z163. Les Américains et la guerre en Irak

Ma position de globe-stopper est privilégiée car elle me permet d’avoir un contact direct avec les populations locales, dans un environnement intime (la voiture), invitant à la discussion et à l’échange d’idées et de points de vue.

 

Etant au pays de l’Oncle Sam, particulièrement en tant que citoyen Français, il me paraissait intéressant durant mes 9000 Kms de stop à travers 32 Etats des USA, de demander l’avis des citoyens Américains sur cette guerre décidée par l’administration du président Américain George W. Bush, débutée au mois de Mars 2003. J’ai ainsi posé les questions « Pensez-vous que cette guerre soit justifiée ?« , »Quelles sont à votre avis les raisons de cette guerre ?« , « 2 ans après le début des hostilités, soutenez-vous toujours cette guerre ? », « Quelle sera à votre avis la porte de sortie de votre armée ? » à de nombreux chauffeurs me prenant en stop, peu importe leur appartenance politique ou leur niveau social.

 

Sujet sensible par excellence, surtout compte tenu de la position de la France lors de cette guerre, j’ai souvent cherché à rester neutre lors des discussions, et ainsi éviter de me retrouver au bord de la route, au milieu de nulle part…Je ne vous cacherai pas que mes moments les plus difficiles de stop aux USA ne furent pas au bord de la route à attendre, mais parfois sur le siège passager, à écouter des points de vue aux antipodes des miens, sans que je puisse véritablement donner mon point de vue, au risque d’irriter la sensibilité de mon chauffeur…

 

Soyons directs. Malgré leur grande sympathie, la grande majorité de mes chauffeurs ne comprend pas grand chose à ce qui se passe en Irak, qu’ils soient démocrates ou républicains (surtout républicains !). Et pour cause, l’Irak est un sujet complexe qui demande une certaine ouverture d’esprit, que la grande majorité de la population n’a pas. Le sujet d’intérêt numéro 1 de l’Américain moyen, tout comme du Français, de l’Espagnol ou du Brésilien moyen, n’est pas la guerre qui se passe de l’autre côté de la planète mais bien la nouvelle robe de la voisine, le chien du voisin d’en face ou la vie amoureuse de Brad Pitt et Jennifer Aniston.

 

Cette photo prise à la caisse d’un Wal-Mart est assez révélatrice des sujets qui intéressent le « peuple« …des sujets ne demandant que peu de capacité de compréhension et d’ouverture d’esprit…

 

 

A l’image de la France avec la constitution Européenne (désolé à nos partenaires Européens), le sujet Irakien dépasse la grande majorité de la population Américaine et montre une nouvelle fois l’immense fossé entre le peuple « ignorant » et « brainwashed » (et cela est vrai à travers le monde) et les gouvernements. Très peu nombreux sont ceux capables de donner un jugement sensé et une analyse réfléchie de la situation. Beaucoup préfèrent purement et simplement éviter le sujet, de peur de paraître ridicule.

 

Parmi ceux qui s’aventurent dans l’explication d’un point de vue, on retrouve 2 Amériques bien distinctes. D’un côté, celle farouchement opposée à la présence Américaine en Irak (et croyez-moi, il y en a un certain nombre !!!), de l’autre, les pro-guerre qu’on retrouve principalement dans les états « rouges » (Républicains). Les Etats-Unis n’ont par ailleurs jamais été autant divisés qu’actuellement.

 

La carte ci-dessous montre ces états rouges et mon trajet parcouru aux Etats-Unis.

 

 

Rentrer dans les détails des points de vue des uns et des autres n’est pas le but de la brève d’aujourd’hui et prendrait des heures. Cependant, je trouve très intéressant de constater que malgré le rapport de la « 9/11 commission« , l’organisme chargé d’établir les causes des attentats de Septembre 2001 à New York et Washington, ayant clairement stipulé que l’Irak et le mouvement terroriste Al Qaïda ne sont pas liés, beaucoup des pro-guerre rencontrés continuent d’associer la présence Américaine en Irak avec ces fameux attentats comme si ce lien était chose évidente. « Ce n’est pas vous qui avez eu 3000 personnes de tuées en 2001, il nous fallait réagir » m’a t-on dit à plusieurs reprises…

Ci-dessous une photo de l’armée Américaine, trouvée sur Internet, retrouvée dans plusieurs endroits :

 

 

Est-ce une volonté du gouvernement de maintenir cette croyance vivante ??? Chacun se fera sa propre idée…

 

Par ailleurs, le mot revenant le plus souvent aujourd’hui aux Etats-Unis pour qualifier les raisons de la guerre en Irak n’est plus « threat » (menace), ni « Mass Destructive weapons » (Armes de destruction massive), ni même « Al Qaïda » mais « FREEDOM » (liberté), mot tenant à coeur aux citoyens Américains. « Notre action a permis au peuple Irakien d’être enfin libre et de ne plus être oppressé par le régime de Saddam Hussein. Cette guerre était utile, le monde nous remerciera dans le futur, quand le Moyen-Orient aura une démocratie » m’a t-on dit à de nombreuses reprises…J’aimerais que ces personnes aient raison aujourd’hui (je n’en suis pas convaincu), l’avenir nous le dira…

A la question, « Pensez-vous que votre gouvernement est un groupe de gens sympathiques souhaitant simplement le bien de la population Irakienne ? », beaucoup, notamment dans l’intérieur des Etats-Unis, répondent par la positive…

 

Bien entendu, être Français n’est jamais passé inaperçu et les réactions furent parfois très vives contre l’action du gouvernement Français…Au Texas (que je connais bien pour y avoir habité il y a 5 ans), j’y ai même entendu « Si j’avais l’arme nucléaire, la France ne ferait plus partie de ce monde… »… ou « Nuc them all » (balance leur la bombe nucléaire).Cela reste cependant des réactions extrémistes comme on pourrait en avoir partout à travers le monde…La transformation du mot « French fries » (nom donné aux frites aux Etats-Unis, soit « Frites Françaises« ) en « Freedom fries » (« Frites de la liberté« ) fut par contre un mouvement assez suivi à travers le pays de l’Oncle Sam…

 

Un sujet complexe dont beaucoup trop de gens n’y connaissent pas grand chose. La proportion des gens connaissant les différences entre les populations Sunnites, Chiites ou Kurdes est très faible et 85% de la population Américaine ne peut situer l’Irak sur une carte du monde (source : National Geographic)…

 

Malheureusement, et cela est un problème à travers le monde, les votants éduqués et ouverts d’esprit sont moins nombreux que les votants ignorants. La différence entre les Etats-Unis et les autres pays du monde, c’est que le président de leur pays est aujourd’hui en quelques sortes le président du monde… et une majorité d’Américains visiblement préfèrent un président donnant une image de fermeté allant au bout ses idées même si elles ne sont pas forcément bonnes (ou celles de ses conseillers) plutôt que d’un président cherchant la meilleure solution pour le bien-être du monde…

 

A bientôt.