Le voyage était mon rêve, le partage mon moteur.

Durant la totalité de mon parcours, j’ai cherché à partager les enseignements de mon voyage de différentes manières.

Partie 2 : Conférences

Déclic Equatorien

Tout a débuté le 4 mars 2004 dans la ville de Quito en Equateur. Alors sur la route depuis 15 mois, Charito, mon hôte, professeur d’anglais au collegio Menor, un établissement regroupant 700 élèves de onze à quinze ans, issus de la couche sociale privilégiée, me propose de venir partager mon parcours avec ses étudiants.

Je n’ai jamais eu l’occasion de partager mon tour du monde via une conférence mais l’idée me semble excellente. C’est pour moi une grande joie d’évoquer mon parcours, mes motivations, mes peurs, mes espoirs. J’accepte donc la proposition et me retrouve propulsé devant une centaine de petites têtes brunes, aux yeux écarquillés devant la carte du monde recouvrant le tableau noir. N’ayant jamais fait cela, l’improvisation est de mise. Je débute par un jeu de géographie, matérialisant sur le tableau deux colonnes de 10 lignes numérotées de 1 à 10, leur demandant les pays les plus grands et les plus peuplés au monde. La réaction est immédiate : tous semblent vouloir me montrer leurs connaissances en géographie et les deux colonnes se remplissent à la vitesse de la lumière. Je continue et leur explique les raisons m’ayant poussé à partir, mes incertitudes avant de me lancer, les premiers enseignements et découvertes de la route… Je fais également part de mon expérience en Antarctique, parle du réchauffement climatique, de ses causes, ses conséquences, ce que chacun d’entre nous peut faire pour réduire notre impact négatif sur la planète. Les enfants semblent attentifs et intéressés. Les questions fusent, tant sur la logistique, le choix des pays traversés que les difficultés éprouvées. Je sens que nombre d’entre eux seraient presque prêts à prendre leur sac à dos et à m’accompagner au bord des routes. Après trois-quarts d’heure de présentation, la conférence se termine. La petite tension qui était mienne au début retombe. Autour d’un café, Charito, entouré d’autres professeurs, me fait part de ses impressions :

– Ludo, c’était génial. Les enfants ont adoré et maintenant, tous ont envie de découvrir le monde de leurs propres yeux et d’aider à sa protection. J’espère que tu donneras beaucoup d’autres conférences de ce style. Nous allons maintenant te suivre pas à pas et nous appuyer sur tes expériences pour nos cours.

Déclic Equatorien

Les propos de Charito, couplés avec des messages reçus de la part d’étudiants, me remplissent de joie, d’autant que j’ai moi-même pris un grand plaisir dans ce qui fut un moment fort de chaleur, de partage, d’étonnement. Je prends conscience, à cet instant, que je suis à présent en mesure de passer du statut d’élève à celui de professeur, qu’il m’est possible de partager autrement que via internet et qu’à travers la présentation de mon tour du monde, je suis en mesure d’ouvrir une fenêtre sur le monde aux enfants, de les encourager à croire dans leurs rêves et à les poursuivre.

Tournée de conférences d’une année aux Etats-Unis

Ce déclic Equatorien va laisser des traces. Quelques mois plus tard, je décide d’acheter un ordinateur portable et de prendre une année de ma vie pour faire une tournée de conférences à travers les Etats-Unis et le Canada. Après avoir réalisé un document PDF résumant mon parcours, je construis une présentation Power Point en deux parties : la première sur le périple, la deuxième, adaptable selon l’auditoire, sur la pauvreté dans le monde, le commerce équitable, les « passeurs d’espoirs » rencontrés en Amérique centrale et les questions environnementales. Un temps pour rêver, un autre pour réfléchir. Un bon équilibre !

Pendant une année, je parcours donc 36 états américains et 3 provinces canadiennes pour parler du monde devant toutes sortes d’auditoires : des écoliers, des étudiants, des membres de Rotary club ou d’alliances françaises, des retraités installés en Floride, des handicapés à Chicago, des orphelins à Saint-Paul, une organisation s’occupant de jeunes délinquants à Los Angeles, un hôpital à Indianapolis ou encore des chambres de commerce. Sans oublier divers événements lors desquels inviter le french globe-stopper permet d’apporter un peu d’exotisme aux participants. Selon mes publics, j’adapte le fond et la forme de mes présentations. Certains veulent rire, d’autres connaître en détail les difficultés rencontrées pour mener à bien mon défi, d’autres que j’évoque ma vision du monde et des défis planétaires. 114 conférences seront finalement données à près de 50.000 personnes durant une année complète.

Photos prises aux Etats-Unis ci-dessous :

Explication du tour du mondeSensibilisation de mon auditoire au réchauffement climatique à ses conséquences

Je profitais également de ces interactions avec la jeunesse afin de leur expliquer les Objectifs du Millénaire pour le Développement ainsi que le programme « Mondialogo » développé par l’UNESCO.

En quête d’un dialogue interculturel : conférences dans les écoles coraniques

Au fil des mois de mon tour du monde, je prends conscience de la véritable mine d’or que représente mon tour du monde pour approcher les écoles et faire passer des messages. Après une nouvelle tournée de conférences en Australie et après avoir assisté à un certain nombre de conflits interethniques ou interreligieux dans les îles indonésiennes, je prends la décision d’aller frapper aux portes des écoles islamiques en Indonésie avec plusieurs objectifs en tête :

1) Partager mon tour du monde, en insistant sur l’importance de faire de ses rêves des réalités. Montrer que rien n’est impossible pour une âme décidée.

2) Expliquer clairement pourquoi je voyage et pourquoi je cherche à comprendre d’autres cultures, car je vois bien que le concept du voyage est inconnu dans la plupart de ces communautés.

3) Offrir une certaine ouverture sur le monde, développer une certaine curiosité de l’ailleurs et de l’autre.

4) Aboutir à un échange interculturel si important pour la stabilité de notre monde.

5) Faire comprendre à ces jeunes musulmans que nous sommes frères et sœurs quelque soit notre religion, culture, couleur de peau, nationalité. Tous dans le même bateau ! Tel le professeur Higgins, dans le cercle des poètes disparus, qui faisait monter ses élèves sur la table afin d’élargir leur horizon et qu’ils voient le monde autrement, je veux inciter les jeunes à qui je m’adresserai à regarder le monde depuis la lune pour constater que les frontières n’existent pas de là-haut, leur faire comprendre que l’humanité n’est qu’une (le communautarisme est très fort dans le monde musulman)… En bref, semer les graines de la paix et de l’entente entre les peuples. Vaste programme !

A Medan, troisième ville indonésienne, je mets mon plan à exécution. Avec l’aide de mon hôte musulman, qui me sert de traducteur, je choisis une école islamique dans la banlieue de la ville, du nom de Miftahussalam. Le directeur me reçoit dans son bureau désuet. Mobilier en bois patiné, murs fatigués, ventilateurs de plafond aux pales démesurées. Accrochés au mur, un drapeau blanc et rouge effiloché ainsi qu’un vieux portrait de Sukarno, premier Président de la république d’Indonésie. Le décor me paraît digne d’un film sur l’époque coloniale. Néanmoins, M. Bustami est intéressé par ma démarche. Selon lui « La base de la paix dans le monde réside dans le dialogue. L’Islam n’est pas une religion de guerre. Le Coran est contre la violence. Nous devons apprendre à mieux nous connaître ». En deux temps, trois mouvements, il rassemble plus de deux cents étudiantes, voilées de haut en bas, dans l’auditorium du lycée. Toutes m’observent sans vraiment comprendre ce dont il s’agit. Ma qualité de Français a pour conséquence d’affliger les visages d’un air de gravité qui laisse tout le monde sans voix. A coup sûr, je suis le seul Européen qu’elles aient vu ailleurs qu’à la télévision ! Je m’amuse en silence de la situation tout en étant quelque peu intimidé par une telle assistance. Si j’ai pris l’habitude de me retrouver en face de larges assemblées, celles-ci étaient relativement proches de ma culture. Là, je saute dans l’inconnu ou presque.

Quelques mots de présentation en indonésien provoquent les premiers éclats de rire et me permettent de casser la glace. Rieuses, timides et espiègles, ces adolescentes s’embarquent avec joie sur mon tapis volant qui les conduit, une heure durant, aux quatre coins de la planète. Grâce à un diaporama et à une présentation que je ne cesse de retravailler sur mon ordinateur au fil de mon voyage, nous parcourons ensemble les montagnes de l’Antarctique, rencontrons les Indiens des Andes, les tortues des Galápagos et découvrons quelques-unes des religions de la planète. Je sens les jeunes demoiselles réellement intéressées, le sourire se lit désormais sur toutes les lèvres. Commence alors la valse des questions et la salve des réponses. Après quelques-unes touchant à mon parcours, le thème de la religion, au centre de leurs préoccupations, est abordé :

– Monsieur, j’ai entendu que dans votre pays, les filles n’ont pas le droit de porter le foulard à l’école. Est-ce vrai ? Pourquoi ?

Le sujet fâche dans le monde musulman et le besoin de comprendre se fait ressentir. J’explique ce qu’est la laïcité qui caractérise la société française, que la France a décidé de séparer la religion de la culture, réservant la première à la sphère privée et la seconde à la sphère sociale. Les questions se succèdent sur le sujet.

– Pouvez-vous nous en dire plus sur la laïcité ? C’est quoi au juste ?

– Monsieur, il paraît qu’en Europe, les gens ont peur de l’islam, c’est vrai ? Pourquoi ?

Le dialogue interculturel tant attendu est lancé, il ne s’arrêtera qu’une heure plus tard. Répondre à toutes ces questions sans heurter la moindre sensibilité ressemble à un exercice d’acrobatie périlleux. Je choisis chaque mot avec précaution et le pèse avant de le prononcer, en espérant qu’il soit traduit correctement ce qui n’est pas toujours évident. Mon objectif aujourd’hui est de fraterniser, de construire des ponts, d’apprendre les uns des autres dans un contexte amical. Certainement pas de froisser quelqu’un ou d’imposer ma vision des choses.

La conférence se termine. Aussitôt les mots de remerciement du principal terminés, de nombreuses étudiantes viennent me voir pour me poser davantage de questions, parfois sur mon voyage, parfois sur d’autres sujets. A ma grande surprise, plusieurs d’entre elles sortent leur téléphone portable / appareil photo et me mitraillent dans tous les sens. D’autres sortent des bouts de papiers pour que je leur écrive quelques mots en Français ainsi qu’une signature. Tout en répondant à leurs demandes, je ressens une forte sensation de bien-être, non pas de signer des autographes, la reconnaissance m’importe peu, mais parce que je prends plus que jamais conscience qu’à travers mon défi de tour du monde en stop, je suis en mesure de faire passer un certain nombre de messages positifs et cruciaux. Du fait de la différence de religion, je doutais que je puisse être le bienvenu dans une école coranique, je me rends compte que ce n’est pas le cas. Cela me réjouit au plus haut point !

Riche de ces constatations, je prends en ce jour une décision qui me suivra jusqu’à la fin de mon périple : désormais, dans chacune des villes que je traverserai, j’irai me présenter aux portes des écoles et parlerai directement, soit au professeur d’anglais s’assurant de la traduction, soit au directeur de l’école. Je contacterai également tous les membres d’hospitality club et de couchsurfing des villes traversées pour me mettre en contact avec toutes sortes d’institutions éducatives. En ce 14 août 2006, mon tour du monde s’apprête, une nouvelle fois, à prendre une autre direction que celle que j’avais initialement empruntée…

Quelques photos ci-dessous :

A MedanDans la région d'Aceh

Les mois qui vont suivre vont me pousser à continuer dans cette voie. Du Viêt-Nam à l’Afghanistan en passant par l’Iran, la Chine ou l’Inde, je profite de la singularité de mon parcours pour aller frapper aux portes et pour parler aux étudiants. A chacune de mes sorties, ma conférence gagne en qualité… à mon plus grand bonheur et de celui des étudiants…

Au Viêt-nam :

Au Viêt-nam

En Inde :

En Inde

Dans une communauté Tibétaine :

Dans une communauté Tibétaine

Au Pakistan :

Au PakistanAu Pakistan

En Afghanistan :

En Afghanistan

En Iran :

En Iran

A mon arrivée, ce sont plus de 350 conférences qui seront données autour du monde.

Ci-dessous, quelques réactions de professeurs ou d’organisateurs :

« L’un des meilleurs programmes que nous ayons eu jusqu’à présent. Du début à la fin de sa présentation, Ludovic a su captiver et fasciner son audience. Dommage que, faute de temps, nous ayons dû écourter le temps pour les questions.» Jim Austin, gouverneur Rotary club District 7150

« Ludovic fait partie de cette nouvelle génération de jeunes bien décidée à faire bouger les choses. […] Son dynamisme et son optimisme sont contagieux. La standing ovation que lui a donné l’audience fut parfaitement méritée.» T. Mundson, Président Rotary club Woodbury, NJ

« Ludovic s’est parfaitement adapté au niveau de nos étudiants. Cette présentation fut formidable pour leur ouverture d’esprit etle développement de leur curiosité. Je la recommande à toutes les écoles du monde » T. Turck, Principal école Homer, New-York

« Ici en Afghanistan, être occidental est souvent synonyme de soldat.Rares sont les occasions pour nos étudiants d’échanger avec des occidentaux ne portant pas un casque. La venue de Ludovic nous a permis d’échanger dans un environnement amical, d’apprendre à mieux nous connaître les uns les autres et nous comprendre.» Imran Khan, directeur école pour filles, Kunduz, Afghanistan

Aujourd’hui, je continue de donner des conférences sur divers thèmes. Plus de détails en cliquant ici.