36. La vie au Sénégal

Si l’on en croie Lamine, gérant du petit commerce en dessous de chez Baya (la personne qui me loge à Dakar) « vivre au Sénégal est une vraie galère, vous les Toubabs (les blancs), vous ne pouvez pas comprendre, ici il n’y a pas de travail et encore moins d’argent. Moi, par exemple, je travaille dur et gagne 200.000 frs (francs CFA = anciens francs français = environ 300 Euros) par mois et avec ça, je dois faire vivre 10 personnes qui sont à la maison et qui n’ont pas de travail, c’est difficile ». Et ce même Lamine de rajouter un petit peu plus tard la larme à l’oeil « Ma première femme est décedée à l’âge de 24 ans, elle était enceinte de notre deuxième enfant et fût emportée par une embolie pulmonaire, les structures Africaines ne permettant pas de la sauver. Si nous avions été en Europe, elle aurait été sauvée sans problème ».

 

Cas isolé ? Absolument pas, des histoires comme celle de Lamine, j’en entends presque tous les jours et elles se finissent souvent par « j’aimerais qu’on reste en contact, peut-être pourras tu me faire une lettre d’invitation (NB : document officiel que les citoyens français peuvent faire pour faciliter l’acquisition d’un visa pour les étrangers) afin que je puisse venir vivre en France… ». Une grande majorité des Africains pensent que la vie en France est un vrai paradis.

 

Il est vrai que vivre au Sénégal (c’est la même chose pour beaucoup d’autres pays Africains) est très difficile. En effet, les conditions sanitaires sont désastreuses (un chiffre : dans les pays les moins avancés, une femme sur 16 meurt en cours de grossesse ou lors de l’accouchement, alors que dans les pays industrialisés, seule 1 femme sur 4100 meurt pour les mêmes raisons), les infirmes dans la rue sont incalculables, les Sénégalais ne pouvant souvent pas se payer des soins médicaux (il n’y a bien entendu pas de sécurité sociale comme en France) et les conditions d’hygiène sont tout simplement déplorables (il y a des insectes partout…)…

 

De plus, même si le taux d’analphabétisation diminue depuis quelques années, le niveau d’éducation reste très faible ce qui est, je pense, la base du problème Africain. En effet, pour nombre de gouvernements et d’entreprises, l’éducation demeure un coût et non un investissement nécessaire et utile. Cette pénurie générale profite bien sûr aux acteurs les plus riches (qui profitent de la situation pour sous-payer leurs employés).

 

Ces données font qu’aujourd’hui, la vie au Sénégal est presque la même qu’en 1960, année de l’indépendance et que, selon le quotidien Sénégalais Scoop « la productivité au Sénégal a 471 ans de retard sur celle des Etats-Unis ».

Cependant, il n’y a bien sûr pas que des points négatifs au Sénégal et pour cause. Devant ces problèmes, le peuple Sénégalais est solidaire et cherche très souvent à s’entraider (l’entraide est un principe dicté par le Coran), la société est ainsi bien moins individualiste que dans nos pays occidentaux. Cette entraide se traduit par un partage quasi systématique de la nourrirure, du logement et de l’argent (la mendicité est une chose très répendue ici au Sénégal). De plus, la Teranga (terre d’accueil en Wolof) est une chose extraordianire que j’ai pu vérifier à plusieurs reprises. En effet, le nombre de personnes m’ayant invité soit à boire le thé soit à loger est tout simplement impréssionant et sans aucune comparaison avec l’Europe.