56. La vie de navigateur

Pendant ces 14 jours passés sur l’océan et dans plusieurs marinas (emplacement où stationnement les voiliers) des Canaries (surtout sur l’île de Gomera et de Tenerife), j’ai eu l’occasion de rencontrer et de vivre le quotidien de ces gens tellement différents les uns des autres qui vivent sur leur bateau toute l’année.

 

Extraits de mes rencontres avec Ben (Grande-Bretagne), Steve (Grande-Bretagne), Paul (France, skipper du bateau dans lequel j’étais), Dietmar (Allemagne) et Rod (Grande-Bretagne). 5 personnes, 5 histoires et motivations différentes.

 

Ben (GB)

 

Dans la petite ville de San Sebastian de Gomera, Ben me répond « Tu sais, je suis sûr que si tu intérroges 50 personnes dans cette Marina, tu auras 50 réponses et motivations très différentes les unes des autres. Pour ma part, j’étais dirigeant d’une entreprise, j’avais 80 personnes sous mes ordres, un grand stress à gérer et je me suis rendu compte que la vie telle que je la voyais, ce n’était pas ça, j’ai alors tout lâché et décidé avec ma femme et mon fils d’acheter un bateau et de vivre pendant quelques années dessus. Aujourd’hui, je passe environ 2 heures par jour sur internet pour gérer et continuer à gagner un peu d’argent et le reste du temps, je travaille sur mon bateau et profite de ma femme et de mon fils, un vrai plaisir que je n’avais pas avant ». Quand on demande à Ben si il envisage de revenir un jour à la vie de sédentaire, il répond du tac au tac « je vis depuis 2 ans sur mon bateau, c’est ma passion, je suis heureux et je n’ai pour le moment aucun intérêt à reprendre le métro-boulot-dodo qui rythmait ma vie auparavant. Par contre, ma femme ne supporte plus de ne rien faire et aimerait retravailler, nous réflechissons donc à ce que nous allons faire ». Quand on lui parle de l’amour de la voile, il renchérit « faire de la voile n’est que le moyen de transport, l’important est de vivre dans des endroits différents régulièrement. Tu sais, les gens qui vivent sur leur bateau ne naviguent en général pas plus de 50 jours par an. »

 

Steve (GB)

 

Steve, pour sa part, a quitté la Grande-bretagne il y a bien longtemps pour des raisons politiques « Dès que Margaret Thatcher est arrivée au pouvoir, je n’ai pas souhaité rester en Angleterre, je suis parti vivre à Toronto au Canada, ai economisé pour acheter un bateau et vis dessus depuis plus de 13 ans. Je gagne ma vie en faisant des réparations sur les bateaux, je suis charpentier de formation, ma femme est assistante dans une petite entreprise et mon fils est scolarisé ici, je passe en général entre 1 et 3 ans dans chaque endroits. Ce style de vie est idéal pour nous, nous aimons être flexible et partir dès que nous le souhaitons ». Gagne t-il assez d’argent ? « mon objectif n’est pas de gagner de l’argent, je veux simplement avoir assez pour pouvoir maintenir mon bateau, payer la Marina (NB : en géneral 9 Euros par jour mais beaucoup préfèrent rester au mouillage c’est à dire en jetant l’ancre près des côtes et ainsi ne rien payer) et offrir à ma femme et mon fils quelques sorties de temps en temps sans oublier de pouvoir acheter de bonnes bières ».

 

Paul (France)

 

« Pour moi, la voile est une passion, j’ai d’abord construit mon bateau et vivre dessus était la suite logique. J’aime ne rien faire de mes journées, je me lève quand je veux, je mange quand j’ai faim, je fais la sieste tous les jours, la notion de temps est vraiment différente sur un bateau. J’ai assez travaillé pendant ma vie, maintenant c’est au tour des autres de travailler pour moi ». Une envie de revenir à la vie de sédentaire ? « Ca ne va pas, non ? Plutôt mourrir. Ah non ça, la vie Parisienne plus jamais, je ne vais plus que dans les endroits ensoleillés et je veux pouvoir bouger régulièrement. De plus, tu sais, des cons il y en a partout mais l’avantage en bateau c’est que lorsqu’on ne les supporte plus, et bien on s’en va »

 

Dietmar (Allemagne)

 

Quand on demande à Dietmar, retraité de 71 ans et skipper d’un superbe yacht, ses motivations pour vivre une telle vie, il répond : « j’ai travaillé pendant longtemps et je veux profiter de ma retraite pour visiter le monde entier, le faire en bateau est extraordinaire, on amène notre chez nous où on veut, nous avons ainsi le confort partout où nous allons ». Je me rends compte que j’aurais dû vivre cette vie depuis bien longtemps mais je ne regrette rien, je suis heureux ».

 

Rod (GB)

 

Rod voyage avec 3 de ses amis Anglais « Avec mes amis, nous avons mis nos economies en commun, avons acheté un bateau l’année dernière et depuis, nous faisons le tour du monde en allant faire toutes sortes de travail un peu partout, c’est un peu galère parfois mais on s’en sort et on pense continuer encore 2 ou 3 ans comme ça, c’est ça la vraie vie ».

 

Voilà quelques exemples de personnes rencontrées sur les quais des endroits oú je suis allé dans les Canaries. Aucun d’entre eux ne semblait regretter son choix. Un style de vie parmi d’autres…il y en a bien d’autres qui choisissent de faire du stop autour du monde…