semaine passée dans un monde si différent fut des plus enrichissantes et m’aura permis de mieux comprendre la culture aborigène. Cependant, ce fut également un moyen de me rendre compte de l’importance et de la complexité du casse-tête qu’ils représentent pour le gouvernement. Permettre à ce peuple de maintenir sa langue et ses traditions tout en leur permettant de sortir du cercle infernal perte d’identité-pauvreté-alcoolisme représente un immense challenge. De nombreux Australiens bien intentionnés mettent aujourd’hui toute leur énergie au service des plus jeunes afin de leur apporter une éducation digne de ce nom et de les tenir éloignés de l’alcool et de la drogue. Reste à espérer que cela porte ses fruits à long terme et que les nombreux aborigènes aujourd’hui une bouteille à la main sur les trottoirs auront trouvé une meilleure manière d’occuper leurs journées…Cependant, il ne faut pas se leurrer, le mal est fait et c’est avant tout un respect, une meilleure connaissance et une meilleure communication entre les différents peuples Australiens qui est aujourd’hui nécéssaire…

 

En attendant, les communautés aborigènes sont pour la plupart déclarées « Dry area » (zones sans alcool) par le gouvernement, afin de limiter la consommation d’alcool au sein de la communauté. Mon expérience personnelle m’a cependant montré que la pratique et la théorie sont souvent bien éloignées…

 

 

A bientôt