60. Arrivé au Cap-Vert : Une traversée Sportive !

Marina de Las Palmas, Gran Canaria, Ponton numéro 9, jeudi 24 avril, 17h.

 

Après avoir installé mes affaires dans la cabine et acheté de quoi manger pendant une semaine au supermarché du coin, l’Ulysseo, voilier de 10m25 de long s’apprête à quitter le port. A son bord, Robert, informaticien à la retraite passant plusieurs mois de l’année sur son bateau qu’il possède depuis 12 ans et moi-même, bateau-stoppeur, novice dans l’exercice d’équipier. Certes, mon court séjour sur le « Balou » m’aura permis d’apprendre certaines bases essentielles de la navigation mais le confort et la stabilité du catamaran rendait le tout facile.

 

Les amarres sont maintenant détachées, après un petit détour pour aller prendre du carburant, nous sortons du port de Las Palmas et montons les voiles peu après avoir arrêté le moteur. Le silence. Ca y est, nous voilà en parfait communion avec la nature et n’utilisons plus que ses forces pour avancer. Un réel plaisir. Avant d’être au large, Robert en profite pour rassurer sa femme restée en France « Bonjour chérie, nous voilà sortis du port, la mer est calme, nous venons d’arrêter le moteur…je n’aurai pas de rèseau pendant une bonne semaine, ne t’inquiète donc pas, je ne pourrai pas te tenir au courant…n’aie pas peur, tout se passe bien avec l’équipier (NB : Moi), si il devait y avoir un problème, je le jetterai à l’eau » dit-il en rigolant.

 

Ca y est, nous partons vers le large, la mer est calme, nous naviguons à 3 noeuds (environ 5 Km/h), c’est très peu, à ce rythme, il nous faudra 11 jours pour rejoindre l’île de Sal dans l’archipel du Cap-vert distant de 800 milles marins (environ 1700 Kms) de Las Palmas. Le soleil commence à se coucher sur l’océan, Robert me demande « tu es plutôt du matin ou du soir ? » « du soir » lui dis-je « Ca tombe bien, moi je suis du matin, si tu veux bien, tu t’occuperas des quarts de 22h à 4h du matin et moi je prendrai la suite ». Les quarts sont simplement le nom donné aux vérifications à faire la nuit, c’est à dire : gardons-nous le bon cap ? (214 degrés SW), n’y a t-il pas de bateau sur notre chemin ? N’y a t-il pas de problème avec les voiles ? Ces vérifications doivent être faites environ 1 fois toutes les 30 minutes. « Si il y a un problème, tu n’hésite surtout pas à me réveiller » me dit robert partant se coucher.

 

Il est 22h, me voilà seul maître à bord, toutes les 30 minutes, ma minuterie sonne et tel un équipier bête et discipliné, je sors et regarde à droite, à gauche et devant afin de m’assurer qu’il n’y ait pas de bateau, je jette ensuite un oeil sur le GPS indiquant la position, le cap et la vitesse du bateau. Tout va bien, c’est facile, la mer est calme ce soir et les étoiles brillent très fort…pourvu que ca dure. Il est 4h, Robert prend le relais, je vais alors me coucher dans ma cabine et m’endors facilement.

 

Le lendemain, à mon réveil tardif, j’apercois Robert entrain d’écouter la météo sur son poste grésillant, il grimace. Je sors dehors et me rend compte que les côtes ont disparu, nous voilà maintenant absolument seuls dans cet immense océan. Quel sentiment de vulnérabilité ! Devant, derrière, à droite, à gauche : rien, de la mer á perte de vue. Pourvu qu’il n’arrive rien car personne ne viendra nous chercher avant un bon bout de temps par ici ! Je redescends et Robert me dit « le vent devrait se lever à partir de ce soir » Super, me dis-je, nous allons pouvoir aller plus vite ce qui diminuera le temps du trajet.

 

Le soir arrivé, il est environ 19h, l’éolienne permettant à Robert de charger ses batteries commence à accélerer son mouvement, les vagues se font progressivement plus importantes, la vitesse du bateau passe de 3 noeuds, à 4, puis 5, puis 6, puis 7 et se rapproche même des 8, le vent souffle maintenant fort et la nuit s’annonce agitée.

 

Le mal d’estomac s’empare de moi mais pas de catastrophe, quelques médicaments me soulagent. Le bateau bouge maintenant beaucoup, il fait beaucoup de bruit, les bouteilles claquent les unes contre les autres, le bateau grince de tous les côtés, la houle est maintenant très forte et les vagues font plusieurs mètres de haut. A chaque fois que je sors faire mes vérifications, j’ai le droit à une bonne douche et reviens trempé à l’intèrieur. Robert est resté eveillé ce soir pour s’assurer que tout se passe bien, il est calme ce qui me rassure « j’en ai vu d’autres » dit-il « il y a quelques années, j’ai été pris dans une terrible tempête, j’étais tout seul à bord, ce jour là, j’ai eu peur que mon bateau lâche mais il a tenu bon, j’ai maintenant une grande confiance dans mon bateau ». Son discours me rassure car je me posais justement la question á savoir si son bateau pouvait tenir longtemps comme ca à bouger de droite à gauche sans cesse en heurtant violemment toutes ces vagues. Vers miniuit, Robert va se coucher puis à 4h, c’est à mon tour d’aller dormir mais c’est mission impossible, le bateau bouge trop et je me cogne partout, ma cabine est petite, trop petite, elle ne fait que 2 ou 3 mètres carrés ce qui est bien peu pour mes 1m88. Après m’être cogné une bonne dizaine de fois, je prends mon oreiller et décide d’aller dormir assis dans le « salon » avec la tête sur la table.

 

Vers 6 heures du matin, à peine endormi, Robert me réveille « Ludo, je vais avoir besoin de toi, il faut sortir pour baisser la grand voile, prépare toi ». Les cernes sous les yeux, j’enfile mes chaussures et sors. Les douches à l’eau de mer me réveillent tout de suite et je tire de toutes mes forces sur la corde attachée autour du winch pour faire descendre la voile. « Tiens toi bien, ce n’est pas le moment de tomber à l’eau » me dit Robert. Tomber à l’eau est ma hantise non seulement car nous arrivons dans les eaux chaudes ce qui veut dire qu’il y a de nombreux requins dans l’eau (NB : Au Cap-vert, il nous a été conseillé à plusieurs reprises d’éviter les baignades au large, surtout la nuit) mais surtout car si une chute dans l’eau à 3 noeuds de jour peut ne pas être fatale, tomber à l’eau la nuit, un jour de gros vent ne pardonne pas, une tête disparaît bien vite dans l’eau…Robert m’a expliqué ce qu’il faut faire au cas où il devait tomber à l’eau « D’abord, tu te dépêches pour me lancer la bouée de secours située à l’arrière du bateau, ensuite, tu vas vite vers le GPS et appuies sur le bouton rouge MOB (man out board) qui donnera la position exacte du moment où tu as appuyé. Ensuite, tu baisses la grand voile, mets le moteur en route et fais demi-tour pour essayer de me retrouver à l’aide du GPS mais tu seras déjà bien loin et ce sera difficile ».

 

De retour dans le bateau, je m’endors de nouveau assis. Quelques heures passent, le vent souffle toujours fort, le soleil s’est levé et je prends mon petit déjeuner. Jamais prendre un petit-déjeuner n’aura été aussi difficile qu’à bord du bateau, je me renverse bien entendu tout mon bol de chocolat dessus et mes tartines tombent par terre…du mauvais côté bien entendu…

Ainsi, pendant près de 6 jours, le vent a beaucoup soufflé (avec quelques accalmies de temps en temps tout de même) et les gestes les plus simples habituellement sur terre devenaient souvent de vraies corvées. Faire pipi devient alors un véritable exercice de précision où la concentration doit être au maximum, la vaisselle (à l’eau de mer) n’a jamais été aussi difficile à faire tant j’étais secoué dans tous les sens, la plupart de mes petits-déjeuner et repas se soldaient par des gaffes, la douche se prenait assis dehors avec un jéricanne d’eau douce (uniquement pour se rincer, l’eau de mer était utilisée pour se mouiller), plusieurs chutes de Robert sur moi ou l’inverse se finissaient souvent par de éclats de rire après s’être assuré qu’il n’y avait pas de casse. Dans les activités quotidiennes, je dois aussi citer mes 2 heures par jour d’apprentissage du Portugais mais il est bien difficile d’assimiler quoi que ce soit dans un tel environnement ! Enfin, pour nous détendre, Robert aime mettre sa cassette préferée : le best-of de Coluche avec notamment le sketch de l’auto-stoppeur…De grands moments de rigolade.

Jeudi 1er mai, terre à l’horizon, nous voyons au loin l’île de Sal faisant parti des 10 îles du Cap-vert. Nous jetons l’ancre dans un endroit protegé oú il y a une dizaine d’autres voiliers (peut-être un partant au Brésil ??? à suivre…) puis allons nous coucher. Ahh, une nuit au calme, quel plaisir !

 

Une traversée donc agréable quoique un peu longue et fatiguante du fait de l’état de la mer (et dire que la traversée de l’Atlantique durera encore bien plus longtemps !) mais une excellente experience.

 

Me voilá donc au Cap-vert, je vous donnerai quelques informations sur ce pays dans une prochaine brève mais d’ores et déjà, je peux vous dire que je suis très agréablement surpris par la chaleur et l’hospitalité des Capverdiens.

 

Je vais maintenant aller voir les différents voiliers au mouillage de l’île de sal afin de voir si il y a des opportunités pour le Brésil puis irai sans doute à Mindelo sur l’île de Sao Vicente qui est le principal port de l’archipel…Je resterais bien ici quelques temps pour découvrir mais je préfère aller d’abord voir les bateaux et connaître leur programme…

 

A très bientôt.