69. 2500 Kms d’Auto-Stop au Brésil

Après l’épisode « Auto-stop en Europe », puis « Auto-stop en Afrique », puis enfin « Bateau-stop pour traverser l’Atlantique », voici à présent le début de la saga « Auto-stop en Amérique du Sud ». 1ère partie : Le Brésil. Premier objectif : partir de la ville de Recife située dans le Nord-Est pour rejoindre Rio de Janeiro située 2500 Kms plus au sud (voir carte du Brésil ci-dessous). Plutôt que de reprendre les évenements dans l’ordre chronologique, je vais procéder par thèmes.

 

 

Le départ : Après avoir passé une partie du samedi à apprendre le Forró et la Quadrilha, deux danses traditionnelles Brésiliennes, le top départ pour un petit marathon de 2500 kms est donné le dimanche matin vers 8h00. Première étape, rejoindre la première station service à la sortie de la grande ville de Recife (environ 1.300.000 habitants sans compter la banlieue). A ce moment, je ressens un petit peu de nervosité car si l’auto-stop à travers l’Europe et l’Afrique s’est passé sans véritables difficultés et sans problème au niveau sécurité, l’Amérique du Sud a une toute autre réputation et nombreux sont ceux qui ont cherché à me décourager de me lancer dans cette descente vers Rio. Mon caractère têtu et determiné d’aller au bout de mon objectif de boucler la grande boucle en stop m’a poussé à me lancer…et je n’ai pas regretté. Explications.

 

Le trajet à suivre : Le Brésil est un pays immense, sa supérficie (8.511.965 Km2) représente environ 16 fois celle de la France, c’est le 5ème pays le plus grand du monde après la Russie (17.075.400 Km2), le Canada (9.976.139 Km2), la Chine (9.596.960 Km2) et les Etats-Unis (9.363.123 Km2). Pour rejoindre Rio, il n’y a pas 50 solutions, il faut suivre la côte et traverser les Etats (il y en a 26 au Brésil) du Pernambuco, Alagoas, Sergipe, Bahia, Espirito Santo et enfin l’Etat de Rio de Janeiro.

 

La technique utilisée : A l’instar de mes expériences Européennes et Africaines, j’ai utilisé ma bonne vieille technique de la station-service qui consiste à aller voir les conducteurs faisant leur plein d’essence et leur tenir plus ou moins le discours suivant une carte du Brésil et une carte de mon parcours à la main (mon niveau de Portugais est très faible et l’accent français assez terrible) « Bom día, senhor, meu nome é Ludovic, sou da França, estou fazendo uma volta ao Mundo de Carona e quero ir em direcão ao Rio de Janeiro, você vai nessa direcão ? ». Bien sûr, il est important d’être présentable (rasé, habillé correctement…), poli et souriant. Dans le cas où le chauffeur m’accepte à son bord, je lui demande de me déposer dans une autre station service à plusieurs centaines de kilomètres sur la route souhaitée, l’objectif étant de ne jamais rester le pouce tendu au bord de la route (pas toujours évident).

L’auto-stop au Brésil : Ne nous le cachons pas, l’auto-stop version Brésil s’est averé plus difficile que mes précédentes expériences mais parfaitement réalisable. Les principales difficultés furent les suivantes :

 

1) Les voitures faisant de longues distances au Brésil sont très rares. En effet, les gens ayant de l’argent pour voyager choisissent en général l’avion pour se rendre d’une ville à une autre, les autres (la grande majorité) ne voyagent qu’assez peu. Devant cette difficulté, l’auto-stop dût souvent se transformer en camion-stop.

 

2) Nombreuses entreprises de transport interdisent à leurs chauffeurs de prendre des auto-stoppeurs. Ainsi, sur de nombreux camions, nous pouvons lire « Proibido Carona » (auto-stoppeurs interdits, voir photos ci-dessous).

 

 

 

3) Le Brésilien a souvent un peu peur de prendre des auto-stoppeurs car le climat d’insécurité régnant en Amérique du Sud n’encourage pas cette prise de « risque ».

 

A une reprise lors de mon trajet, j’ai tenté le pouce tendu au bord de la route mais j’ai dû vite me résigner, le Brésilien ne s’arrête en général pas et cette facon de faire laisse la porte ouverte aux conducteurs remplis de mauvaises intentions…

 

L’attente : Devant ces difficultés, vous pouvez imaginer que les périodes d’attente furent plus longues que d’habitude. Ainsi, j’ai passé une fois 8 heures dans une station et une autre fois…28 heures…record battu. Alors que fait-on pendant 28 heures dans une station ? Eh bien, on en profite pour lire, écrire et bien sûr apprendre le Portugais avec les pompistes…

 

Les nuits : Aucune nuit ne fût passée sous ma tente, la plupart des nuits furent passées dans les camions (soit sur les sièges, soit sur le lit de derrière). Etant donné qu’une vigilance est toujours nécessaire, j’ai assez peu dormi ces derniers jours.

 

Les routes : La qualité des routes Brésiliennes n’est que très moyenne, elles sont pour la plupart comparables aux routes départementales francaises. La photo ci-dessous donne un apercu du genre de route qui existe le long de la côte Brésilienne. Le panneau indique Rio à 1625 Kms…la route fût longue…Au niveau du paysage, il était assez sauvage, il y avait également de nombreuses plantations de cannes à sucre, de bananiers ou de maïs.

 

 

L’invitation : A une reprise, j’ai eu la chance de me faire inviter à partager pendant 2 jours le quotidien d’un couple Brésilien dans la ville de Maceio à 250 Kms au sud de Recife. J’ai notamment pu découvrir le « Delicia de Peixe », un plat typique composé de poissons mélangés avec des bananes mais aussi la churrascaria, un restaurant où les serveurs viennent régulièrement servir des dizaines de sortes de viandes différentes (voir photo)…Les alentours de la ville sont superbes, les photos ci-dessous parleront mieux que de longs discours…

 

 

 

 

L’insécurité : « Tu sais, Ludo, le Brésil, ce n’est pas comme la France, ici c’est très dangereux, les gens n’hésitent pas à tuer pour une montre, faire du stop ici est une folie… ». Ce genre de discours, je les ai entendus des dizaines de fois. Certes, une grande vigilance est toujours importante car l’insécurité est sans doute plus importante ici qu’en Europe mais il ne faut pas céder à la paranoïa, la grande majorité des Brésiliens sont des gens adorables ne cherchant aucun problème. L’inconnu fait peur à beaucoup de gens mais n’est souvent pas aussi dangereux que ce que l’on croit. Je me souviendrai toujours, lors de mon précedent tour d’Europe en stop et mon arrivée en Pologne, des gens me dire « Tu es fou, tu veux aller en Lituanie en stop, tu ne vas jamais en sortir vivant, tu n’imagines pas comment sont les Lituaniens… » et un peu plus tard en Lituanie « Tu es fou, tu es allé en Pologne en stop, les Polonais sont dangereux, tu n’imagines pas ce qui aurait pu t’arriver… » Oui, une vigilance est toujours nécessaire et il ne faut pas se jeter dans la « gueule du loup » mais la majorité des gens sur cette planète sont des gens bien.

 

Être francais au Brésil : « Ludovic, tu sais pourquoi je t’ai pris en auto-stop ? » « Non, dites-moi » « Parce que tu es francais et la France est dans mon coeur ». Ces belles paroles entendues pendant ma descente font plaisir. Ainsi, à plusieurs reprises j’ai pu vérifier les excellentes relations qu’entretiennent le Brésil et la France. Un vrai plaisir. Par ailleurs, j’ai appris que 79% des Brésiliens soutenaient la position francaise pendant la guerre en Irak.

 

Culture spirituelle : A l’image des pays Africains visités ces derniers mois (à un degré moindre tout de même), la culture spirituelle Brésilienne est très forte. Ainsi, des mots religieux sont présents sur la plupart des voitures et camions (voir photos).

 

 

 

Satellites : Petite surprise que je n’avais jamais vu en France, les camions Brésiliens sont en général suivis par satellites et un ordinateur est à bord pour les conducteurs (voir photos). Le Brésil serait-il plus avancé au niveau technologique que les Francais ?

 

 

 

Café dans station : Autre petite surprise, dans de nombreuses stations services, il y a des pompistes hommes et femmes (première fois que je vois des femmes pompistes) mais aussi des hôtesses apportant un verre d’eau ou un café gratuit à chacun des clients (voir photo).

 

 

Me voilà donc maintenant dans cette ville si spéciale pour moi qu’est Rio (mon frère est marié à une Brésilienne et j’ai pu venir ici par 2 fois dans le passé). Rio est sans doute une des plus belles villes du monde, je prendrai le temps de vous faire découvrir ses trésors dans une prochaine brève mais je vais maintenant profiter pendant quelques temps de ma famille Brésilienne que je suis ravi d’avoir retrouvé, cela faisait tout de même plus de 5 mois que je n’avais vu la moindre tête connue…La solitude, qui n’en est pas vraiment une étant toujours en contact avec d’autres, est sans aucun doute la chose la plus difficile pour moi car j’aime en général être entouré de mes amis et de ma famille.

 

A bientôt