67. La Traversée de l’Atlantique

Ca y est, après 2 mois de recherche d’un bateau puis 16 jours de traversée de l’Atlantique, me voilà enfin en Amérique du sud, continent le plus attendu (je compte y rester plusieurs mois) mais aussi le plus redouté au niveau securité (surtout le Brésil et la Colombie). Une grande joie.

 

Alain, skipper du Théva, voilier de 11 mètres, me promettait l’enfer « attends toi à être bien secoué, il ne serait pas étonnant que la météo nous joue des tours pendant la traversée » me disait-il avant le départ. Fort heureusement, il n’en fût rien, si quelques coups de vent nous ont quelque peu remués et ont cassé mon caméscope, la météo aura été relativement clémente nous permettant de rejoindre les côtes Brésiliennes sans véritables difficultés.

 

Traverser l’Atlantique fût à la fois formidable car il est fort d’être en parfaite harmonie avec la nature et de n’utiliser que ses forces pour avancer et produire de l’énergie pour nos tâches quotidiennes (grâce à deux panneaux solaires, une éolienne et un hydro

générateur) mais aussi ennuyant car 16 jours sur un bateau à ne pas pouvoir faire grand-chose, c’est long, très long (je n’ose pas imaginer la future traversée du Pacifique ni les longues traversées de plusieurs mois sans escale des grands navigateurs). De cette traversée, j’aurais appris entre autre que la vie de navigateur n’est pas faite pour moi, je me sens bien mieux sur la terre ferme.

 

Les principaux moments de la traversée furent les suivants :

 

–  Le travail d’équipier : Travailler en tant qu’équipier sur un voilier n’est, à mon niveau, pas une chose très difficile et s’apprend sans difficulté sur le terrain. Ce travail consiste à aider le skipper dans les différentes manœuvres quotidiennes (monter la grand-voile, dérouler le génois…) et à tenir son quart pendant la nuit (en navigation, il est impératif de toujours avoir une personne éveillée vérifiant la bonne tenue du cap et s’assurant qu’il n’y a pas de cargo sur le chemin suivi (nous en avons croisé 12 au total), des relais étaient donc mis en place). De plus, j’étais également chargé de laver la vaisselle tous les jours.

–  La faune marine : Ailerons de requins, globicéphales, cachalot (vu au loin), dauphins (très nombreux, voir photos), tortues de mer (parfois énormes), poissons volants (faisant de longs vols de plus de 100 mètres et s’écrasant parfois sur le pont du bateau)…Toutes ces espèces furent rencontrées avec joie à plusieurs reprises lors de la traversée. Heureusement, nous n’avons rencontré aucun orque, ennemi numéro 1 des voiliers. Les orques n’hésitent souvent pas à charger la quille du bateau comme des torpilles la prenant pour un mâle (surtout celles de couleur blanche) causant de nombreux dégâts voire naufrages.

 

 

 

–  Passage du « pot-au-noir » : Egalement appelée ZCI (Zone de Convergence Intertropicale), le « pot-au-noir » est une zone de navigation pénible située pres de l’equateur où les vents sont très variables avec des grains orageux, et où les conditions météo passent sans transition du calme à 35-40 nœuds. Durant notre passage dans cette zone, nous avons eu 3 jours où le ciel était souvent noir, il n’y avait absolument pas de vent, l’ocean ressemblant à un lac et il pleuvait très souvent. L’utilisation du moteur était indispensable.

 

Lors du passage sur la ligne de l’equateur le 26 mai, j’ai eu droit a mon bizutage de marin qui consistait à me raser la tête (non, vous n’aurez pas de photo !) et nous avons sorti le champagne pour fêter ce passage comme il se doit.

 

–  La pêche : Comme tous les navigateurs, nous avions une ligne de pêche à la traîne à l’arrière du bateau, la pêche ne fût pas très fructueuse puisque seul un barracuda mordit à l’hameçon nous permettant de manger du frais pour 2 repas.

 

–  L’expérience humaine : Outre les aspects liés à la navigation, un des points intéressants de ce dernier mois et de cette traversée fût l’expérience humaine de vivre 24h sur 24 dans un espace très réduit avec un couple que je ne connaissais absolument pas auparavant. Fort heureusement, j’ai eu de la chance de voyager avec deux personnes sympathiques ce qui rendit l’adaptation facile. De plus, vrai coup de chance, Alain, est specialiste de navigation astronomique, ce qui m’a permis d’apprendre à naviguer avec les étoiles, et Marie-Claude est excellente cuisiniere ce qui m’a permis de manger tous les jours de bons plats equilibrés ce qui n’est pas souvent le cas quand je suis seul…

 

La traversée en chiffres :

 

– Distance : 1430 milles marins jusqu’à l’île de Fernando de Noronha (où nous avons fait une très courte escale) puis 379 milles marins jusqu’à Recife soit un total de 1809 milles marins entre Praia au Cap-vert et Recife (soit environ 3350 Kms).

Eau : Le réservoir du bateau contenait 400 litres + 124 litres en jerricanes, seuls 150 litres ont ete utilisés entre la boisson, la cuisine, la lessive et la douche (rinçage), la vaisselle et le mouillage pour la douche se faisant a l’eau de mer.

Gasoil : Réservoir de 180 litres, 75 litres ont été utilisés pour 178 h de moteur (dans les zones sans vent et pendant 3 jours lors du passage du pot-au-noir). La consommation du moteur est très faible et nous l’utilisions à la puissance minimum par souci d’économie.

 

Prochaines étapes

 

Je suis maintenant dans la ville de Recife au nord du Bresil (je développerai cette ville dans une prochaine brève), je vais y rester pendant quelques jours (le temps que le moteur qui a de petits problèmes soit reparé) puis descendrai toujours avec le voilier sur Salvador de Bahia d’où je retrouverai l’auto-stop et ma bonne vieille technique de la station-essence pour rejoindre Rio de Janeiro situé 1700 Kms plus au sud. Le trajet se fera d’un seul trait et je dormirai dans ma tente où je pourrai. A Rio, j’aurai le grand plaisir de retrouver une partie de ma famille, ce sera alors la première fois depuis 5 mois que je reverrai des têtes connues…