z143. Passage de la frontière Mexique-USA

Passer des frontières est souvent considéré comme le cauchemar du routard. Pour ma part, je n’ai jusqu’à maintenant jamais eu le moindre problème, en adoptant toujours un profil bas et en répondant toujours poliment aux demandes formulées par les officiers d’immigration. Il est évident que par moments j’aimerais faire des commentaires, mais je me dis toujours qu’il vaut mieux les garder pour soi et passer de l’autre côté plutôt que l’inverse.

 

La frontière entre le Mexique et les Etats-Unis est la frontière la plus désirée au monde et l’une des plus traversées -légalement ou illégalement- car c’est celle de « l’American dream », celle dans laquelle tant de latino-Américain voit un avenir meilleur, avec soit disant plus d’opportunités et plus d’argent.

 

Lors de ma montée en stop vers la frontière, je rencontre Juan, chauffeur de camion me racontant son expérience : « Moi, la traversée illégale, je la connais ; j’ai traversé le Rio Bravo il y a 10 ans et ai vécu 2 ans aux Etats-Unis. Je voulais comme tout le monde connaître le rêve Américain mais ne pouvais pas avoir de papiers ; je l’ai donc joué à l’aventure avec des amis. Nous avions bien préparé notre coup, nous connaissions les endroits où il n’y a que peu de surveillance. La traversée à la nage du Rio Grande nous a pris 1h30, elle est très dangereuse ; un de mes amis est décédé pris dans le courant, il était trop fatigué pour lutter contre le courant, souvent très fort. Arrivés de l’autre côté, nous avons dû marcher 4 jours dans le désert d’Arizona avant de rencontrer un petit village comme nous l’avions prévu, nous avions de la nourriture suffisante dans nos sacs à dos. Sur le chemin dans le désert, j’ai vu plusieurs personnes décédées et parfois des os d’humains dévorés par les animaux. Une des difficultés était d’éviter les nombreux serpents très venimeux. J’ai vécu 2 ans aux Etats-Unis mais je n’ai pas aimé, j’étais mal traité et me suis rendu compte que je préférais vivre au Mexique, même avec moins d’argent« . Comme Juan, de nombreux Mexicains mais aussi autres latino-Américains tentent leur chance et connaissent des fortunes diverses dans leur entreprise.

 

Pour ma part, c’est à la frontière de Matamoros au Nord-est que j’ai décidé de passer de l’autre côté (photo ci-dessous du pont côté Mexicain). Un passage bien sûr beaucoup plus facile lorsque l’on présente un passeport Français, ce bout de carton indispensable aujourd’hui dont, je l’espère, les générations futures pourront se moquer.

 

 

Il est 10 heures quand je me présente au « Puente Internacional » devant me permettre de quitter l’Amérique latine pour rejoindre les Etats-Unis. Il fait chaud, très chaud. Après avoir fait tamponner mon passeport pour la sortie du territoire Mexicain, je traverse ce pont passant au dessus du Rio Bravo, tellement désiré par tant de Latins. Je prends plusieurs photos (pont, poste de frontière, Rio Bravo…) souhaitant illustrer ma brève sur le passage de frontière, mais voilà, à peine arrivé de l’autre côté, 2 officiers de police viennent vers moi, l’un m’appelle et me demande de me présenter devant lui :

 

–  « Anything to declare ? » (Rien à déclarer ? me demande t-il ?)

–  « No, sir » (mieux vaut être profil bas devant les officiers Américains)

–  « Do you have a Camera ? » (Avez-vous un appareil photo ?)

–  « Yes, sir« 

–  « Can I see it ? » (Puis-je le voir ?)

 

Le policier regarde alors les photos prises et me dit :

 

–  « Do you know it is absolutely forbidden to take pictures of official American buildings ? » (« Savez-vous qu’il est absolument interdit de prendre des photos de bâtiments officiels Américains ?« )

–  « I’m sorry, I didn’t know, you can delete them if you want » (« Je suis désolé, je ne savais pas, vous pouvez les effacer si vous voulez« …Je ne souhaite pas prendre de risque qu’il me prenne mon appareil photo).

 

Après avoir effacé toutes les photos concernant les bâtiments officiels Américains, le policier regarde certaines autres photos gardées en archives, afin selon lui de « s’assurer qu’il n’y en a plus d’autres » et tombe sur cette photo :

 

 

–  « Have you taken this photo here ? » (« Avez-vous pris cette photo ici ? »)

–  « No, in Panama« 

–  « Where is Panama ? » (« Où est Panama ? »)

–  « In Central America » (« En Amérique Centrale« )

 

puis voit cette photo…

 

 

–  « What’s that ? » (« Qu’est-ce que c’est ? »)

–  « An Iguana » (« Un iguane« )

–  « Do you have anything like that with you ? » (« Transportez-vous quelque chose comme ça avec vous » ?)

–  « No, I never travel with animals » (« Non, je ne voyage jamais avec des animaux« …surtout avec des iguanes…)

 

Après avoir répondu à ses questions, non sans avoir rigolé intérieurement, le policier s’en va et me demande d’aller me présenter pour l’entretien d’immigration. Je reprends mes affaires posées sur le sol parmi lesquelles une bouteille de Tequila achetée au Mexique pour offrir à un ami vivant à Houston. Pas de chance, la bouteille posée trop fort se renverse complètement sur mon jean ; l’entretien d’immigration peut alors se dérouler dans les meilleures conditions, avec une entrée ratée et une forte odeur de Tequila sur moi. Fort heureusement, mon passeport Français me permettra de passer sans soucis.

 

Arrivé de l’autre côté de la frontière, un nouveau problème se pose : L’interdiction de faire du stop ! En effet, dans plusieurs Etats Américains, faire du stop est une activité interdite. Etant donné qu’il est hors de question d’abandonner mon activité favorite, il me faudra faire du stop de la manière la plus discrète possible…

Je suis aujourd’hui dans la ville de Houston. Jusqu’à maintenant, je n’ai pas encore eu à faire du stop en Anglais du fait de la forte communauté hispanique dans le sud du Texas. Dans quelques jours, je partirai vers l’Université de Texas A&M, Université que je connais bien pour y avoir passé un an en 2000/2001. De là-bas, je préparerai la seconde partie de mon aventure que j’expliquerai dans une toute prochaine brève.

 

A bientôt