94. Antarctique et remontée vers le Nord

Ça y est, mon séjour prolongé à Ushuaïa prend fin, les derniers jours passés ici fûrent essentiellement passés sur Internet pour travailler sur mon site. Je m’apprête à présent à reprendre le chemin du Nord qui, dans quelques mois devrait me permettre de rejoindre les Etats-Unis d’où je débuterai le bateau-stop pour la traversée du Pacifique qui sera sans aucun doute le moment le plus dur de ce tour. Nous n’en sommes pas encore là.

 

Dès demain matin, je ressortirai mon pouce favori à la sortie de la ville d’Ushuaïa avec comme premier objectif la ville de San Carlos de Bariloche dans le nord de la Patagonie où je passerai probablement le réveillon de Noël (voir carte de l’Argentine ci-dessous). Cette ville est ni plus ni moins la station de ski la plus connue en Amérique du Sud, ce sera donc un endroit propice pour accueillir le Père Noël avant de passer la frontière Chilienne et de remonter la Panaméricaine (route goudronée le long de la côte) et rejoindre Lima, capitale du Pérou où un ami viendra me rejoindre pour faire un tour de ce pays mythique connu pour son archéologie (Cuzco, Machu Picchu…), son histoire (notamment Incas), sa culture si riche et ses paysages inédits. J’aurai l’occasion de vous en reparler plus tard dans une prochaine brève. Je m’en réjouis déjà.

 

 

La brève de ce jour a plusieurs objectifs. Tout d’abord, je tiens à vous informer que la prochaine chronique Europe 2 sera diffusée jeudi 18 décembre à 12h30 pour ceux qui souhaite l’écouter, elle traîtera principalement de mon séjour sur le continent Antarctique.

 

Ensuite, comme promis, je souhaitais vous faire part de mon expérience dans la base de Jubany, station de recherche Argentine située sur la Péninsule Antarctique.

 

Comme je vous l’avais déjà expliqué dans ma précedente brève (qui fût en fait ma newsletter), j’ai pu rejoindre le continent blanc en « brise-glace stop » sur un bateau transportant principalement des touristes. Ce bateau nous amenait chaque matin dans un endroit différent et nous permettait de découvrir des paysages plus incroyables les uns que les autres et rencontrer la faune présente. Voici tout d’abord quelques autres photos des paysages et animaux rencontrés :

 

Des pingouins au milieu d’un décor fabuleux, c’est ça l’Antarctique :

 

 

Un coucher de soleil vers 3h du matin au nord de la Péninsule :

 

 

L’avant du bateau :

 

 

Plusieurs types d’elephants et loups de mer :

 

 

 

 

Les mignons pingouins Chinstrap :

 

 

 

En plein baiser :

 

 

En pleine période d’incubation (40 jours en général) :

 

 

 

Le Skuas, principal ennemi des pingouins pris en flagrant délit de vol d’oeuf. La scéne de déception des pingouins restera dans ma

mémoire à jamais, le couple a pleuré pendant bien longtemps étant donné que ce bébé était le seul de l’année.

 

 

Les pingouins à la pêche :

 

 

Une femelle pingouin gentoo appelant son mari pour le changement, chaque couple incube chacun à son tour, il est important de

savoir que les pingouins sont fidèles d’une année sur l’autre et retrouvent leur pair grâce à leur cri.

 

 

Le pingouin Macaroni avec sa superbe coupe de cheveux :

 

 

Le 4 décembre, le programme offert par l’expédition était légerement différent des autres jours (reservés principallement à la marche dans la superbe nature blanche montagneuse). En effet, le Commandant Paez et son équipe était heureux de nous accueillir dans leur base de recherche appelée Base Jubany.

 

Créée en 1953, la base Jubany est une des 50 bases existantes en Antarctique. Après un petit tour de la station vite terminé car elle n’est pas bien grande, nous nous mettons groupe après groupe à une table pour discuter de la vie dans un endroit si reculé du monde. Dans cette station « vivent » (séjournent devrais-je dire) 48 personnes actuellement, hommes et femmes. Chacun d’entre eux n’est que résident temporaire, pour un an au maximum, souvent uniquement 4 ou 5 mois d’été. Vivre l’hiver ici est une chose très difficile, les températures atteignent souvent les -45 degrés et seuls une quinzaine de militaires masculins restent pour s’occuper de la logisitique et faire vivre la base. « En hiver, c’est assez terrible, nous ne pouvons presque pas sortir, le froid et les vents sont trop importants, nous devons donc sans cesse rester entre nous, de quoi devenir fou…même si on a tendance à vouloir se taper dessus à force de se voir, on finit en général les meilleurs amis du monde » m’explique le docteur de la station pour cette année. « Quand il fait vraiment trop froid, on se prend un petit whisky, ça réchauffe tout de suite, en plus on n’a même pas besoin de faire de glaçon… » renchérit un scientifique l’accompagnant.

 

Je pose alors quelques questions aux 4 personnes présentes acceptant gentiment de nous répondre :

 

Quel sont les maladies les plus fréquemments rencontrées (question adressée au docteur) ? « oh, tu sais, ici il n’y a quasiment pas de microbes, tout ce qu’il peut y avoir sont des coups de froid ou des douleurs d’estomac…si il devait y avoir quoi que ce soit de grave, un avion peut attérir pas loin si les conditions climatiques le permette…Avant de venir ici, nous exigeons qu’un contrôle des dents et des yeux soit fait pour réduire les problèmes car un petit problème ici peut devenir un grand problème. »

 

– Et la nourriture ? comment êtes-vous approvisionnés ? « 1 fois par an 1 brise-glace nous apporte un gros stock de nourriture qu’il nous faut gérer pendant une année, l’avantage est de ne pas avoir besoin de chambre froide pour garder les produits surgelés…Il arrive de temps en temps qu’on attrape quelques poissons pour s’amuser mais c’est bien rare, il n’y en a pas beaucoup. »

 

– Et vos activités ? Que faîtes-vous de vos journées ? « La plupart des gens présents ici sont des scientifiques qui ne sont là que pour l’été, ils font en général des recherches soit sur les animaux d’ici (cf. Elephants de mer, pingouins, baleines…), soit sur l’air, les plantes, les algues ou d’autres choses. Ainsi, la plupart des gens profitent de leur séjour ici pour beaucoup travailler. Pour les autres comme nous qui restons ici toute l’année, nous profitons de notre temps libre pour faire des choses que nous ne pouvions faire avant faute de temps, par exemple apprendre l’Anglais, apprendre à créer un site web car oui, nous avons accès illimité au web grâce au satellite (voir photo ci-dessous), la connexion est lente mais ça nous aide bien pour rester connecté et garder contact avec nos proches. »

 

– Que faites-vous de vos déchets ? « Ils sont stockés et ramenés par le brise-glace qui vient nous rendre visite une fois par an »

 

– Pourquoi avoir décidé de venir vivre une expérience ici ? « Avant tout le goût de l’aventure pour ceux qui n’ont rien à voir avec la recherche, l’Antarctique est le dernier paradis sur terre, personne ne vient nous embêter ici. Pour les scientifiques, c’est avant tout la possibilité d’être en contact direct avec l’objet de leur recherche. »

 

– Pouvez-vous raconter un peu une journée en hiver ? « Ce n’est pas compliqué, nous sommes quasi tout le temps à l’intérieur, il n’y a de tout de façon pas ou peu de lumière du jour ce qui est assez difficile à supporter, notre organisme a besoin de voir la lumière du jour. Les vents violents sont souvent aveuglants car ils remuent la neige ou la glace, il est alors impossible de sortir. Nous sommes donc ici (cf. grande salle avec tables) et travaillons ou jouons ensemble. Certains aiment passer des soirées entières sur internet ».

 

– Avez-vous des lois à réspecter ? « L’Antarctique n’appartient à personne, il n’y a donc aucune loi ici mais les gens qui viennent ici sont tous conscients que l’Antarctique est un paradis qu’il faut maintenir. Ainsi, jamais je n’ai vu une cigarette par terre, jamais un vol, jamais quoi que ce soit de mal, que du bon, vous pouvez vous vanter de la même chose en Europe ? ».

Très accueillants et visiblement peu pressés de terminer la discussion (ils ne recoivent que peu de visites semble t-il), nous les avons remerciés et sommes retournés sur nos zodiacs qui nous ont permis de rejoindre l’Ushuaïa, le bateau nous ayant permis de nous rendre jusqu’à cette base.

 

Pour terminer plusieurs photos de la station :

 

Tout d’abord un aperçu vu de l’exterieur de la base, bâtiments en bois orange et un drapeau de l’Argentine vu que cette base appartient aux Argentins. Il y a cependant des chercheurs de plusieurs nationalités à l’intérieur.

 

 

On l’appelle la pomme ou « apple » en anglais, ces petites huts (il y en a 5 ou 6) sont le lieu où résident certains chercheurs ou militaires. Mieux vaut ne pas être chlostrophobe…

 

 

 

Même en Antarctique, il y a des petites eglises, voici celle de la station Jubany :

 

 

Un labo de recherche :

 

 

Le satellite permettant de recevoir internet et ainsi d’être en contact régulier avec les proches, merci le progrès :

 

 

A très bientôt, je m’en vais dès maintenant pour 2500 Kms de stop, espèrons que j’arrive avant le père Noël…