z164. Journée en communauté Amish

Depuis le début de mon tour du monde en stop, j’ai souvent essayé de rencontrer diverses types de populations afin de mieux connaître et comprendre les peuples habitant notre jolie planète. Récemment, je vous avais fait part de mon expérience dans une communauté Amérindienne « Cree » dans le nord du Québec. Aujourd’hui, je vais partager une journée passée en compagnie d’une communauté Amish, vous permettant d’avoir un rapide aperçu de ce peuple, qui a gardé toutes ses traditions d’antan.

 

Soyons tout à fait honnêtes. Il y a encore quelques heures, je ne savais pas grand-chose des Amish, tout juste je pouvais me souvenir de quelques bribes de l’excellent film « Witness », tourné en 1985 au coeur d’une communauté Amish, dans lequel jouait Harrison Ford.

 

Etant actuellement en tournée de conférences dans le « Mid-Atlantic » Américain, et sachant que de nombreuses communautés Amish se trouvent dans cette partie du globe, j’ai fait quelques recherches sur Internet et posé quelques questions aux auditeurs de l’une de mes conférences dans un Rotary club près de Pittsburgh (Pennsylvanie). Je leur ai demandé, surtout, quel serait le meilleur moyen de rentrer en contact avec une communauté Amish. Coup de chance (enfin la chance existe-t-elle vraiment ?) : Jack, un des auditeurs ayant habité pendant longtemps près d’une communauté Amish, me propose de m’emmener rencontrer cette population qui vit de façon assez particulière. Une expérience des plus intéressantes.

 

Les Amish viennent à l’origine de Suisse et leur histoire remonte à 1525. Ils étaient opposés à l’union de l’État et de l’Église, et au baptême des enfants. Ils baptisaient les enfants à l’âge de 18 ans. Persécutés et comptant de nombreux martyrs en Europe, ils ont traversé l’océan Atlantique en quête de liberté, au début du 18ème siècle. Il n’y a aujourd’hui plus aucune communauté Amish en Europe.

 

Rassemblés majoritairement dans 19 Etats des Etats-Unis (principalement Pennsylvanie, Ohio et Indiana), ils vivent en zone rurale et préservent leur culture d’origine, leur tenue vestimentaire, leur langue et leur religion.

 

Les Amish vivent en communauté assez fermée, et venir à leur rencontre sans connaître personne n’est pas chose évidente. « Très rares sont les étrangers pouvant entrer dans la maison d’un Amish » me dit Jack avant de monter dans sa voiture ; il me sera d’un grand secours durant toute la journée car il connaît de nombreux locaux pour avoir travaillé à leurs côtés durant de nombreuses années.

 

Il est 9h30 du matin. A peine arrivé dans le quartier Amish, dans les alentours de New Wilmington, en Pennsylvanie (voir carte ci-dessous), première surprise : les voitures sont très rares ; par contre, les chevaux avec chariots sont partout. « Les Amish vivent exactement comme il y a 200 ans, ils n’utilisent pas d’électricité et n’ont pas le droit de conduire une voiture, c’est contre leur principe » m’explique Jack, au volant de sa voiture, qui dépasse les chevaux les uns après les autres.

 

Le point noir montre l’endroit où je me suis rendu pour rencontrer la communauté Amish.

 

 

Photo d’un cheval tirant un « buggy », scène très fréquente en territoire Amish :

 

 

 

« Que tu le saches avant d’arriver. Il est strictement interdit de prendre la moindre photo de leurs visages. Les Amish n’acceptent aucune reproduction de leur visage, ils n’ont d’ailleurs aucune photo d’identité, ce qui leur cause des ennuis avec le gouvernement. Prendre une photo c’est un peu voler leur identité, respecte cela s’il te plaît » me dit Jack.

Toujours respectueux des coutumes locales, je ne prendrai donc aucune photo de ce peuple. Cependant, afin de vous donner un petit aperçu de leur physique et des habits toujours utilisés aujourd’hui, voici quelques photos trouvées sur Internet (pas facile, d’ailleurs). Chaque Amish sortant dans la rue se doit d’avoir la tête couverte, que ce soit avec un chapeau (fait à la main) pour les hommes ou un foulard pour les dames.

 

Enfants Amish :

 

 

 

 

 

 

Adultes :

 

 

 

Arrivé dans la première maison, je suis effectivement très étonné de voir que tous les hommes de la famille sont habillés de la même manière (avec notamment longues bretelles et chapeau) et que les femmes portent toutes de longues robes et un foulard. Au niveau de l’apparence physique, les hommes portent tous une longue barbe, pas de moustache (car leurs martyrs en Suisse en portaient) et des cheveux à demi longs dépassant sous leur chapeau. Les femmes, quant à elles, ont de longs cheveux tressés sous leur foulard. La langue parlée entre eux est un dialecte germanophone ressemblant à l’Allemand parlé en Suisse, appelé le « Pennsylvania dutch ». Cependant, tout le monde est également bilingue en Anglais.

Etant accompagné de Jack, le premier contact fut très facile et l’accueil excellent. Le chef d’une grande famille (une famille Amish compte souvent plus de 10 enfants) nous fait faire le tour de sa maison et nous explique quelques spécificités de son peuple. « Nous, les Amish, ne souhaitons pas utiliser l’électricité, sous aucune de ses formes. Pas de téléphone, pas d’Internet, pas de télévision, pas de lumière électrique, pas de réfrigérateur…Nous préférons rester au contact de Mère nature, et même si cela demande parfois plus de travail, nous ne souhaitons pas changer ; nous gardons nos traditions malgré les pressions extérieures » raconte Joseph, soixantaine, visiblement fier et heureux de sa culture. « Être Amish, c’est plus qu’une religion, c’est un clan. Si un jeune Amish devait se marier avec une non-Amish, des funérailles seraient organisées pour lui, et il serait rejeté par la communauté ». Règle stricte ne faisant certainement pas l’unanimité au sein des jeunes Amish mais « indispensable » selon Joseph pour garder l’identité Amish. « Un des grands problèmes des Amish est qu’ils se marient souvent entre cousins de deuxième génération et cela crée des problèmes génétiques » m’explique Jack, en fin connaisseur.

 

Autre surprise ; malgré avoir été présenté comme un jeune Français, les Amish m’appellent « Anglais ». « Tous ceux qui ne sont pas Amish sont Anglais pour nous, je suis sûr que c’est la première fois qu’on te dit que tu es Anglais » me dit Joseph en rigolant. Oui, en effet, je n’ai pas l’habitude d’être pris pour un Anglais…

 

La quasi-totalité des Amish travaille manuellement, que ce soit dans le traitement du bois, du métal ou dans l’agriculture. « Les Amish vont à l’école de l’âge de 6 ans à 14 ans (l’apprentissage de l’Ancien et du Nouveau Testament sont importants), puis c’est terminé. Ensuite, il faut travailler. Aucun Amish ne va au Lycée ou à l’Université, quasiment aucun Amish ne fait de travail intellectuel. L’Amish travaille de ses mains, et souvent de manière très adroite » m’explique Jack.

 

Ci-dessous, une photo de deux jeunes Amish travaillant la terre avec des chevaux.

 

 

J’ai été personnellement très impressionné de voir que malgré l’abondance des tracteurs et des technologies utilisés tout autour dans la région par les non-Amish, les Amish restent très attachés à leurs traditions et ne souhaitent pas évoluer. L’exemple Amish est un excellent exemple de refus du progrès pour une sauvegarde des traditions, et d’un contact proche avec la nature. Cela est très impressionnant et je dois avouer que jusqu’à maintenant dans mon tour du monde, les exemples de ce type ont été très rares. Est-ce une bonne chose sachant que cela implique indirectement que les enfants Amish n’aient pas le total choix de leur futur(e) conjoint(e) ? Je ne souhaite pas juger et chacun se fera sa propre opinion personnelle. Cependant, je dois lever mon chapeau à ce peuple cherchant à maintenir sa culture coûte que coûte contre vents et marées. Sont-ils heureux ainsi ? Il m’est difficile de le dire mais selon Jack « Les Amish gardent leur véritable identité et semblent très heureux ainsi« …

Quelques photos ci-dessous de ce qu’implique vivre sans électricité :

 

Etant donné qu’il n’y a pas de réfrigérateur, les Amish ont une sorte de chambre réfrigérée et cassent quelques morceaux de glace de temps à autres pour maintenir certains aliments au frais.

 

 

 

 

Pour la lumière, des lampes à pétrole sont utilisées :

 

 

Afin de produire de l’énergie, une éolienne est souvent utilisée :

 

 

Le chauffage se fait souvent au bois (les températures atteignent parfois les -25 degrés Celsius) :

 

 

Pour info, les jeunes célibataires se rencontrent en général le dimanche soir dans des soirées où la musique et les instruments ne sont pas autorisés, mais il paraît que les jeunes chantent beaucoup. Un jeune Amish se marie en général entre l’âge de 17 et 20 ans. La consommation de cigarettes est interdite mais le cigare et la pipe sont acceptés dans les principes Amish.

 

Durant cette journée, j’ai eu l’occasion de rencontrer plusieurs familles et petits commerces Amish grâce à Jack, à qui je remercie beaucoup.

Je ne souhaite bien entendu pas juger ce style de vie considéré arrieré par certains et en décalage par rapport au monde moderne. Cependant, je dois avouer qu’il est admirable d’être tant attaché à sa culture et de la défendre de la sorte.

 

A bientôt.