z126. Rencontre : Padre Santiago à Nandaïme au Nicaragua

Padre Santiago fait partie de ces gens dont je suis admiratif qui mettent en œuvre le maximum d’eux-mêmes afin de rendre notre monde meilleur. Rencontre avec un homme bien décidé à faire changer les choses. Un article certes un peu long mais des plus intéressants…

 

A travers mon site, certaines personnes du monde entier me contactent et parfois me font part de contacts intéressants. Récemment, Isabelle, une Québécoise me conseille de rencontrer Padre Santiago, un Canadien exilé depuis plus de 19 ans dans la ville de Nandaïme, ville de 40.000 habitants située dans la partie sud du Nicaragua. « Une personne très bien et très intéressante » me dit-elle…

 

Je contacte donc le Padre (voir photo ci-dessous) via e-mail et il me répond de lui rendre visite dès mon passage à Nandaïme ce que je ne manque pas de faire. Une rencontre parmi les plus intéressantes depuis le début de mon aventure…

 

 

Loin de ces prêtres qui passent leur temps à parler des malheurs du monde et qui ne font en vérité pas grand-chose pour améliorer la situation, le Père Santiago est venu en 1985 au Nicaragua avec une ferme intention : Faire de sa vie une aventure utile et donner les moyens à cette région fortement touchée par la pauvreté d’améliorer ses conditions de vie.

 

« La situation est cruelle, désespérante, dévastatrice, inquiétante, urgente, violente, révoltante, immorale, injuste, inacceptable, illégitime, désastreuse, abominable, dégoûtante, démoralisante, destructrice, indigne mais ….évitable ». Ces mots forts sont ceux du Père expliquant les conditions de vie de sa ville d’adoption qu’il entend bien améliorer le plus vite possible, mais le challenge est de taille, jugez plutôt : 40,000 habitants dont 30,000 vivant dans la pauvreté (avec un salaire de moins de 2 USD quotidien), un taux d’enfants ayant eu accès à l’éducation très faible, des routes souvent non pavées, un accès à l’eau potable faible, des conditions sanitaires déplorables…Sa solution pour tenter d’améliorer la situation : la création du centre communautaire qui a ouvert ses portes en 1985.

 

« Obras, no palabras » (Des actes, pas des paroles). A peine arrivé près du centre, la couleur est donnée, je comprends vite que le Père Santiago est un homme concret.

 

« La création du centre a pour objectif d’apporter aux jeunes de la ville de Nandaïme une alternative de vie et une meilleure éducation » raconte avec enthousiasme le Padre comme tout le monde l’appelle ici. De la musique à la danse en passant par l’art et le sport, le centre cherche dans un premier temps à permettre à des jeunes d’avoir accès à des activités développant l’intelligence, la culture mais aussi le travail d’équipe, la réalisation d’objectifs et l’esprit de compétition visant à donner le meilleur de soi-même et ainsi se valoriser. En quelques années, son centre a vu naître une radio, une bibliothèque, un télécentre donnant accès à Internet, de nombreuses activités culturelles, artistiques, sportives et éducatives, un docteur pratiquant la médecine naturelle…De plus, et c’est le plus important, l’objectif du centre vise à aider les jeunes d’une façon ou une autre à se créer un travail rémunéré afin de le rendre autosuffisant et responsable. « Une des responsables du centre s’occupe également d’un projet visant à mener plusieurs jeunes du barrio à l’université » rajoute le père ne manquant pas d’énergie et d’idées.

 

« Le fonctionnement du centre repose beaucoup sur l’entraide, sur le volontarisme, sur la réalisation d’un but commun : Eliminer ou tout du moins réduire la pauvreté de la ville ».

 

« Je vais te donner un exemple concret de ce qui se passe ici pour que tu te fasses une bonne idée de l’importance de la situation. Il y a quelques jours, un jeune de 12 ans a eu une crise d’asthme. La famille l’a conduit à l’hôpital mais il n’y avait pas de nébuliseur. La famille est alors allée à la pharmacie mais ça coûtait plus de 100 USD, un montant impossible à payer pour la famille. Ils ont alors décidé de transporter le jeune en ambulance pour rejoindre l’hôpital de Granada (à une quinzaine de kilomètres) mais le jeune est mort dans l’ambulance avant d’arriver à destination… »

 

Des mots durs mais qui illustrent une réalité bien cruelle.

 

Pour financer le centre et développer le commerce dans la ville, Padre Santiago compte sur 3 choses : Le tourisme solidaire, le commerce équitable et la consommation exemplaire. Explications.

 

En jumelage avec l’association « Spirale » basée au Québec, le Padre Santiago organise des séminaires de 15 jours pour de nombreux jeunes âgés en général de 17-18 ans. Durant ces 15 jours, les jeunes sont sensibilisés à une autre forme de vie en restant 11 jours dans des familles très pauvres sélectionnées (pour éviter vols et autres problèmes) et 4 jours chez des paysans Nicaraguayens. De plus, durant ces 15 jours, les jeunes vont voir les dépotoirs habités de Managua et participent à des conférences permettant de mieux comprendre le pourquoi du comment et de voir la vraie face de la pauvreté. « Les jeunes reviennent en général transformés de leur expérience ici et nombreux sont ceux qui souhaitent passer à l’action pour améliorer les choses » commente le Padre Santiago. Pour financer leur voyage, les jeunes vendent pendant plusieurs mois des hamacs et bracelets ramenés par avion par les groupes précédents étant venus au Nicaragua (pour ainsi éviter les frais de transport). La vente de ces produits est faite en payant le prix juste avec la règle du commerce équitable (voir prochaine brève pour davantage d’explications sur le commerce équitable). « Nous demandons aussi aux jeunes de ne pas prendre trop d’affaires et de faire venir des médicaments du Québec au Nicaragua » indique le Padre.

 

Cette activité appelée « Tourisme solidaire » a donc de multiples avantages :

 

–   Faire venir des médicaments et autres produits de première nécessité du Québec au Nicaragua. 
–   Sensibiliser des jeunes et leur faire véritablement connaître le 1/3 monde (qui est par ailleurs plus proche de 2/3 que de 1/3 !). Les jeunes en sortent en général ravis et transformés. 
–   Faire gagner de l’argent et enrichir culturellement les familles d’accueil (chaque jeune doit payer sa pension à la famille qui peut ainsi jouer le rôle de maison d’hôte). 
–   Faire fonctionner le commerce local (production de hamacs et bracelets) en suivant les règles du commerce équitable.

, vous pouvez me contacter pour toute information complémentaire (ludovichubler@yahoo.fr).

Dernier axe de financement possible, la consommation exemplaire. « Plus de 2000 jeunes Québécois sont venus à Nandaïme depuis les débuts du tourisme solidaire. Lors de nos conférences, nous avons insisté sur le fait que réduire un petit peu la surconsommation des pays développés pourrait aider le développement d’autres pays. Ainsi, notre challenge consiste à réussir à rentrer en contact avec 1000 anciens pensionnaires de notre centre et leur demander durant un an de surconsommer un peu moins à hauteur de moins de 28 cents par jour soit le prix d’un café. 28 cents multipliés par 365 jours font environ 100 dollars par personne multipliés par 1000 personnes, vous aurez vite fait le calcul, ça fait 100.000 dollars US. Avec une telle somme, nous pouvons faire beaucoup de choses intéressantes pour le bien de la communauté ». Sensibiliser les jeunes à la pauvreté du monde et faire réfléchir à la surconsommation, tels sont les challenges du Padre Santiago qui pourrait avoir l’honneur de présenter son projet au forum mondial de l’économie sociale et solidaire se tenant à Dakar au Sénégal en Novembre 2005 (une fois tous les 4 ans) en cas de réussite du projet des 100.000 dollars US de consommation exemplaire.

 

Un exemple à suivre…et à démultiplier pour un monde meilleur…

 

Quelques photos pour terminer :

 

Une école de Nandaïme :

 

 

Une maison d’un quartier pauvre de Nandaïme :

 

 

Un homme travaillant sur la construction d’un hamac (d’excellente qualité par ailleurs) :

 

 

 

A bientôt.