z162. La Wal-Martisation du monde

Wal-Mart. Un nom qui fait peur à certains, qui inspire le respect à d’autres. Wal-Mart est aujourd’hui la plus grande entreprise du monde, ayant dans ses rangs plus de 1,5 millions d’employés à travers le monde, soit plus que l’armée Américaine. La multinationale créée par Samuel Walton dans l’état de l’Arkansas en 1962 fait aujourd’hui un chiffre d’affaires de 285 milliards de dollars (chiffres année 2004), soit davantage que le PIB Suisse (251 milliards en 2004) ou encore que celui cumulé des 98 pays les plus pauvres du monde (liste des PIB par pays disponible en cliquant ici). Pour info, 138 millions de citoyens Américains font en moyenne leur achat chaque semaine chez Wal-Mart, soit quasiment la moitié de la population du pays !!! Vous avez dit géant ?

 

Son premier concurrent est Français, il s’appelle Carrefour, mais malgré sa présence mondiale, Carrefour pèse aujourd’hui 4 fois moins lourd que le géant Américain qui, lui, a 70% de son activité seulement aux Etats-Unis (3400 magasins sur 5000 sont aux Etats-Unis) !!!!!!!!!!!! Wal-Mart ouvre aujourd’hui des magasins à travers le monde (surtout en Chine) à un rythme effréné, faisant frémir, entre autres, tous les petits commerces qui mettent la clef sous la porte les uns après les autres, ne pouvant pas rivaliser avec des prix toujours plus bas du géant de la grande distribution. En moyenne, Wal-Mart vend ses produits 14% moins cher que la concurrence.

 

Son secret ? Une efficacité et productivité maximum via une organisation irréprochable, des syndicats inexistants (sauf en Chine, mais les syndicats Chinois n’ont que très peu de pouvoir), des considérations sociales et environnementales basiques, des salariés payés souvent au minimum (la moitié des salariés de Wal-Mart sont considérés aux USA comme « working poors », c’est-à-dire des employés payés suffisamment pour pouvoir se loger, se nourrir, mais guère plus), une réduction du nombre de fournisseurs au minimum et une pression constante pour maintenir les prix au plus bas, sans oublier bien sûr l’import de produits fabriqués en Asie à des coûts minimum. Un chiffre : 10% des produits importés de Chine aux Etats-Unis sont pour Wal-Mart.

 

Photo d’un camion Wal-Mart avec son slogan « We sell for less. Always » (Nous vendons pour moins cher. Toujours)

 

 

Le « business model » de Wal-Mart est donc omniprésent aux Etats-Unis et le devient progressivement à travers la planète. A travers mes brèves, j’ai souvent insisté sur certaines tendances actuelles, croyez moi que la Wal-Martisation de la société est un phénomène bel et bien réel, qui n’est pas prêt de s’arrêter. Cette tendance s’inscrit dans une logique de création de gros blocs, que ce soit au niveau de pays ou de multinationales grandissant à travers le monde. Ayant maintenant dans ses rangs les plus grands spécialistes du Marketing et de la Finance, Wal-Mart, qui souhaite devenir incontournable à travers le monde, a probablement de beaux jours devant lui…

 

Wal-Mart ne laisse absolument personne indifférent. Etant actuellement aux Etats-Unis, je me suis amusé à demander l’avis des gens me prenant en stop sur le géant Américain. Les réactions, comme vous pouvez l’imaginer, sont divisées tout comme l’est par ailleurs le pays sur de nombreux autres sujets. « Wal-Mart, c’est extra, c’est toujours moins cher que les autres, et je peux donc acheter plus pour moins d’argent ; je suis donc très heureux, longue vie à Wal-Mart. J’espère que le monde entier pourra bientôt profiter des prix bas qu’offre Wal-Mart » me dira James, chauffeur de poids lourd, père de 2 enfants.

 

Jenny, employée à la poste et mère de 3 enfants, tient, quant à elle, un tout autre discours : « Wal-Mart veut donner l’image d’une entreprise traitant bien ses employés mais ils les exploitent et ne leur permettent pas de se défendre. Si tu n’es pas content de telle ou telle chose, tu t’en vas ; ils trouveront toujours quelqu’un pour te remplacer. Imagine toi que Wal-Mart est poursuivi en justice une fois toutes les 90 minutes 365 jours par an ! Je déteste ce concept où les patrons s’en mettent plein les poches et les travailleurs bossent dans des conditions misérables pour des salaires ridicules. Si seulement les gens pouvaient boycotter Wal-Mart, l’humanité ferait un grand pas. En plus, tous nos petits commerces, qui rendaient nos communautés uniques, disparaissent les uns après les autres. ».

 

Photo d’un panneau rencontré à plusieurs reprises aux Etats-Unis :

 

 

Tony, 37 ans, cadre supérieur, a quant à lui travaillé indirectement pour Wal-Mart « J’étais, à travers mon entreprise, fournisseur de Wal-Mart. C’est vrai que nous avions toujours la pression d’avoir des prix toujours plus bas et nous devions toujours répondre présent, mais cela fait partie de la réalité du monde actuel et nous obligeait à être sans cesse meilleurs. Wal-Mart c’est le monde de demain, mieux vaut s’y habituer…Si on ne s’adapte pas, il faudra alors subir… ».

 

Monde de demain ou pas, la Wal-Martisation de la société, impliquant la démultiplication d’un même modèle à des milliers d’exemplaires, est grandissant à travers le monde et omniprésent à travers les Etats-Unis. Ce modèle ne marche bien entendu pas uniquement pour la grande distribution mais à tous les niveaux : Chaînes de restauration, de matériel électronique, de matériel de construction…

 

Des prix toujours plus bas mais une véritable homogénéisation du pays. Allez à Orlando, Houston, Indianapolis, Minneapolis, Seattle ou Detroit, vous y trouverez à peu de choses toujours le même décor : Quelques grands « buildings » au centre ville, entourés de toutes sortes de chaînes se succédant les unes aux autres. Ci-dessous, une petite illustration de l’Amérique d’aujourd’hui…

 

 

Certes, les Etats-Unis gardent une superbe variété de paysages et de très jolies villes ayant su préserver un véritable charme (San Francisco, San Diego, New York, New Orleans, Boston, Washington DC). Cependant, cette homogénéisation fait sans aucun doute perdre le caractère unique de nombreuses villes et surtout banlieues, qui aujourd’hui sont toutes les mêmes. Ma tournée de conférences à travers les USA et le Canada, qui touche bientôt à sa fin, m’a permis de me rendre dans 16 des 20 plus grandes villes Américaines, et je dois vous avouer que j’ai été un peu déçu par l’uniformité de trop d’entre elles.

 

Dernière chose : Les chauffeurs de poids lourds Wal-Mart, omniprésents sur les routes Américaines, ont l’interdiction formelle de prendre des auto-stoppeurs. :-(

 

A bientôt.