z156. Voyage au coeur de la Nation Cree

Après de nombreuses heures de route offrant un joli paysage, mais parfois un peu monotone (voir photo ci-dessous), et surtout de longues minutes passées le pouce tendu au bord de la route avec des températures atteignant parfois les -42 degrés Celsius, avec un vent gelé (voir autre photo ci-dessous), j’ai fini par rejoindre en stop Waskaganish, ville située à 16 heures de route au nord de Montréal, peuplée de quelques 2200 autochtones Amérindiens de la nation Cree, cousins lointains des Inuits.

 

 

 

Mon tour du monde étant avant tout un tour des hommes, je voulais découvrir un petit peu de la culture Amérindienne en visitant un village d’autochtones se situant loin de tout. Pour cela, plusieurs solutions : La première consistait à prendre l’avion desservant les nombreuses communautés Cree ou Inuits situées au Canada. La deuxième consistait à rejoindre par la route les quelques communautés possédant un réseau routier. L’avion stop ne m’attirant pas particulièrement, j’ai décidé d’opter pour la seconde solution et de rejoindre Waskaganish, qui possède une route depuis l’an 2000. La carte ci-dessous vous donnera un aperçu de la location de ce village Amérindien Cree qui n’a pas de voisin à environ 350 Kms à la ronde…

 

 

Un panneau attestant le peu de possibilités d’arrêt pour le chauffeur :

 

 

Certes, je ne m’attendais pas à rencontrer des tepees ni des indiens avec des plumes en me rendant dans cette communauté ; ceux-ci ont disparu il y a bien longtemps (certains en ont encore dans leur jardin en souvenir de leurs ancêtres, voir photo) mais je dois avouer que j’ai été bien surpris par l’occidentalisation de cette civilisation, me confirmant une nouvelle fois l’homogénéisation progressive de notre monde…

 

Petit tipi avec canot dans le jardin d’une maison :

 

 

Non, n’ayez pas peur, je n’y ai rencontré ni Mc Donald’s, ni Wal Mart, ni Starbucks coffee (il faudra attendre encore un petit peu pour cela). Cependant, j’ai été surpris de voir à quel point chaque maison est équipée de télévision satellite – permettant à leurs habitants de suivre « Star Academy » et autres séries Américaines – et de connexion à Internet. J’ai constaté aussi que les jeunes Amérindiens ont pour idoles Shakira (et autres, Britney Spears) et ne portent que des jeans et autres habits « occidentaux » (pour ne pas dire Américains).

 

Exemples des idoles des actuels jeunes Amérindiens…

 

 

 

« La venue des moyens de communication moderne (TV, Internet…) a beaucoup changé les habitudes de vie de la communauté » me dira Richard, chef de la communauté. Ce chef est d’ailleurs particulièrement sympathique. A peine je me présente à lui (sans rendez-vous), il m’accueille dans son bureau, me raconte quelques traditions gardées de sa communauté, m’offre un livre de la nation Cree et, encore mieux, m’emmène dans sa voiture pour me faire une visite du village. Vous en connaissez beaucoup des maires de village qui feraient cela ??? J’ai en tout cas été très agréablement surpris par la gentillesse et la disponibilité du chef. Lui aussi fut, semble t-il, bien surpris de recevoir un globe stopper, cela n’arrive visiblement pas souvent…

 

Le chef du village me dédicaçant un livre sur l’histoire de son peuple.

 

 

Le chef du village me faisant faire un tour du village.

 

 

« Cela ne m’étonne pas que le chef ait pris le temps de te faire découvrir la communauté » me racontera Charles, habitant de cette petite ville « ici nous prenons toujours le temps pour les étrangers. Nous cherchons à nous adapter au monde moderne mais aussi à garder les traditions et coutumes Cree. Prendre le temps de bien recevoir ses invités est l’une d’entre elles ». A méditer.

 

Les traditions Cree sont surtout celles de la chasse, de la trappe et de la pêche, qui restent 3 activités majeures de leurs habitants, surtout en été. Par exemple, les étudiants ont 2 semaines de vacances appelées « Goose break » destinées à chasser l’oie. « Quasiment toute la population du village chasse pendant ces 2 semaines, nous dormons dans des refuges ; tout le monde aime ça et nous ravivons ainsi les habitudes de nos ancêtres » me dira Charles.

 

 

Le sport le plus pratiqué ici est sans aucun doute le hockey sur glace qui est un des grands sujets de discussion du village…

 

 

Le langage utilisé dans cette communauté est le Cree, langage indien, mais quasiment tout le monde parle couramment l’Anglais ; certains parlent le Français…Le Cree, qu’il soit écrit ou parlé, était parfaitement incompréhensible pour moi, mais je le trouvais très joli…

 

 

 

 

 

Mais de quoi vit la population ? Comment arrivent t-ils à posséder une telle qualité de vie alors que je n’ai rencontré aucune entreprise ou industrie et que les animaux chassés ou pêchés ne sont utilisés que pour la propre consommation des habitants ?(la vente de fourrure issue de la trappe est la seule activité lucrative). La réponse ? Les subventions de l’Etat Canadien.

 

En effet, traditionnellement, le gouvernement donne une sorte de « pension » aux communautés Amérindiennes pour s’excuser en quelques sortes de s’être installé sur leur terrain initial. De plus, étant donné que le gouvernement Canadien et les grandes entreprises forestières utilisent les ressources naturelles situées sur leur terre, une forme de dédommagements financiers appelée « Bay James agreements » (accords de la baie James) a été mise au point.

 

Cet argent permet aujourd’hui à la communauté d’obtenir des infrastructures publiques de très bonne qualité (voir photos), une bonne éducation, et une sorte de « salaire » très correct pour ses habitants (certaines conditions doivent cependant être remplies par les habitants pour obtenir ce « salaire »).

 

L’infirmerie disposant de toutes les installations nécessaires :

 

 

 

Waskaganish dispose d’une école primaire et une secondaire (photo ci-dessous).

 

 

Un centre avec Internet et TV grand écran.

 

 

 

Chaque maison est équipée d’un satellite permettant de recevoir les émissions télévisées du monde entier.

 

 

Type de maisons habitées par la nation Cree :

 

 

Bref, nous sommes maintenant bien loin des tipis mais de nombreux Amérindiens luttent pour la sauvegarde de leur culture et des valeurs de la communauté.

 

Cette façon de faire soulève des réactions différentes chez les « non Amérindiens ». Certains diront « c’est de l’assistanat, nous ne pouvons pas dédommager les Amérindiens éternellement des méfaits de la colonisation, ils doivent s’adapter et développer leur propre économie » ; d’autres diront « C’est normal de les compenser après tout ce qu’on leur a fait subir. Après tout, nous sommes venus les envahir sur leur sol alors qu’ils vivaient très heureux, sans rien demander à personne »…

Ce débat sans fin n’est bien sûr pas uniquement vrai au Canada mais sur tout le continent Américain, et dans d’autres endroits du monde (en Australie notamment avec les aborigènes…)…Un sujet des plus difficiles à traiter…A signaler cependant que certaines communautés sont mieux dédommagées que d’autres pour diverses raisons et que les indigènes d’Amérique latine ne touchent pour leur part quasiment rien…

 

Une autre question à se poser, souvent présente dans mon esprit était : Est-ce que quelconque compensation financière pourra permettre une véritable intégration de ces communautés indigènes qui sont souvent touchées par la perte d’identité et par voie de fait, l’alcoolisme… ??? Pas sûr…

Ci-dessous, 2 photos d’habitants Cree qui sont en tout cas bien courageux de supporter de telles températures négatives (qui peuvent atteindre parfois jusqu’à -60 degrés la nuit en plein hiver). Je repars, pour ma part, rapidement vers le sud, malgré la beauté des grands espaces du Nord Canadien.

 

 

 

Pour terminer, une photo de ma première expérience de Skidoo-stop, moyen de transport fréquemment utilisé dans le nord Canadien…

 

 

 

Pour plus d’informations sur les indiens Cree, cliquez ici

 

A bientôt.