55. Les joies du Bateau-Stop

Faire de l’auto-stop, et à plus forte raison du bateau-stop a beaucoup d’avantages : rencontrer des gens très différents les uns des autres, se fondre dans des cultures différentes de la sienne…j’en passe et des meilleurs mais a aussi un gros inconvénient : celui d’être complétement dépendant non seulement du bon vouloir de ses hôtes mais aussi et surtout de leurs humeurs et comportements.

 

Il y a environ 3 semaines, Paul, skipper d’un superbe Catamaran accompagné de sa compagne me disait « Nous partirons la semaine prochaine, nous ferons d’abord un petit tour dans les îles canaries pendant 5 ou 6 jours puis nous descendrons sur le Cap-vert, nous devrions y être vers le 15 avril. Arrivés au Cap-vert, nous nous arrêterons une vingtaine de jours puis nous te reprendrons pour t’emmener à Salvador au Brésil où Maryse (sa compagne) assistera au mariage de son frère ». Un superbe programme qui me rendit le plus heureux du monde. Mais voilà, malheureusement c’était trop beau pour être vrai, nous sommes aujourd’hui le 18 avril et je suis…de retour à Las Palmas et n’irai pas au Brésil sur le Balou…Paul et Maryse m’en ayant fait voir de toutes les couleurs. Explications.

 

D’un côté, nous avons Paul, 55 ans, ancien chef de chantier et ancien pensionnaire d’un hôpital psychatrique. Cet homme est une véritable boule de nerfs passant son temps à crier (très souvent pour des raisons incompréhensibles) « Crier permet de se faire entendre » déclare t-il…

 

De l’autre Maryse, 40 ans, femme fragile au passé difficile, dépressive et très sympathique ne supportant pas les gens qui crient.

Ce couple fraîchement crée devait profiter de ces quelques semaines de navigation pour se rapprocher et c’est tout l’inverse qui s’est produit car les 2 caractères sont bien trop différents. Bilan des opérations : un couple à la dérive ne cessant de « s’engueuler » créant une ambiance tendue quasi permanente, une femme à plusieurs reprises au bord de la crise de nerfs accumulant anti-dépresseurs, cigarettes, cafés et verres d’alcool à une vitesse impressionnante, un homme ne comprenant pas que sa compagne n’aille pas bien accumulant lui aussi médicaments, cigarettes et verres d’alcool les uns derrière les autres. Au milieu de tout ça, l’auto-stoppeur (ou bateau-stoppeur devrais-je dire) que je suis dût rester le plus discret possible et parfois se transformer en psychologue-médiateur en tentant de toujours rester neutre (ce qui fût difficile parfois…). Après quelques temps, ce qui devait arriver arriva, Maryse décida de quitter le bateau et de rentrer en France ce qui remettait bien entendu tous les plans de voyage au Brésil en cause. La réaction de Paul vis-à-vis de moi après l’annonce du départ de sa compagne ne se fit attendre « Prends tes affaires et casse toi, je ne traverserai pas l’Atlantique et je veux rester seul »…Sans commentaire.

 

Résultat des courses, Paul m’a laissé au sud de l’île de Tenerife dans le village de Los Cristianos et j’ai passé ma journée d’aujourd’hui à traverser toute l’île en auto-stop pour enfin rejoindre l’île de Gran Canarian et Las Palmas, ville que je commence à connaître (j’y suis arrivée il y a près d’un mois), que j’ai apprecié au début mais que je vais finir par maudire…

 

Comme vous pouvez l’imaginer, je suis très déçu et je trouve la sanction particulièrement lourde étant donné que je n’ai, je pense, absolument rien à me reprocher et que j’ai donné le meilleur de moi-même dans les différentes tâches qui m’étaient confiées (travail d’équipier, vaiselle, aides diverses). Me revoilà donc au point zéro, trouver un autre voilier à cette époque de l’année sera une chose très très difficile étant donné que les alizés ne sont maintenant absolument plus favorables pour partir sur le Brésil et que nous rentrons tout doucement dans la période des ouragans (la bonne période débutera fin octobre mais une traversée maintenant reste tout de même du domaine du possible)…Cependant, je suis bien loin de me décourager et de baisser les bras, je reste convaincu que je trouverai le moyen de traverser l’Atlantique en stop peu importe le temps que ça prendra.

 

Pour le moment, il est 22h, je suis dans un cyber café avec mon sac entre les pieds, je ne sais pas où je vais dormir ce soir et je suis fatigué.

 

Etant donné que mon séjour ici va peut-être se prolonger, je vais sans doute chercher un petit boulot de quelques heures par jour dans un hôtel afin de pouvoir être logé et nourri car la vie est assez chère par ici et mon budget en prend un coup…A suivre.

Avant de terminer, je tiens tout de même à dire que faire de la voile était un moment formidable, il est fort d’être en parfait accord avec la nature et de n’utiliser que ses forces pour avancer…De plus, lors de ces quelques jours, j’ai eu l’occasion de réaliser un petit rêve d’enfant : celui de jouer avec des dauphins en liberté l’espace de 5 bonnes minutes. Un vrai bonheur qui à lui seul vaut bien un mois de « perdu » (ce n’est, à mon goût, pas vraiment du temps de perdu)…Je vous montrerai les photos et vous expliquerai ce que j’ai tout de même pu faire lors de ces 14 jours passés sur l’océan dans une prochaine brève.

 

A très bientôt, je vais dormir maintenant.