71. Une matinée dans les favelas de Rio

Définition de « Favela » du dictionnaire : Synonyme de bidonville, ensemble important constitué souvent à la périphérie de grandes agglomérations et fabriqué à partir de matériaux de récupération et dont les constructions sont sommaires, caractérisé par des conditions de vie et de santé difficiles.

 

Favela, voilà un mot qui fait à la fois peur mais aussi qui soulève de nombreuses questions étant donné que peu d’entre nous ne connaissent vraiment la vie à l’intérieur de ces communautés. Etant de nature assez curieux, je me suis souvent demandé comment pouvait être le style de vie dans ces favelas. Cependant, s’aventurer seul dans un tel endroit serait irresponsable compte tenu du véritable risque que représente la présence d’un étranger dans ces communautés. Ainsi, après recherches, j’ai entendu parler de « Favelas tours », une organisation permettant de se rendre à l’intérieur des favelas sans risque. D’abord très perplexe pensant qu’un tel tour serait non seulement voyeur mais ridicule, j’ai contacté une personne l’ayant déjà fait par le passé m’ayant expliqué que le tour proposé n’était absolument pas voyeur mais très intéressant. Le guide (issu lui-même de l’une de ces favelas) explique outre l’origine de ces favelas, la situation, économique, politique et sociale du Brésil… J’ai donc pris la décision d’y aller et je n’ai vraiment pas regretté…

 

Le tour proposé dure 3 heures, de 9 heures du matin à 12h et coûte 55 Reaís (soit un peu moins de 20 Euros). 6 « touristes » sont regroupés dans une petite camionette, le guide se place à l’avant aux côtés du chauffeur, se tourne vers nous et nous explique que nous allons nous rendre dans 2 favelas : La première est la plus grande d’Amérique du Sud appelée « Rocinha », elle regroupe 165.000 personnes, la deuxième est beaucoup plus petite et s’appelle Vila Canoas.

 

Comme je l’ai déjà écrit dans une précedente brève, la ville de Rio a la particularité d’avoir de nombreuses montagnes au centre ville. Les favelas de Rio se situent dans les hauteurs ce qui, à l’inverse de nombreuses villes, leur permet d’avoir une vue superbe sur la ville, souvent bien meilleure que celles des beaux appartements situés au niveau de la mer. Une première surprise !

 

« Rocinha » est une véritable ville dans la ville. Les dernières statistiques (à prendre avec précautions) donne une population de 165.000 personnes (voir photos ci-dessous). Selon ces mêmes chiffres, 20% de la population carioca (de Rio) viverait dans diverses favelas à travers la ville.

 

 

 

Comme vous pouvez le voir sur les photos ci-dessus, les habitations sont souvent faites de vieilles briques et de matériaux récuperés, les familles sont souvent très nombreuses à vivre les uns sur les autres.

 

Une des grandes surprises que j’ai eu en entrant dans ces favelas fût le grand nombre de commerces et autres bars existant dans les rues principales (voir photo ci-dessous)permettant à la communauté de créer de nombreux emplois et d’occuper une bonne partie de ses habitants. Cependant, les salaires très faibles (en général 250 Reaís par mois (environ 80 Euros)) et le très fort taux de chômage existant rendent les conditions de vie souvent assez difficiles.

 

 

Ces dernières années, de nombreux efforts ont été faits par les gouvernements successifs afin d’améliorer les conditions de vie et l’éducation dans les favelas. Ainsi, aujourd’hui 97% des enfants des bidonvilles vont à l’ecole et apprennent à lire, à écrire ou à compter et près de 100% des habitants ont accès à l’eau et à l’électricité ce qui n’était pas le cas pendant bien longtemps. De plus, il est impressionnant de voir que malgré les conditions matérielles très précaires, chaque foyer dispose en général d’une télevision avec cable (souvent obtenu sans payer…) afin d’assister soit aux nombreux matches de football soit aux très nombreuses « novelas » (séries télevisées) qui rythment la vie de beaucoup de Brésiliens…

 

Se rendre en dehors des rues principales au niveau des habitations n’est pas possible en voiture car seuls des petits chemins bétonnés permettent de monter. Ainsi, des services de moto-taxis organisés par la communauté se trouvent en bas pour aider les gens à rejoindre leur domiciles qui n’ont souvent ni adresses, ni boîtes aux lettres (le courrier est disposé dans des boîtes dans les rues principales et les habitants viennent chercher leur courrier, voir photo ci-dessous).

 

 

Et la violence ? La réputation de balles perdues fréquentes est-elle vraie ? Oui et non semble t-il si l’on en croit le guide. Oui, il est vrai que les traficants de drogue (car ce sont eux les plus dangereux) sont nombreux et qu’ils n’hésitent souvent pas à éliminer les « parasites ». Cependant, cette réputation est semble t-il exagerée…Il nous a tout de même fortement déconseillé de nous rendre seul au sein d’une favela et d’être le plus discret possible avec tout appareil électronique…

 

Nombreuses personnes connues sont sorties de ces favelas. Parmi celles-là, citons les footballeurs Romario, Pelé, Rivaldo, Ronaldinho ou encore Ronaldo (voir photo) qui devait faire du stop pour se rendre en ville ne pouvant se payer l’autobus…

 

 

Pour terminer, j’ai appris que le vote est une chose obligatoire au Brésil et que donc près de 100% des gens accomplissent leur devoir électoral. Ne pas le faire résulte en une forte amende que peu de gens sont enclins à payer. Pour la petite histoire amusante, j’ai appris qu’à plusieurs reprises, ces dernières années, afin d’exprimer le mécontentement des Brésiliens en leur représentants politiques (nombreux d’entre eux ont été accusés de corruption), un singe a été proposé comme candidat et celui-ci est arrivé 2 fois en 3ème position…le gouvernement a ensuite décidé d’interdire cette pratique…

 

Ce petit séjour dans les favelas s’est averé très intéressant et m’a donné un autre regard sur ces communautés. Si la violence et la pauvreté sont effectivement des phénomènes très présents dans les favelas, j’ai pu me rendre compte que les gens vivant dedans sont en général très heureux et n’ont semble t-il, pour nombre d’entre eux, aucune envie d’en sortir…Le guide m’a confirmé ces impressions m’expliquant que ces communautés sont souvent de vraies familles et qu’en sortir serait comme devenir orphelin…

Pour terminer, je vous propose 2 photos, une de la petite favela de Vila Canoas et l’autre de ce qui est probablement la plus belle vue du monde, une des 7 merveilles naturelles, celle de La baie de Rio de Janeiro vue du haut du Corcovado, le célèbre Christ qui domine la ville…

 

 

 

A bientôt