z175. La Mer de Tasman en Cargo-Stop

La principale difficulté d’un tour du monde en stop ne se situe pas le pouce tendu au bord des routes, qu’elles soient Européennes, Africaines ou Américaines, mais bien sur l’eau. Couvrant près de ¾ de la surface de la planète, les océans et mers peuvent décourager un certain nombre de stoppeurs du fait de leur immensité.

 

Dans une précédente brève, j’avais donné quelques tuyaux issus de mon expérience personnelle, à ceux souhaitant s’essayer aux joies du bateau-stop. Dans cette brève, j’avais insisté sur le fait que c’est avec les voiliers que les chances de succès sont au plus haut, à condition de se trouver au bon moment, au bon endroit.

 

Ceux qui suivent mon aventure depuis un moment s’en sont certainement rendu compte, je me suis toujours retrouvé pour ma part au mauvais moment, au mauvais endroit, pour ce qui est de mes recherches de bateaux, les saisons étant particulièrement prises en compte par les marins qui se lancent dans des traversées.

 

La traversée de la mer de Tasman entre la Nouvelle-Zélande et l’Australie n’a pas failli à la règle, et une fois de plus il m’a fallu mener mes recherches hors saison, ce qui a compliqué sérieusement les choses. Si trouver un bateau permettant de rejoindre le pays des Kangourous au mois d’Avril ou Mai est un jeu d’enfant (le site suivant pourra sans doute vous aider : www.crew.org.nz), le faire dès le mois de janvier en saison des ouragans est une autre histoire, même si ces ouragans ne touchent pas directement la Nouvelle-Zélande.

 

Mes expériences passées m’ayant cependant confirmé qu’il y a toujours des exceptions à toute règle, j’ai tout de même mené mes recherches en me rendant dans les plus grandes marinas Néo-Zélandaises… mais les réponses furent partout les mêmes : « Reviens dans quelques mois, désolé mon grand. Bon courage, tu verras, tu finiras bien par trouver ton bonheur… ».

 

Etant attendu en Australie pour donner des conférences dans diverses organisations dès la mi-février, il m’était urgent de trouver une solution alternative au voilier. Avion-stop excepté, le cargo-stop devenait alors ma seule chance de succès.

 

Mais voilà, mon expérience Africaine pour rejoindre le Brésil il y a 3 ans (un mois de recherche infructueux après de nombreuses tentatives) m’a montré la difficulté de l’entreprise, malgré le fait que prendre un passager soit chose tout à fait légale. En effet, ni le capitaine, ni l’agent sur place ne peuvent se permettre de prendre la décision d’accepter quiconque à bord. Cette décision est prise au plus haut niveau, chez l’armateur, qui lui se trouve généralement en Europe ou aux Etats-Unis, et qui a en général une politique très stricte sur la présence de passagers à bord de ses navires. Si recherche il doit y avoir, celle-ci doit se faire non pas depuis le port (dont l’accès par ailleurs est très réglementé en Nouvelle-Zélande) mais bien dans les cybercafés, voire par téléphone.

 

Bref, un parcours du combattant qui m’aura une fois de plus pris plus d’un mois, avec l’envoi de quelques 200 emails.

 

Travailler à bord d’un navire étant chose absolument interdite pour un nom marin (et devenir marin ne se fait pas en 5 minutes), il m’a fallu proposer autre chose afin de pouvoir « payer » ma traversée. Ce quelque chose fut la réalisation d’un petit film fait à l’aide de mon caméscope, ma proposition de traduction de leur site web n’ayant pas été retenue. Cependant, je pense que le fait d’avoir présenté un dossier complet et un projet peu commun a bien aidé la décision finale. Celle-ci arriva après un nombre de refus incalculable, et fut très appréciée.

 

Ci-dessous, une photo du cargo. Le nom de l’entreprise est caché car celle-ci ne souhaite pas devenir une entreprise de transport public.

 

 

Voyager sur un cargo au milieu des containers fut une belle expérience. Cependant bien entendu, rien n’était organisé pour distraire le touriste que j’étais et il me fallait rester le plus discret possible afin de ne déranger personne dans son travail. De plus, l’équipage étant à 100% Ukrainien et à 95% non Anglophone (seul le capitaine et l’ingénieur en chef pouvaient s’exprimer en Anglais), les possibilités de communication non superficielles étaient très limitées. Ces marins vivent 8 mois de l’année sur les mers du monde et ne profitent de leurs familles que 4 mois par an, entre Mai et Août. J’ai cependant pu assister aux manoeuvres depuis le pont, visiter l’impressionnante salle des moteurs, et mieux connaître et comprendre la vie de « seaman ».

 

Petite compilation de photos sur le bateau ci-dessous.

 

 

Avec une vitesse moyenne de 13 noeuds (certains cargos plus grands peuvent aller 2 fois plus vite), le voyage me permettant de rejoindre Brisbane depuis Auckland, via Nouméa en

Nouvelle-Calédonie (arrêt de 24 heures), a finalement pris 8 jours.

 

Compilation de photos ci-dessous de Nouméa, où j’ai pu rapidement reparler Français, une petite ville de 90.000 habitants, très sympa…

 

 

Je suis aujourd’hui au pays des Kangourous à ma plus grande joie, un pays qui m’a toujours fait rêver.

 

Dans ce pays habité par quelques 19 millions de personnes (dont 14 millions sur les côtes), je partagerai avec vous dans les prochains temps la découverte de « l’Outback », le fameux désert Australien, de mes rencontres avec la culture Aborigène, du projet de plus grande tour solaire du monde, de sa faune si spéciale, et d’autres sujets passionnants.

Ma tournée de conférences devrait durer un peu moins de 3 mois, il me faudra ensuite trouver un dernier bateau depuis la ville de Darwin (nord) pour rejoindre l’Indonésie et débuter ma tournée Asiatique.

 

A bientôt.