z161. Les Américains et le voyage à l’étranger

Durant mon aventure autour du monde, j’ai souvent été étonné de ne rencontrer sur les routes de la planète qu’assez peu de ressortissants des Etats-Unis, comparativement à leur nombre mais surtout par rapport à leur important pouvoir d’achat. Pourquoi seulement 14% des Américains possède-t-il un passeport ? Pourquoi n’y a t-il pas davantage de ressortissants des Etats-Unis sur les routes du monde ? C’est la question que je me suis posé et à laquelle je vais tenter de répondre aujourd’hui dans cette brève.

 

1 année d’études au Texas (Texas A&M University), 3 mois de stage sur la côte Est et quasiment 1 an de stop et de conférences à travers 38 Etats Américains me permettent aujourd’hui de mieux comprendre le pays de l’Oncle Sam, première puissance économique mondiale, comptant aujourd’hui près de 300 millions d’habitants.

 

Les quelques points suivants ne sont pas des jugements, encore moins des critiques, mais de simples constatations, ayant pour but de donner quelques pistes de réflexion sur la question posée…

 

1) Grandeur du territoire

 

Les Etats-Unis représente le 4ème pays le plus grand du monde par sa superficie (environ 9,1 millions de Km2) et dispose d’une grande variété de paysages et de climats. Il est aux Etats-Unis parfaitement possible de faire 8h de route et de ne s’apercevoir d’aucun changement notable, que ce soit au niveau culturel ou au niveau des paysages.

La grandeur de son territoire incite souvent les citoyens Américains à voyager davantage localement qu’internationalement. « Avant d’aller voir ailleurs, il me paraît important de bien connaître mon propre pays » ai-je entendu à de nombreuses reprises par des gens n’ayant jamais quitté leur pays…

 

2) Vacances limitées

 

Les 5 semaines (ou plus) de vacances que prennent chaque année la majorité des Européens déconcertent de nombreux Américains. Ici, le nombre de jours de vacances se négocie avec le salaire mais ne dépasse que rarement les 2 semaines. Le nombre peut augmenter avec l’ancienneté mais reste très limité. Avoir peu de vacances incite souvent à voyager davantage localement qu’internationalement.

 

3) Des médias très concentrés sur les Etats-Unis

 

Lors de mon séjour en tant qu’étudiant au Texas, j’ai souvent été impressionné de voir la proportion des nouvelles touchant aux Etats-Unis contre celles touchant au reste du monde. Que ce soit à travers les chaînes d’informations continue (Fox News, CNN…) ou dans les journaux, la couverture d’événements internationaux (hormis Irak ou autres événements majeurs type Tsunami) reste en général assez sommaire. Des médias peu ouverts sur l’international incitent souvent à voyager davantage localement qu’internationalement.

 

4) Une éducation peu axée sur la culture générale

 

L’éducation donnée par les « high-schools » (lycées) Américains est souvent très pragmatique et les matières de culture générale telles la géographie ou l’histoire ne sont souvent pas considérées comme prioritaires par le système éducatif (volonté du gouvernement). Ce manque de sensibilisation ne permet pas aux étudiants d’obtenir l’ouverture d’esprit nécessaire pour s’intéresser au voyage.

 

Une étude menée par National Geographic confirme le faible niveau des étudiants Américains en culture générale et notamment en géographie. Lors de cette étude menée auprès de 3,000 étudiants âgés de 18 à 24 ans, les résultats furent éloquents : 11% ne peuvent pas situer les USA sur une carte, 29% l’océan Pacifique, 65% la France, 69% la Grande Bretagne, plus de 80% l’Afghanistan ou l’Irak. Plus d’un tiers pense que la population des USA se trouve entre 1 et 2 milliards d’habitants, confirmant un certain « américano-centrisme » qui pourrait poser de nombreux problèmes au futur de ce pays. La première puissance économique mondiale se place dans cette étude en avant-dernière position de tous les pays interrogés.

Le mauvais niveau de culture générale aux Etats-Unis incite davantage à voyager localement qu’internationalement.

 

5) La fierté Américaine

 

Aucun pays à travers le monde n’éprouve autant de fierté pour son drapeau que les Etats-Unis. Que ce soit à travers le « God bless America » présent dans toutes les occasions (voir photos ci-dessous), à travers le « Pledge of allegiance » récité par tous les écoliers et dans de nombreuses organisations, ou à travers les drapeaux installés devant la plupart des maisons, les Américains montrent souvent leur fierté d’être citoyens des Etats-Unis.

Le célèbre « God Bless America » (Dieu bénit l’Amérique) est omniprésent aux USA. Quelques illustrations :

 

Dans les centres commerciaux :

 

 

Sur les voitures :

 

 

Parfois sur les bus :

 

 

Parfois dans d’autres endroits :

 

 

La fierté Américaine se distingue aussi via d’autres types d’autocollants ou affichages…

 

« Je suis fier d’être Américain« 

 

 

« [Etats-Unis] demeure grand« 

 

 

…via des drapeaux installés partout…(le drapeau Américain souvent considéré par de nombreux citoyens comme « The greatest flag in the world« (le meilleur drapeau du monde)) :

 

 

 

…via des insignes aux couleurs des USA. Ici un présentateur de CNN présentant son programme avec un pin’s aux couleurs nationales devant un drapeau Américain.

 

 

ou encore via le chant de l’hymne national à chaque grand rassemblement sportif, même au sein de l’université.

 

 

Cette immense fierté et ce patriotisme souvent poussé à l’extrême ont pour conséquence un certain repli sur soi-même et incite souvent à voyager davantage localement qu’internationalement.

 

Je dois admettre que je préfèrerais voir davantage d’autocollants comme celui-ci (rencontré une fois à Boston).

 

 

6) Une culture de l’année césure peu développée

 

A l’inverse de pays comme l’Australie ou l’Angleterre, prendre 6 mois ou 1 an de pause voyage entre la fin des études et le début de la vie professionnelle n’est pas une pratique très

répandue aux Etats-Unis (ni en France par ailleurs). Une pratique par contre très courante dans les universités Américaines est le « career fair » et les entretiens d’embauche sur les campus des entreprises. Ainsi, à peine sortis de leur université, les étudiants Américains ont souvent un contrat d’embauche signé. Prendre du temps pour voyager à l’étranger n’est ainsi souvent pas une option pour la grande majorité des étudiants.

 

Ces 3 photos furent prises lors d’une rencontre entre étudiants et recruteurs dans une université Américaine…

 

 

 

« Les employeurs arrivent, êtes-vous prêts ? »

 

 

7) Coût des études

 

Malgré un système de bourse scolaire aidant de nombreux étudiants en difficultés financières, le coût des études aux Etats-Unis reste très, très cher. Une année d’études à

l’université coûte souvent plus de 25,000 USD, obligeant ainsi un emprunt spécial et créant un besoin de revenu rapide, ce qui ne permet pas aux étudiants en fin d’études d’envisager une année de voyage.

 

8) Un système d’année d’échange à la traîne

 

Si le concept d’échange d’une année entre universités de différents pays type ERASMUS est maintenant bien ancré dans le système universitaire Européen, cela est loin d’être le cas aux Etats-Unis. Malgré une forte progression ces dernières années, le concept d’année d’échange n’est pas encore ancré dans le système scolaire Américain.

 

9) Un niveau en langue étrangère souvent limité

 

Conséquence logique de la grandeur du territoire et de la prédominance de la langue Anglaise dans le monde , on ne pratique que très rarement des langues étrangères aux Etats-Unis.

 

Ne pas parler de langue étrangère incite beaucoup de gens à voyager davantage localement qu’internationalement.

 

10) Une forte culture de la peur

 

Je le ressens souvent à travers mes expériences d’auto-stop, beaucoup de citoyens Américains ont une grande peur de l’inconnu et de l’étranger. L’influence des médias, insistant souvent sur le sensationnel et les mauvaises nouvelles à l’étranger, joue un rôle considérable dans cette culture de la peur.

 

Par ailleurs, il est intéressant de noter le changement de comportement de nombreux Américains suite aux attentats perpétrés sur leur sol, le 11 septembre 2001. Lors de mon année d’études au Texas en 2000, j’avais souvent l’impression que de nombreux Américains se sentaient intouchables. Aujourd’hui, après cette date tragique qui a changé de nombreuses choses aux Etats-Unis, ce sentiment est parti en direction tout à fait opposée, et un climat de peur, renforcé par les propos tenus par le gouvernement actuel, s’est installé aux Etats-Unis. D’ignorants du monde extérieur, beaucoup sont devenus craintifs…

 

Cette peur de l’étranger incite beaucoup de gens à voyager davantage localement qu’internationalement.

 

11) Le sentiment de ne pas être aimé dans le monde

 

«  Is it true that the world doesn’t like Americans ?” m’a t-on demandé à de nombreuses reprises, cherchant à connaître l’image des Etats-Unis dans le monde. Ce sentiment de ne pas

être apprécié et la peur d’être mal reçu dans le monde incite beaucoup de gens à voyager davantage localement qu’internationalement.

 

12) Une importante société de consommation

 

La société Américaine est très matérialiste, faire du shopping est la passion numéro 1 de la grande majorité des Américains. La pression exercée par le marketing et la publicité omniprésente dans tous les médias (pour exemple, un épisode d’un feuilleton de 30 minutes sera coupé 6 à 7 fois par la publicité) incite souvent les citoyens Américains à s’équiper en matériel plutôt que de voyager hors de leurs frontières.

 

13) Peu de reconnaissance du voyage par les entreprises

 

Si une expérience conséquente de voyages internationaux peut, dans plusieurs pays, être considéré comme un véritable atout sur un CV, cela n’est souvent pas le cas aux Etats-Unis. L’étudiant modèle se doit de rentrer sur le marché du travail à la sortie de ses études.

 

Ces quelques points ne sont que des constatations et en aucun cas des jugements. Ils ne sont pas par ailleurs exhaustifs, l’objectif de cette brève étant simplement de donner quelques pistes de réflexion pour mieux comprendre les Etats-Unis et la bulle dans laquelle vivent beaucoup de ses citoyens. De nombreux points sont bien entendu applicables à d’autres pays, à commencer par la France.

 

A bientôt.