86. Superbe Perito Moreno

La grande descente en direction d’Ushuaïa, la ville la plus australe du monde, continue. Depuis Trelew, dont j’ai parlé dans ma précedente brève, j’ai parcouru 1700 Kms dont 300 de détour pour aller voir cette superbe merveille de la nature qu’est le Perito Moreno.

 

La principale difficulté de l’auto-stop en Patagonie, surtout dans le sud, est le très faible trafic. En effet, souvent le nombre de véhicules circulant par heure et faisant de longues distances peut se compter sur les doigts d’une main ce qui, vous pouvez l’imaginer, rend les choses plus complexes et les temps d’attentes plus élevés mais ce n’est pas bien grave, je ne suis absolument pas pressé. La nuit, l’auto-stop ici est très difficile voire impossible car le trafic est quasi-inexistant.

 

J’ai donc pris la décision de faire un détour de 600 Kms aller-retour pour aller visiter une des merveilles naturelles de la Patagonie à savoir le Perito Moreno.

 

Pour se loger, le chauffeur m’ayant emmener en stop jusqu’à la ville d’El Calafate située à 80 Kms du glacier (mais seule ville aux alentours du glacier) me donne une bonne adresse d’une auberge très bon marché (Hospedaje Guerrero, 10 pesos la nuit (3 Euros)) me permettant de poser mes affaires et de me reposer un peu, j’y resterai 2 nuits. Dehors, il fait 8 degrès, c’est bientôt l’été mais il ne fait jamais bien chaud dans le grand sud.

 

Le soir, je me balade un peu dans cette fameuse ville d’El Calafate, ville de 8.000 habitants construite essentiellement pour les touristes. Les prix sont ici environ deux fois supérieurs à ceux qu’on trouve dans les endroits « normaux », les boutiques de souvenirs se succèdent les unes aux autres ainsi que les cyber-cafés souvent assez cher. L’endroit où je loge n’est pas pour touristes mais pour travailleurs locaux. Peu importe, j’y suis accueilli les bras ouverts et mes 10 pesos sont les bienvenus pour le gérant. De plus, je me rend compte qu’une fois de plus, il existe 3 rues plus loin que la rue principale un cyber où vont les locaux, il coûte tout de même 80% moins cher que ceux du centre où se ruent les touristes. En gros, une ville à 2 vitesses et il est bon de savoir où aller pour ceux qui comme moi ont un budget réduit.

 

« 50 pesos le transport (environ 17 Euros) , 20 pesos l’entrée au parc, nous venons vous chercher devant votre hôtel ». Ces annonces couvrent les vitrines de toutes les agences de la ville. 1h30 de trajet et 80 Kms sont nécessaires pour se rendre au glacier. Comme d’habitude, pendant que tous les touristes se déplacent en troupeau dans les bus climatisés, je fais mon marginal et vais marcher vers l’unique petite route menant au glacier et sors mon pouce. 30 petites minutes auront été nécessaires avant que je trouve un bon vieux chauffeur de camion qui accepte de me prendre à son bord. Certes, le trajet fût très certainement bien moins confortable que ces navettes qui nous doublaient les unes après les autres mais peu importe, j’ai aimé me retrouver aux côtés de ce Monsieur qui n’a jamais quitté les alentours d’El Calafate (il n’y a vraiment pas grand chose autour !). Merci l’auto-stop de permettre cette proximité avec la population locale.

 

 

La route longe le Lago Argentino, plus grand lac Argentin (1550 Km2), sur une soixantaine de kilomètres. Le contraste entre le bleu du lac, le jaune des buissons de la steppe et le blanc des montagnes enneigées de la cordillère des Andes est un régal pour les yeux.

Après une heure et demi de trajet, il apparaît enfin : Le Perito Moreno ! Lointain et déjà imposant, il se présente comme une large langue de glace venue des sommets venant lécher les eaux du lac (voir photo).

 

 

C’est au pied du glacier que l’on se rend compte de ses dimensions : un front de glace d’une hauteur de soixante dix mètres sur trois kilomètres de large et une vingtaine de profondeur. Bien qu’il descende des montagnes, l’altitude n’est que d’une centaine de mètres. L’atmosphère fraîchit sensiblement sous l’effet de ce congélateur géant. Un escalier de bois terminé par trois promontoires permet d’approcher le géant de près en toute sécurité. De temps à autre un gros bloc se détache et s’écroule dans un grand fracas. Outre sa taille et sa couleur « bonbon à la menthe », le plus étonnant reste les craquements du glacier. La masse glacée vivante, ne cesse de gémir, comprimée qu’elle est entre la rive et les eaux du lac, sensible aux effets du soleil, du vent et de la pluie . La particularité du Perito Moreno est qu’il est le seul glacier qui avance encore. Les autres régressent. Il y a peu, il avançait de 2 mètres par jour au milieu et de 40cm sur les côtés. Appreciez maintenant ces superbes vues.

 

 

 

 

 

Les rayons de soleil modifient sans cesse les reflets bleutés du glacier en un spectacle fascinant qui se renouvelle à l’infini. La hauteur à laquelle nous l’observons modifie sensiblement la perception que l’on en a.

 

Et si l’on tourne la tête, le spectacle reste superbe, la couleur bleue laiteuse du lago Argentino est dûe aux sédiments apportés par les glaciers qui l’alimentent. L’ensemble du parc national, ses lacs et glaciers, ses 600.000 hectares, forment la plus grande réserve d’eau douce du monde. Il est d’ailleurs classé monument du patrimoine mondial. Ici, il y a une devise qui tient en trois phrases : ne prenez rien sauf des photos, ne laissez rien sauf l’empreinte de vos pas, ne tuez rien sauf le temps. Il faut dire qu’ici, ils sont sensibilisés à l’écologie.

 

 

Le retour se fera bien entendu toujours en stop avec 2 avocats très intéressants auteurs de plusieurs livres et m’ayant expliqué leur vision de la crise Argentine.

 

Merci le Perito Moreno pour ce plaisir offert pour les yeux et merci encore une nouvelle fois à l’auto-stop de permettre de rencontrer des gens de milieux sociaux et culturels tellement différents.