64. Le Cap-Vert

Me voilà depuis maintenant plus de 10 jours sur les îles du Cap-vert, un archipel que je ne connaissais absolument pas avant mon arrivée mais qui vaut le détour ne serait-ce que pour l’accueil et l’hospitalité assez incroyable des Capverdiens. Petit zoom sur ce pays oublié de tous et perdu au milieu de l’océan Atlantique.

 

GEOGRAPHIE

 

Loin des yeux du monde, cette terre aride oubliée par les pluies et balayée par les vents est perdue au milieu de l’immense océan. Situé dans l’océan Atlantique au large du Sénégal entre 14°23’ et 17°12’ de latitude nord et 22°40’ et 25°22’ de longitude Ouest, le Cap-vert, archipel de la Macaronésie (qui comprend aussi les Açores, Madère et les Canaries), est constitué de 10 îles, dont 9 sont habitées, et de quelques îlots dont la superficie totale est de 4033 Km². Sa distance des côtes du Sénégal varie selon les îles entre 570 et 860 Kms. Du fait de sa situation géographique, le Cap-vert ne peut qu’être oublié de tous. Il ne figure que rarement sur les cartes d’Afrique et encore moins sur celles de l’Amérique du Sud.

 

Ce sont des îles Volcaniques au relief généralement accusé dont le point culminant est le volcan de Fogo (2829 mètres), volcan toujours actif dont les dernières éruptions datent de 1951 et 1995. Des secousses ont été ressenties sur Fogo et Brava en septembre 2000.

 

Le climat y est sec et l’absence répétée de pluies rendent les paysages désertiques.

 

 

POPULATION

 

Au dernier recensement de 1999, ils étaient 430.000 Capverdiens dont plus de 65% avaient moins de 25 ans.

 

Du métissage des colons Portugais et des esclaves capturés sur les côtes Africaines sont issus un peuple et une culture uniques, au carrefour de multiples influences. Au Cap-vert, on fête le Carnaval comme au Brésil, on s’habille à l’Européenne et on porte les enfants dans le dos comme en Afrique.

 

Ce peuple né de migrations forcées de l’esclavage et forcé d’émigrer à son tour pour échapper à la famine, qui a décimé des milliers d’habitants au fil des siècles, a vécu une histoire douloureuse qui continue de le poursuivre. Ici, la famille est disloquée, les parents abandonnent par nécessité leurs enfants aux grands-parents pour aller gagner ailleurs les moyens de les faire subsister. Etrange pays qui possède plus d’habitants à l’extérieur de ses frontières qu’à l’intérieur (notamment sur la côte Est des USA). Cette diaspora contribue toujours à la survie de l’archipel grâce à l’argent qu’elle envoie.

 

Le processus de peuplement du Cap-vert se distingue nettement des autres pays d’Afrique. En effet, lorsque les navigateurs ont débarqué sur ces terres inconnues, ils n’ont pas rencontré de civilisation ancienne, ni de grandes surfaces de terre à conquérir. De ce fait, « maîtres et esclaves » ont cohabité de façon différente comparativement aux autres situations coloniales en Afrique, et le métissage y a été beaucoup plus important. Le peuple Capverdien s’est formé essentiellement durant les 2 premiers siècles de la colonisation. L’éloignement des îles, les difficultés de communication avec le Portugal liées aux conditions de navigation de l’époque ont ainsi favorisé le processus de métissage entre les maîtres blancs et les esclaves noirs. Ce métissage concerne la grande majorité de la population Capverdienne. Un grand débat anime aujourd’hui le peuple Capverdien quand à l’origine de ses racines. Est-il plus Africain ou plus latin ? En fait, le Cap-vert est au carrefour de 2 mondes ce qui fait qu’il est difficile voire impossible de le classer. Les Capverdiens eux-mêmes ont du mal à se situer culturellement. Connaissant les influences multiples de leur culture, ils s’affirment avant tout Capverdiens.

 

Le CREOLE

 

Le Créole est la langue Capverdienne, spécifique, alors que la langue officielle est le Portugais. Le Créole est ainsi la manifestation la plus éclatante de l’existence d’une identité Capverdienne. Il est né de la nécessité de dialogue entre les esclaves d’origine Africaine et les maîtres Européens. Comme on peut s’y attendre, le fond Portugais est très fort dans le créole Capverdien.

 

EDUCATION

 

Le Cap-vert est actuellement l’un des pays les plus alphabétisés d’Afrique : le taux d’analphabétisation y est « seulement » de 25%. L’école est obligatoire jusqu’à l’âge de 15 ans. Ensuite, le problème pour les lycéens est d’obtenir une bourse qui leur permettra d’aller étudier à l’étranger, le Cap-vert ne possédant pas d’université. Les principales destinations sont le Brésil, le Portugal et de moins en moins les pays de l’Est.

 

ECONOMIE

 

Les principales ressources du Cap-vert proviennent de la pêche. Le domaine maritime s’étend sur 700.000 Km² et la production de produits de la mer atteint 12.000 à 15.000 tonnes par an, ce qui a longtemps représenté environ 60% de la valeur des exportations du pays. Mais ce chiffre aurait diminué depuis 1993 et serait proche de 35% actuellement. La pêche est une activité difficile à cause de l’absence de plateau continental d’une mer souvent hostile et également de la présence de requins.

 

Le PIB par habitants est de 1300 $ mais l’économie de l’archipel ne suffit pas à nourrir ses habitants et le pays ne survit que grâce à l’apport financier des émigrés et à l’aide internationale (coopération bilatérale avec de nombreux pays dont le Portugal, les Pays-bas, les USA, la France et la Belgique). L’émigration reste essentielle à l’économie du Cap-vert. Entre 1987 et 1992, les versements des émigrants ont représenté (officiellement) 12% du PNB du Cap-vert. Quant à l’aide publique au développement, elle s’élevait en 1993 à 116 millions de dollars soit 1/3 du PNB. Selon les Nations Unies (PNUD), le Cap-vert apparaît comme l’un des pays les plus aidés au monde. Sans un développement économique capable d’absorber les chômeurs et le nombre croissant de jeunes qui arrivent sur le marché du travail, l’émigration continuera d’être l’alternative à la pauvreté pour une partie non négligeable de la population.

 

HISTOIRE

 

Un mot d’histoire, le Cap-vert a obtenu son indépendance au Portugal en 1975 sans coulée de sang (ce qui est très rare pour être signalé). Le grand héros qui a mené le pays à l’indépendance se nomme Amilcar Cabral (on le retrouve sur le billets de banque, l’aéroport porte son nom…). Entre 1975 et 1990, le pays était dirigé par un régime Marxiste mais les élections de 1990 ont ensuite amené le PRD, parti pour la démocratie, au pouvoir. Pour marquer le grand changement, les Capverdiens ont aussi changé l’hymne national et le drapeau.

 

Et puis, le Cap-vert, c’est également le lieu de passage de nombreux navigateurs d’hier ou d’aujourd’hui. Christophe Colomb y a fait escale pendant son 3ème voyage qui allait lui permettre de découvrir le Brésil et les pionniers de l’Aéropostale s’y sont arrêtés avant le grand saut pour les Amériques.

 

PROBLEME

 

Le problème numéro 1 du pays est le manque d’eau, cette eau que les Capverdiens réclament à corps et à cris, qui a causé tant de famines dans le passé. L’eau a un caractère sacré et il existe tout un rite autour de l’eau au Cap-vert. En ville, chaque maison est équipée d’un réservoir et d’une pompe électrique et, durant une heure tous les deux jours, l’eau de la ville est distribuée a un horaire précis en fonction des quartiers. Il faut alors être prêt à remplir le réservoir et économiser le bien précieux pendant 2 jours. L’alternative est d’avoir recours à un camion citerne. Les plus pauvres, qui n’ont pas l’eau à la maison, vont le chercher au Chafariz, poste de distribution de l’eau, ouvert certains jours à certaines heures. Parfois la queue y est impressionnante.

 

Voilà, j’espère que vous avez apprécié ce petit voyage dans ces îles si spéciales. Une des choses impressionnantes sont aussi les jolies plages et la couleur bleue clair de l’océan sur plusieurs îles (notamment Boavista), un paradis assez peu fréquenté par les touristes pour le moment mais je ne serais pas surpris qu’il se développe dans les prochaines années…