85. Arrivé à Trelew, Patagonie

Ça y est, le marathon pour rejoindre Ushuaïa, la ville la plus australe du monde, a commencé. Distance à parcourir : 3200 Kms depuis Buenos Aires. Sur ces 3200 Kms, je viens d’en parcourir 1400 et je suis maintenant rentré en Patagonie, la région sud de l’Argentine car je suis dans la ville de Trelew, 100.000 habitants.

 

Ces 1400 Kms de stop se sont bien passés, les attentes allant de 10 minutes à 7 heures, 8 camions et 1 voiture m’ont transporté sur des distances allant de 20 Kms à 450 Kms (il y a très très peu de voitures faisant de longues distances par ici).

Je retiendrai 3 histoires de cette descente :

 

1) Sortie de Buenos Aires, je suis dans un camion, la police nous arrête pour un contrôle de routine. La discussion se passe entre le chauffeur et le policier puis ce policier n’hésite pas à demander avant de partir si le chauffeur peut lui donner 1 peso pour acheter un café. C’est gonflé.

 

2) Nuit du 27 au 28 octobre. Je suis dans une station, le traffic est très faible voir inexistant, je fais des ronds dans le sable en attendant la venue d’un camion puis decide de m’allonger où je peux c’est à dire un peu à l’écart de la station. Etant un peu fatigué, je m’endors facilement puis une dizaine de minutes plus tard sens une petite présence sur moi, je me réveille en sursaut, un rat (ou quelque chose y ressemblant) part en courant… Belle frayeur sur le moment mais j’en ai rigolé par la suite. J’ai finalement décidé de me relever et de continuer mes ronds dans le sable avant de trouver un camion 7 heures après mon arrivée. Oui, le traffic de Patagonie n’est pas celui du péripherique Parisien et cela devient de plus en plus vrai au fur et à mesure que je descends.

 

3) L’histoire de Javier, chauffeur de poids lourd. Lors de ma précedente brève, je vous faisais part de la mauvaise santé écnomique actuelle de l’Argentine. L’exemple de Javier est assez incroyable et permet d’illustrer la situation actuelle du pays. Il y a 2 ans, avant les évenements de décembre 2001 où l’Argentine vivait le pire moment de sa crise, Javier était banquier, vivait une vie heureuse avec sa femme et ses deux enfants dans un appartement dans lequel il était locataire et avait de l’argent sur son compte dans la banque l’employant. La grave crise de décembre 2001 ayant ruiné sa banque (ainsi que de nombreuses autres), Javier perd son travail mais aussi une grande partie de ses économies qui ne lui seront jamais remboursées et doit ainsi quitter son appartement et s’installer dans un garage qu’il a amenagé et où il vit avec femme et 2 enfants (son histoire est passée au tribunal mais sans véritable résultat, les cas semblables semblant malheureusement bien nombreux). « Grâce à Dieu, je n’ai pas tout perdu et j’ai pu trouver un travail en tant que chauffeur car j’avais mon permis poids lourd, j’ai de la chance, ce n’est pas le cas de tout le monde (il ne voit sa famille que rapidement un jour du week-end). Je cherche maintenant à quitter l’Argentine et vivre ailleurs, je n’ai plus confiance en mon pays. » Le questionnant sur ce qu’il pense de l’avenir de son pays, il me répond « optimiste, je ne sais pas si je peux l’être mais j’ai espoir qu’on se redresse, nous avons des gens intelligents et de bonnes infrastructures…il faut éliminer la corruption, c’est le plus grave problème ».

 

Changeant complètement de sujet, j’ai eu aujourd’hui la chance de pouvoir visiter la réserve naturelle de Punta Tombo qui regroupe la plus grande colonie de Pinguins du monde hormis celle de l’Antartctique. Les pinguins présents ici sont des Pinguins de Magallanes, ils font en général 45 cms, 4 â 5 Kg (14 cms quand ils naissent !), atteignent leur maturité sexuelle entre l’age de 4 et 5 ans et peuvent avoir en général 1 à 2 bébés chaque année. Les mâles restent fidèles à leur demoiselle qui accouchent chaque année au mois d’octobre ou novembre. Après une période d’incubation de 40 jours où mâles et femelles se succèdent pour protéger les oeufs, la naissance arrive et les parents s’occupent alors de protéger le bébé et de le nourrir (avec poissons).

 

Voilà mon nouvel ami, n’est-il pas trop mignon ?

 

 

 

Je lui ai proposé de venir autour du monde avec moi, il a malheureusement refusé et a même voulu me pincer dès que je lui ai tendu

la main. Est-ce que faire de l’auto-stop avec un pinguin augmenterait mes chances d’être pris, je n’en sais rien mais ça me ferait de la compagnie pas très encombrante.

 

 

En pleine incubation, les bébés vont bientôt naître, les mâles et femelles s’occupent chacun à leur tour de leur progeniture, que c’est mignon !

 

 

 

Un pinguin dans son trou en pleine incubation, il ne souhaite visiblement pas être dérangé.

 

 

A bientôt pour le départ vers la province de Santa Cruz où j’irai voir le Perito Moreno, immense glacier faisant partie du patrimoine de l’UNESCO ainsi que le glacier Uppsala dans le Parc National « Los Glaciares » puis ce sera la descente sur Ushuaïa appelé communément « la fin du monde » car cette ville est la plus australe de la planète.

 

Avant de terminer, une petite anecdote qui m’a bien fait rire. Ici en Argentine (je ne sais pas si cela est vrai dans d’autres pays), il est interdit d’avoir une photo sur laquelle on sourrit dans le passeport. Ma photo ne serait donc pas acceptée…

 

A bientôt.