z172. Bateau-Stop, conseils pratiques

Ludo, j’aimerais traverser un océan sur un bateau en tant qu’équipier, n’ai aucune expérience en la matière et aucun contact, as-tu des conseils à me donner ? » La réception de ce type de emails est devenu assez fréquent ces derniers temps, je tiens par conséquent à vous proposer une « petite » brève répondant aux questions fréquemment posées sur le bateau-stop.

 

Mes conseils ne sont basés que sur mon expérience personnelle, à savoir, la traversée des océans Atlantique et Pacifique, du contournement du « Darien Gap » entre la Colombie et Panama, et d’un aller-retour en Antarctique depuis la ville d’Ushuaia, en Argentine.

 

I. Sur quel genre de bateau traverser ???

 

1) Voilier

 

De nombreux voiliers traversent les océans, c’est sur ce type d’embarcation que vos chances seront sans aucun doute les meilleures pour arriver à vos fins. Plus de détails ci-dessous.

 

2) Bateaux de marchandises

 

Les grands navires transportant des marchandises, du pétrole ou autres, sont encore bien plus nombreux que les voiliers. Cependant, embarquer sur l’un d’entre eux contre un simple travail de votre part est chose pas impossible, mais très, très difficile. Depuis Dakar, je me suis cassé les dents pendant près d’un mois à faire le tour des agents sur place et à contacter les armateurs via téléphone et emails afin de trouver une embarcation susceptible de m’emmener en Amérique Latine. Ces recherches se sont toutes soldées sur des refus, les raisons principales étant la sécurité, des problèmes administratifs (besoin de différents types d’assurances car en cas de problème, une journée de navigation perdue par un navire de ce type coûte très cher) ou simplement une interdiction formelle décidée par l’entreprise…Voyager en tant que passager en payant son trajet est cependant chose possible dans certains cas, il vous en coûtera plus de 100 USD par jour de navigation ! Plus de détails sur mon expérience, dans la galerie photos.

 

3) Bateaux à moteur

 

Très, très rares sont les bateaux à moteur s’engageant sur une longue traversée. Durant mes 3 ans de voyage, je n’en ai rencontré qu’un, il avait gagné la loterie aux Etats-Unis ! Traverser un océan demande beaucoup de carburant et je doute que les prix actuels et futurs de l’essence favorisent l’essor de ce type de voyage…Il y a autrement bien sûr les yachts privés du type de celui de Bill Gates rencontré à Papeete (voir photos ci-dessous), mais embarquer à son bord me paraît mission délicate…quoique rien n’est impossible…

 

 

4) Bateaux de croisière

 

Le seul bateau de croisière traversant un océan que j’ai rencontré, était parti de Recife au Brésil et était arrivé au port de Dakar. N’allant pas dans ma direction, je n’ai pas poussé les recherches plus loin. Les bateaux de croisière traversant les océans sont en général très rares. Lors de mon séjour en Antarctique, c’est un brise-glace de croisière qui m’a permis de découvrir ce fabuleux continent. Cependant, trouver ce bateau m’a pris un mois, et environ 150 emails envoyés à tous les armateurs ayant des bateaux partant vers le continent blanc.

Cette recherche fut menée depuis la ville d’Ushuaia, sans aucun doute le meilleur port pour partir vers l’Antarctique.

 

Vous l’aurez compris, je vais insister davantage sur les voiliers car c’est probablement avec ce moyen de transport que vous réaliserez votre objectif de traversée en bateau-stop. Les autres ne sont une fois de plus pas impossibles mais moins probables.

 

II. Dans quel sens traverser ???

 

J’ai personnellement choisi de faire mon tour du monde d’Est en Ouest car la grande majorité des voiliers partent dans cette direction. Même si l’inverse n’est pas impossible, mieux vaut chercher à traverser l’Atlantique depuis l’Europe ou l’Afrique (en direction des Caraïbes ou de l’Amérique Latine) et le Pacifique depuis l’Amérique (en direction de l’Australie).

Pour toute traversée en voilier, il est important de regarder la direction des alizés, des courants et vents.

 

III. A quel moment chercher ?

 

Respecter les saisons est une règle importante. Dans mon cas, je n’avais pas souhaité m’embêter avec un calendrier à suivre et cela à rendu ma recherche de bateau bien plus compliquée à chaque fois. Pour la traversée de l’Atlantique, le meilleur moment est sans aucun doute les mois d’Octobre à Décembre, voire Janvier, Février et Mars. J’avais pour ma part effectué mes recherches en Avril-Mai, les départs de bateaux étaient très rares. Pour le Pacifique, les meilleurs mois sont Février et Mars. Janvier, Avril et Mai sont considérés comme corrects. Le principal obstacle que cherchent à éviter les navigateurs est la saison des ouragans dans le Pacifique Sud Ouest (Australie jusqu’à Polynésie) débutant mi-Novembre et se terminant fin Avril. J’ai pour ma part cherché au mois de septembre depuis le Mexique d’abord, puis suis descendu sur Panama ; le nombre de bateaux en partance était très limité, pour ne pas dire quasi inexistant.

 

Il existe un livre de référence que quasiment chaque navigateur possède afin de connaître les meilleures saisons, ce livre s’appelle « World Cruising Routes » de Jimmy Cornell. Peut-être pouvez-vous vous le procurer d’une manière ou d’une autre. Ce site Internet pourra peut-être aussi vous aider : http://old.cruisingworld.com/hitchgui.htm#TABLE

 

IV. Depuis quel port chercher ?

 

Bien entendu, vous pourrez trouver votre bonheur depuis de nombreux ports. Cependant, certains sont plus fréquentés que d’autres.

Pour l’Atlantique, le meilleur endroit est sans aucun doute le port de Las Palmas dans les Canaries où quasiment chaque bateau en partance pour la traversée de l’Atlantique s’arrête.

 

Vous l’avez compris, vous rendre en Octobre ou Novembre à la marina de Las Palmas sera votre meilleure chance de succès. J’ai également eu l’occasion de chercher depuis Dakar et plusieurs ports du Cap-vert. Vous y trouverez quelques bateaux mais rien à voir avec Las Palmas. Mindelo au Cap-vert est le port le plus fréquenté.

 

Pour le Pacifique, le meilleur endroit est sans aucun doute Panama où tous les voiliers Européens plus d’autres se rejoignent avant de traverser le canal. A Panama, vous avez 2 possibilités, la marina de Colón (à 1h30 de Panama city) regroupe tous les voiliers en attente de traverser le canal. Même si la ville n’est pas très belle, vous avez de bonnes chances de trouver depuis cette marina. L’autre est le Balboa Yacht club dans la ville de Panama city, qui accueille également beaucoup de voiliers. Les autres possibilités sont les ports de Cabo San Lucas, Puerto Vallarta ou Acapulco au Mexique, je m’y suis rendu en septembre hors saison et absolument aucun bateau ne partait. Il semblerait que beaucoup d’Américains cependant quittent la Californie vers le mois d’Octobre ou Novembre (San Diego, Los Angeles ou San Francisco) et descendent l’Amérique Centrale avant de chercher à rejoindre les îles Galápagos. L’autre option pour eux est d’opter pour la solution Pacifique Nord et de passer par Hawaï, que les Américains rejoignent en général soit en Mars, Avril, soit en Octobre, Novembre. Se rendre à Panama en Février ou Mars est donc probablement la meilleure solution.

Pour le contournement du Darien Gap, le meilleur port est sans aucun doute celui de Carthagène en Colombie, qui par ailleurs est une superbe ville. Vos meilleures chances de succès pour rejoindre Panama sont probablement entre Novembre et Février, mais rien est impossible hors saison, la traversée est très courte. Je vous conseille par ailleurs de faire un petit arrêt dans les îles San Blas en cours de route, elles valent vraiment le coup. Si vous souhaitez faire ce même trajet mais en payant, je sais qu’il y a des voiliers charter prenant 200 USD pour vous emmener à Panama.

 

Pour l’Antarctique, le meilleur, et quasi unique port est celui d’Ushuaia en terre de Feu (Argentine). L’unique saison pour partir vers l’Antarctique se situe entre les mois de Novembre et Février, voire début Mars.

 

V. Dois-je avoir de l’expérience ?

 

Avoir de l’expérience est bien sûr un plus mais en aucun cas ne pas en avoir doit vous freiner. Pour ma part, je n’avais absolument aucune expérience lorsque je cherchais mon premier voilier pour traverser l’Atlantique, j’ai simplement appris sur le tas.

 

VI. En quoi consiste le travail d’équipier ?

 

Tout dépend de ce que recherche le skipper. En règle générale, l’équipier devra aider à la navigation, laver le bateau de temps à autre, faire la vaisselle, la cuisine, aider à la traduction dans les ports où vous parlez la langue (Être Français en Polynésie est un atout),etc. …autant d’activités qui devront être discutées avec le skipper.

Ci-dessous quelques photos d’activités faites sur les différents bateaux.

 

 

VII. Y a-t-il des frais si je travaille en tant qu’équipier ?

 

Tout dépend du skipper qui vous « embauchera ». En règle générale, vous ne serez pas payé et vous devrez apporter votre nourriture ou contribuer à une caisse commune qui payera la nourriture. Chaque skipper impose ses propres lois à bord, à vous de vous adapter, négocier ou refuser.

 

VIII. Combien de temps prévoir pour une traversée ?

 

Une fois de plus, tout dépend du skipper. Traverser l’Atlantique depuis le Cap-Vert m’a pris 16 jours, le trajet Las Palmas-Cap-vert 1 semaine. Certains skippers prennent leur temps dans chaque port, d’autres sont pressés de partir. Pour le Pacifique, la traversée peut prendre de 2 mois à 10 ans selon les skippers, renseignez-vous bien avant de partir, histoire de ne pas se retrouver sur une île peu fréquentée au beau milieu de l’océan…Ma traversée entre Panama et la Nouvelle-Zélande nous a pris environ 3 mois et demi, en comptant quelques arrêts dans plusieurs îles paradisiaques.

 

IX. Suis-je obligé de me rendre sur place pour trouver ou y a-t-il d’autres moyens ?

 

Se rendre sur place est un bon moyen mais n’est pas l’unique. Sur Internet, vous trouverez de nombreux sites où des skippers recherchent des équipiers, tels que http://www.floatplan.com/crew.htm , http://www.crewfile.com/cgi-local/crewfile ?dbtype=yachts&ignore_start_range=0, http://www.cruiserlog.com/forums, www.7knots.com…etc…Chaque jour se rajoutent de nouvelles offres. J’ai pour ma part regardé de nombreuses annonces, contacté certains skippers mais n’ai jamais embarqué via ce biais. Vous pouvez aussi mettre ou lire des petites annonces dans des journaux spécialisés. Je n’en connais qu’un réputé aux Etats-Unis, Latitude 38 (www.latitude38.com), il y en a de nombreux en France mais je ne connais pas les noms.

 

X. Comment s’y prendre pour augmenter mes chances ?

 

Le voilier est en général un endroit très petit où une excellente cohabitation est indispensable. Vous pouvez donc imaginer que le premier critère que retiendra le skipper est que vous soyez sympa, agréable, souriant… Cela relève bien sûr du bon sens mais doit être souligné. Être capable de bien s’entendre pendant plusieurs jours, semaines ou mois avec des inconnus, dans un environnement pas toujours tendre, demande une bonne capacité d’adaptation. La première règle est donc d’être avenant, sympathique, de montrer votre motivation et de faire comprendre que vous serez un atout et pas un poids à gérer.

 

Je pense qu’il est aussi de bon goût d’avoir quelque chose à montrer. J’avais pour ma part ma carte du monde plastifiée avec le trajet et un book avec quelques photos des endroits précédemment visités. Cela montrera votre bonne foi et permettra de débuter une discussion.

 

Laisser un petit mot dans le bar du/des yacht clubs que les skippers pourront lire à l’heure de l’apéritif est également une solution mais je préfère personnellement le contact direct. Dans certains endroits (Las Palmas, Colón…), les bateaux seront dans des marinas, facilitant l’accès et le contact. Dans beaucoup d’autres, les bateaux auront jeté l’ancre, il vous faudra alors attendre l’heure de l’apéritif ou trouver un petit zodiac pour pouvoir parler au propriétaire.

 

 

 

XI. Est-il important de parler d’autres langues ?

 

Certes, les Francophones sont assez nombreux sur les mers. Cependant, la langue parlée dans les marinas est en général l’Anglais et maîtriser la langue de Shakespeare sera un avantage non négligeable. Outre des Français, vous rencontrerez probablement de nombreux Anglais, Scandinaves, Américains et Néo-Zélandais dans les marinas. Une autre langue qu’il vous faudra aussi rapidement apprendre est le vocabulaire de la voile. Sachez que chaque endroit du bateau, chaque corde et chaque manoeuvre ont un nom spécifique, mais cela s’apprend sur le tas, je n’y connaissais rien avant d’embarquer sur le premier bateau.

 

XII. Mieux vaut être seul ou accompagné ?

 

Comme dit précédemment, un voilier n’est en règle général pas très grand. La majorité des bateaux m’ayant embarqué avaient de la place pour un, pas pour deux…Rien n’est impossible à deux mais vous vous compliquez la tâche.

 

XIII. Combien de temps faut-il compter avant de trouver un bateau ?

 

Tout dépendra de votre chance, de la fréquentation du port, de la saison, de votre façon de vous y prendre, de votre présentation…Une belle demoiselle au sourire rayonnant et habillé léger aura sans aucun doute plus de succès qu’un homme peu présentable malodorant… Essayez en tout cas d’être flexible au niveau du temps afin d’éviter tout stress…Gardez bien en tête que vous ne trouverez pas en 5 minutes et que plusieurs jours, voire semaines peuvent être nécessaires avant de trouver votre ticket gagnant…

Ci-dessous, une compilation des bateaux m’ayant pris en stop :

 

 

Je me tiens à votre disposition si vous avez d’autres questions. Bon courage et bon vent…

 

 

A bientôt