95. 2500 Kms d’auto-stop jusqu’à Bariloche

Ushuaïa, jeudi 18 décembre 2003. Ça y est, après plus d’un mois passé dans la ville la plus australe du monde, je refais mon sac prêt à repartir vers de nouveaux horizons, objectif Bariloche, ville située à 2500 Kms au nord en direction de la frontière Chilienne.

 

Mes affaires prêtes, je marche jusqu’à la sortie de la ville où j’aperçois un poste de police arrêtant les voitures pour un contrôle de routine. A plusieurs reprises déjà durant mon aventure, les policiers ont été de fidèles alliés m’aidant parfois dans ma tâche pour trouver une voiture. Je vais donc à la rencontre de l’agent, extrait du dialogue. « Bonjour Monsieur, je m’appelle Ludovic, suis français, je fais le tour du monde en stop et… » « Oui, je vous connais, je vous ai vu à la télé l’autre jour, vous avez besoin d’aide ? » « Ce serait volontiers, merci beaucoup ». Et ensuite, s’adressant à la première voiture « Bonjour Monsieur, quelle est votre destination ? Rio Grande ? (ville située à 2 heures au nord d’Ushuaïa), ce jeune homme fait le tour du monde en stop et cherche une voiture pour partir vers le Nord, vous pouvez le prendre avec vous ? » « Oui, pas de problème, montez ». Voilà en gros comment s’est passé ma sortie d’Ushuaïa, le stop devient alors une pratique très facile…Peut-être trop…

 

Par la suite, après quelques minutes d’attente, je trouve un camion partant sur Buenos Aires me proposant de m’emmener sur plus de 1000 Kms…décidémment, le père Noël passe un peu plus tôt en Patagonie…Ensuite, alors que nous sommes sur une petite route au milieu de nulle part, un chauffeur me dit « si tu veux, je peux t’emmener sur 200 Kms, je peux te déposer à « Los Tamariscos », c’est un « pueblito » (petit village), je vis dans une estancia (ferme) peu après ». Ne connaissant pas « Los Tamariscos » et voyant un petit point sur la carte l’indiquant, j’accepte sa proposition. 3 heures de route plus tard lors desquelles nous n’avons croisé aucune autre voiture et continué sur cette petite route au milieu d’un beau désert de steppes, nous arrivons dans ce fameux « pueblito ». Et quel Pueblito !!! Il n’y a qu’une maison. « Je te dépose ici, je vais sortir de ta route et j’habite loin, c’est mieux pour toi d’essayer de dormir ici ». Très bien, je sors de la voiture, laisse le gentil vieux monsieur s’en aller et me retrouve absolument seul en face d’une vieille maison dans laquelle il n’y a qu’une petite lumière très faible. Il fait nuit noir dehors. Aucune voiture ne passe par ici à cette heure-ci et il n’y a pas la moindre civilisation à moins de 200 Kms à la ronde, il sera donc impossible de continuer ma route ce soir, je dois me rendre dans cette maison. Mais qui peut bien vivre dans un endroit si reculé ? La petite lumière faible est donnée par une lampe de pétrole, elle me montre qu’il doit y avoir quelqu’un à l’intérieur. Tentons. Je sonne une première fois, pas de réponse, une deuxième, toujours pas de réponse. Je me dis alors que je vais devoir passer ma nuit dehors mais il fait froid en Patagonie, même en été, je préfererais éviter pour ne pas tomber malade. « Hola », je commence à appeler, « Hola, hola », je répète jusqu’à ce qu’un homme sorte avec un fusil à la main « Que pasa ? » me dit-il. « Buenas noche señor, mi nombre es Ludovic, soy francês, desculpe de molestar a esta hora. Estoy haciendo un vuelta al mundo a dedo y estoy aqui sin lugar para dormir… ». Dans un espagnol certes meilleur qu’à mes débuts mais toujours hésitant, j’explique à ce Monsieur qui je suis et ce que je fais ici seul, sans voiture, dans un endroit retiré de toute civilisation. L’homme a l’air compréhensif et me dit de venir avec lui, il me présente 2 autres hommes très accueillants « bienvenidos » me dit l’un d’entre eux. « ouf, ils ont l’air sympa » suis-je entrain de penser. L’homme m’ayant accueilli pose alors son fusil et me propose de m’assoir avec eux et de partager une vieille bouteille d’alcool qu’ils avaient visiblement déjà bien entamée. Je m’assois, accepte par politesse un petit peu de leur boisson très bizarre et très forte et explique qui je suis, ce que je fais montrant mes documents et mon book média qui sont des supports toujours utiles et explique calmement ma situation. « Je fais du stop et un Monsieur vivant dans une estancia m’a déposé ici n’allant pas plus loin sur ma route, je cherche un endroit où je pourrais dormir et continuer mon chemin dès demain ». « Nous avons un « lugarcito » (petit endroit) où tu peux dormir, il n’y a pas de problème. Pour t’expliquer nous n’habitons pas ici, nous travaillons sur la route pas loin d’ici, cette maison est publique pour les gens de passage, nous sommes ici depuis un mois. Demain, nous partirons à 100 Kms sur ta route à 6h du matin, nous pouvons t’emmener si tu le souhaites ». Impeccable, je trouve non seulement un endroit où dormir (pas très confortable mais c’est sans importance, voir photo ci-dessous) mais aussi une voiture pour continuer mon chemin, j’ai la chance avec moi…

 

Voici le lit qui m’était proposé, pas le plus confortable mais qui me permit de dormir au chaud :

 

 

L’entrée de la chambre :

 

 

La maison de jour, j’y suis arrivé en pleine nuit :

 

 

Le lendemain, je me réveille un peu courbaturé mais ayant tout de même dormi et embarque dans la voiture de ces 3 messieurs qui sont en fait très sympathiques. Ils m’expliquent qu’ils vivent en fait à 1000 Kms d’ici mais qu’ils sont toujours en vadrouille à cause de leur travail. Durant le trajet, nous croisons des Guanacos (sorte de lama local), la voiture ralentit, un des 3 hommes sort le fusil de nouveau. Pan, il tire mais rate la cible, les guanacos courent très vite. Voir photos ci-dessous.

 

Photo d’un Guanaco, le lama local en plus petit :

 

 

La chasse au Guanaco depuis la voiture m’ayant pris en stop, une expérience nouvelle :

 

 

 

Une photo de mes 3 hôtes du jour :

 

 

100 Kms plus loin, je quitte ces messieurs et par chance, je retrouve assez rapidement un moyen de continuer ma route…puis un autre et encore un autre jusqu’à arriver à Bariloche seulement 3 jours après avoir quitté Ushuaïa, ce fût rapide, c’était peut-être le cadeau du père Noël.

 

Je tiens également à profiter de cette brève pour vous parler du Maté. Je ne peux partir d’Argentine sans vous avoir parlé du Maté, le breuvage national mais qui est en fait bien plus qu’un simple breuvage, c’est une tradition, un cérémonial, un véritable mode de vie. Le maté est une institution que l’on rencontre dès le Sud du Brésil et qui est omniprésente en Argentine et en Uruguay. C’est une infusion que les gens boivent dans un récipient : la Bombilla, genre de calebasse, surmontée d’un couvercle et d’une pipette en argent que les buveurs se passent de bouche en bouche. Cette boisson qui a plus ou moins le goût du thé fait partie intégrante de la vie des gens d’ici. La plupart des gens ne se déplacent pas sans leur bombilla et prendre un maté en groupe est aussi un acte social, on se retrouve en groupe, on se passe le maté de main en main et on discute ensemble.

 

Quelques photos pour illustrer l’importance du Maté :

 

Le maté se boit dans un récipient spécial, souvent une petite oeuvre d’art à laquelle tienne beaucoup les Argentins :

 

 

On retrouve le thermo et le Maté en première ligne de toutes les stations services et supermarchés, c’est sans aucun doute un des produits se vendant le plus :

 

 

Quasiment chaque chauffeur a toujours dans son camion de quoi chauffer l’eau pour pouvoir profiter de son bon maté, un des meilleurs moments de la journée selon nombre d’entre eux…

 

 

Une photo d’une séquence très fréquente en Argentine, un chauffeur prêt à déguster son maté. Souvent, les chauffeurs veulent partager et proposent d’en boire avec eux.

 

 

Je suis donc en ce moment dans la jolie ville de Bariloche, voici les premières photos prises hier, j’en prendrai davantage dans les prochains jours :

 

 

 

 

Avant de vous laisser à vos occupations, je vous adresse 3 dernières photos :

 

Une petite pour montrer un affichage très présent en Argentine « Las Malvinas son Argentinas », on retrouve ce panneau régulièrement au bord des routes ici, les Argentins ne semblent toujours pas avoir digeré la défaite de la guerre des Malouines en 1982 contre les Anglais…

 

 

Une photo de la route principale en Terre de feu. Pour rejoindre Ushuaïa par la route, il est impératif de passer par environ 350 Kms de routes non goudronnées. Particulièrement pénible.

 

 

Pour finir, petit clin d’oeil, un panneau publicitaire qui était à côté de moi quand j’étais le pouce tendu au bord d’une route Patagonienne :

 

 

A très bientôt pour le départ vers Santiago, capitale du Chili.

 

Je vous souhaite d’excellentes fêtes de fin d’année