z167. 3300 Kms de stop Mexico city-Panama city

Comme annoncé dans ma précédente newsletter, j’ai pris la décision de quitter le Mexique et redescendre toute l’Amérique Centrale pour rejoindre Panama, et ainsi augmenter mes chances de trouver un bateau (dans lequel je travaillerai en tant qu’ équipier) pour traverser l’océan Pacifique et rejoindre progressivement l’Australie.

Pour ce faire, il me fallait parcourir 3300 kms en stop, en traversant le Mexique, le Guatemala, El Salvador, Honduras, le Nicaragua, le Costa Rica, puis enfin Panama. Si une telle distance pourrait être un challenge dans certains pays, ce n’est absolument pas le cas en Amérique Centrale, où le stop est un véritable jeu d’enfant. En effet, la gentillesse et la volonté d’entraide existant chez la grande majorité des habitants de ces pays rendent la pratique du stop tout à fait facile et très agréable. Ayant passé plusieurs mois dans ces pays l’année dernière, j’ai décidé cette fois-ci de simplement les traverser sans m’arrêter.

 

J’aimerais aujourd’hui simplement vous faire part de quelques rencontres faites sur mon chemin pendant ces 5 jours de stop. Que ce soit au bord des routes, dans les voitures, dans les postes de douane ou dans les stations service, je rencontre souvent des gens simples et très attachants. Ces rencontres sont d’habitude très brèves mais aussi très intenses, et je prends toujours un immense plaisir à écouter les histoires des uns et des autres ; cela provoque souvent en moi une profonde réflexion et me rappelle aussi des scènes de vie douloureuses qui m’ont beaucoup touché lors mon séjour dans des ONG et chez des personnes défavorisées l’an passé (lire brève du 7 juin 2004 au Nicaragua).

 

–  Enfants : Frontière Mexique-Guatemala ; plusieurs enfants découvrent pour la première fois de leur vie un appareil photo digital, où une photo peut être prise, puis montrée la seconde d’après. Cette découverte provoque une émeute, où chacun veut apparaître en premier lieu sur la photo. Après leur avoir montré la photo, les réactions furent tout le temps « una más, una más por favor ».

 

 

–  Roberto et Gabriel : En Amérique Centrale, chaque station essence a souvent 2 à 3 personnes armées, responsables de la sécurité. Lors de mes périodes d’attente, ces gens souvent très sympathiques me racontent certaines de leurs aventures. « Dans ce travail, je me sens épanoui, même si je m’ennuie parfois un peu la nuit, mais j’ai l’impression d’être utile pour mon pays et pour les gens qui m’entourent » me dira Roberto. Oui, merci Roberto, je fais partie des personnes que tu as sans doute aidées d’une certaine manière…

 

 

 

–  Bernardo : Bernardo a 12 ans.

 

 

Sa famille ? « Je n’ai plus de père, je ne vois jamais ma mère, elle doit s’occuper de 6 enfants toute seule et n’y arrive pas » me répondra t-il.

 

Sa maison ? Là voici, Bernardo vit sous ce toit et dort tous les soirs sur ce « lit ».

 

 

 

Son métier ? Bernardo, ici pieds nus sur la route près de la frontière Honduras-Nicaragua, aide les chauffeurs de poids lourd dans les « tramites », c’est-à-dire les démarches administratives pour passer la frontière. Sa date de naissance ? « Je ne sais pas, je crois que je n’en ai pas », son salaire ? « Pas grand-chose mais je ne meurs pas de faim, donc tout va bien » me dira t-il avec un grand sourire…

 

 

–  Miguel : Miguel, chauffeur de camion, prépare ici des lots de billets qu’il distribuera aux policiers lui en faisant la demande directement ou indirectement. Sur 3300 Kms de route, j’ai assisté à 7 situations de corruption, avec une mention spéciale à la Police du Honduras qui, avec 3 demandes en moins de 150 kms, confirme être le pays le plus corrompu d’Amérique Latine. Il est intéressant de voir que les policiers n’ont souvent aucun mal à trouver des problèmes potentiels sur chacune des voitures, afin d’inciter le chauffeur à sortir le petit cadeau. Une des phrases m’ayant bien fait rire au Nicaragua fut (alors que le chauffeur s’apprêtait à repartir après un contrôle de routine) « Y mi refresco amigo, has olvidado ???!!! » (Traduction : Et ma boisson mon ami ? Tu as oublié ?)…

 

 

A la question « Crois-tu que la corruption peut disparaître un jour en Amérique Latine ? », Miguel répond « Ahahaha, en terminer avec la corruption ? il faudrait pour cela tuer tout le monde et construire un monde nouveau, c’est bien trop ancré dans les mentalités. Il est devenu tellement normal que je donne quelque chose et que le policier reçoive quelque chose« …

 

–  Gabriel : Gabriel, 13 ans, que Miguel (ci-dessus) emmène sur 30 kms de la frontière d’El Salvador à son lieu d’habitation, me raconte : « Je vais à l’école pendant la semaine et durant le week-end ; je viens à la frontière laver les camions pour gagner un peu d’argent et aider ma maman qui a du mal à nous nourrir… »

 

 

–  José : José, chauffeur de poids lourd, me racontant sa vie « Je dois faire plus de 5000 kms chaque semaine (cf. les routes d’Amérique Centrale sont souvent en piteux état), je conduis souvent plus de 30 heures de suite sans dormir….Je gagne environ 150 dollars par mois…Je ne vois ma famille que 3-4 jours par mois ».

 

 

–  Jorge : Ce routier Nicaraguayen rencontré au Costa Rica me donne sa vision de la situation en Amérique Centrale « Il n’est plus possible que les peuples d’Amérique Centrale aient encore confiance en leurs dirigeants. Tous les partis politiques sont corrompus, ils profitent beaucoup trop de l’ignorance du peuple ; ils devraient avoir honte mais continuent ainsi malheureusement. Qu’est-ce qu’un simple citoyen comme moi peut-il faire ??? J’aimerais tellement aider mon pays à sortir de cette terrible crise mais je n’ai aucun pouvoir…Peux-tu m’expliquer par exemple pourquoi notre ex-président (cf. Aleman au Nicaragua) peut-il avoir volé des millions de dollars et être aujourd’hui libre, alors que lorsqu’un pauvre citoyen vole un simple poulet pour nourrir sa famille, il va de suite en prison ???…ces choses me dépassent…Ma conclusion c’est que nos gouvernements ne souhaitent pas vraiment éduquer le peuple, pour mieux pouvoir le contrôler » me dit-il avant de rajouter « Ici, même quelqu’un qui a fait des études supérieures finit chauffeur de taxi ou de poids lourd ; il n’y a pas d’opportunités. Rejoindre les Etats-Unis est un rêve pour beaucoup souhaitant donner un meilleur futur à ses enfants« 

 

 

–  Melissa et Katarina : Dans de nombreuses stations essences où s’arrêtent les camions, nombreuses sont les prostituées obligées de faire du porte à porte chez les camionneurs, afin d’offrir leur « service ». Aimant discuter avec toutes sortes de personnes, je discute fréquemment avec ces prostituées (pas plus, promis) qui attendent les chauffeurs pour des raisons bien différentes des miennes. Ces filles vivent souvent des situations très tristes. Ci-dessous, 2 filles, Mélissa et Katarina de 20 et 21 ans, rencontrées au Nicaragua, me racontent comment en sont-elles arrivées à vendre leur corps. « La situation au Nicaragua est très difficile, tu sais, il n’y a pas d’opportunités pour quiconque. Mes parents vivent à la campagne et n’ont ni eau ni électricité. Je ne veux plus vivre dans ces conditions et préfère vendre mon corps à des gros puants, pour ainsi gagner un peu plus d’argent …J’ai cherché à faire d’autres types de travail, mais nous sommes payées des misères…J’ai travaillé dans une maquilas (cf. fabrique faisant des vêtements), j’étais payée 60 dollars par mois et travaillais énormément » me dira Katarina avant que Melissa n’enchaîne « Moi, je ne sais faire que l’amour, je ne sais faire rien d’autre »…

 

 

–  Vendeuses : Très fréquemment, je passe du temps avec les vendeurs ou vendeuses de rues quand j’attends un chauffeur. « Nous passons toute la soirée à préparer les produits que nous vendons le lendemain, pendant la journée ; nous gagnons en moyenne 80 USD par mois » me dira l’une d’entre elles.

 

 

 

–   José Maria  : Ce chauffeur, à l’instar de tant d’autres personnes que je rencontre fréquemment, me demande « Pourquoi voyages-tu ? juste pour le plaisir ? ça sert à quoi de juste voyager ? le monde est-il différent d’ici ? c’est quoi des différences de culture ? »…

 

 

–  Petite fille Panaméenne : Dans un tout autre style, cette ravissante petite Panaméenne habillée en habits traditionnels vend, avec sa copine et sa maman, des bonbons. « Nous voulons financer un voyage avec l’école » me dira t-elle avec un grand sourire…

 

 

 

 

–  Veronica : Alors que j’attendais une voiture allant dans la direction de El Salvador, à la douane de la frontière Mexique-Guatemala, j’ai la chance de rencontrer Veronica, petite fille adorable de 8 ans, à qui je donne quelques cours de géographie. « Wow, c’est la première fois que je vois une carte du monde tout entier » me dit-elle avant de se tourner vers sa maman vendant ses pâtisseries à côté d’elle « Regarde Maman, le Guatemala est ici et le Monsieur, il vient de l’autre côté de l’océan Atlantique, en France ».

 

 

Ceux-ci ne sont que quelques exemples de rencontres faites sur les routes d’Amérique Centrale. Les conditions de vie mais surtout la non application ici de ma phrase préférée « When there is a will, there is a way » (quand tu veux, tu peux) incite non seulement à profonde réflexion mais à l’action.

 

A bientôt.