33. Une matinée riche en émotion

Il est actuellement 14h00 à Dakar et je viens de vivre la demi-journée la plus riche en émotion depuis le début du tour mais peut-être aussi depuis le début de ma vie…Cette histoire n’est pas très flatteuse pour moi mais je me dois de vous la raconter entièrement car elle fait partie intégrante du voyage…

 

Ce matin, vers 8h00, je reçois un texto de la commanderie me disant « Ludovic, venez rapidement à la commanderie au Môle 8 », je me dépêche alors, me dit qu’il y a peut-être un bateau en partance pour le Brésil dont je ne serais au courant. J’arrive à l’entrée du port au Môle 8 (le môle 8 est du côté Nord, je vais en général du côté Sud), le gendarme à l’entrée me demande ma carte d’accès au port ou mon laissez-passé. Etant donné que la délivrance du laissez-passer se fait au môle 2 du côté Sud à 3 Kms aller-retour de marche, je n’en ai pas fait exceptionnellement aujourd’hui. Je dis alors au gendarme que je n’en ai pas mais que Mr Hann de la capitainerie m’attend, je lui montre le texto, lui demande de l’appeler… Il me répond alors qu’il est impossible de rentrer sans laissez-passer et me dit d’un ton sec de partir au môle 2 pour en chercher. Etant assez têtu et un peu faignant parfois (je ne voulais pas marcher 3 Kms aller-retour), je décide de passer par la grande porte réservée aux camions en essayant de faire en sorte qu’il ne me voit pas pour aller rejoindre la commanderie. Pas de chance pour moi, il me voit faire et crie « arrêtez-le ». Oups, je n’aurais peut-être pas dû tenter de passer. 2 gendarmes viennent alors vers moi, me disent de les suivre dans la petite maison reservée aux gendarmes. Leur résponsable me dit alors « savez-vous qu’entrer en éffraction dans le port constitue un délit ? » Je lui réponds alors très calmement que je l’ignorais mais que je ne recommancerai plus. Il me demande alors mes papiers et là 2 solutions s’offrent à moi :

 

1) Je lui donne ma vraie identité et adieu l’accès au port et donc le bateau-stop (je rappelle que 2 bateaux partent pour le Brésil demain et que je compte beaucoup dessus).

 

2)Je lui dit que je n’ai pas mes papiers (j’avais ma carte d’identité dans la poche dans mon portefeuille et mon passeport dans mon sac à dos) et lui donne un faux nom afin qu’il l’écrive et me laisse partir, je passerai alors par l’entrée d’un autre môle la prochaine fois et cette histoire sera oubliée…

 

J’observe un temps d’arrêt d’une seconde et tente le pari risqué de donner un faux nom, je lui dis alors « Michel Durand », nom bien français. Puis il me demande ma date de naissance, je commence à m’inquiéter car je déteste mentir mais je lui donne une date de naissance au hasard. Mon pouls commence à s’accélerer et je me dis « mais qu’est ce que je suis entrain de faire, je fais une fausse déposition », je suis un très mauvais menteur et je déteste ça mais parfois la situation l’oblige.

 

Après que le gendarme eut écrit ces quelques données, je priais pour qu’il me laisse partir tranquillement mais voilà, il s’enerve et me dit alors « ces français m’énervent, ils se croient tout permis. En plus, plein de sénégalais viennent de se faire exclure de France, mettez le en prison et fouillez le, ça lui apprendra à ne pas enfraindre nos lois ». 2 gendarmes viennent alors vers moi, ils me prennent mon portefeuille, mon télephone portable, ouvrent mon sac, prennent mon caméscope et mon passeport, ils me disent d’enlever mes chaussures, ma ceinture et m’emmènent dans la prison du port. Dès que la porte s’est ouverte, j’ai compris que ça ne serait pas une partie de rigolade, cette pièce faisait une petite dizaine de mètres carrés, une odeur insoutenable d’urine en ressortait, des dizaines de mouches volaient et 7 Sénégalais dormaient par terre. Dans le coin, il y avait un petit espace reservé pour que les prisonniers fassent leur besoins.C’était tout simplement horrible.

 

Je m’assois dans l’endroit qui me paraissait le plus propre et attends 5 minutes, 10 minutes puis la porte s’ouvre à nouveau et le responsable m’appelle, je me lève et m’en vais le voir dans son bureau (toujours en chaussette). Il était entrain de regarder mon passeport et me dit « vous vous appelez Michel Durand ou Ludovic Hubler ? ». Je prends alors la parole et lui dit « Monsieur l’agent, je vais vous dire toute la vérité (je prends mon sac (qui était à côté de lui), en sort ma plaquette et mon book Média (avec notamment 2 articles Sénégalais), je m’appelle Ludovic Hubler, je fais actuellement un triple projet dont la base est le tour du monde en auto-stop et bateau-stop, je fais aussi 2 missions humanitaires ainsi qu’un projet pédagogique dans lequel je suis parrain d’enfants malades en France, je ne suis donc pas quelqu’un de mauvais.Venir au Sénégal m’a permis de me rendre compte que votre joli pays a besoin d’aide et j’aimerais par la suite participer au développement du Sénégal (je le brosse dans le sens du poil) ». Je lui explique alors que je lui ai donné une fausse identité « afin de ne pas avoir l’accès au port bloqué car je dois rejoindre le Brésil en bateau et cela est non seulement important pour moi mais aussi pour tous les enfants qui me demandent tous les jours si j’ai trouvé un bateau. Mr l’Agent, je tiens à m’excuser d’avoir chercher à passer sans autorisation et sachez que je ne le referrai plus ».

 

L’agent commence alors à lire les articles concernant mon projet (voilà l’importance d’avoir un book média), il regarde ma plaquette et me dit « ne faites plus jamais ça, la prochaine fois, je vous fais enfermer pour plusieurs semaines ». Il me dit alors de reprendre toutes mes affaires et de partir sans aller à la capitainerie. Je suis donc parti, j’ai appelé la capitainerie du môle 8, ils m’ont simplement prévenu que 2 bateaux partiraient demain pour le Brésil mais ça, je le savais déjà…

 

Ouf, j’ai eu un peu peur, je ne vais pas vous le cacher, je m’en sors très bien car mon accès au port n’est pas bloqué…Je pourrai donc tenter ma chance demain auprès des capitaines…Cette experience me servira tout de même de leçon, il vaut mieux toujours réspecter les lois, même les plus petites, si on veut éviter ce genre de problème…de plus, les prisons sénégalaises m’ont permis de voir à quel point je n’aimerais pas y retourner…