z100. Inka Samana, l’école du futur

L’histoire d’Inka Samana, c’est avant tout l’histoire d’un couple pas comme les autres : José-Maria Vacacela et Gabrielle Albuja.

 

 

Nous sommes en 1980. José Maria, indien indigène originaire de la petite ville de Saraguro située au fin fond de l’Equateur rêve d’une chose : devenir professeur « pour pouvoir changer les choses » dit-il. Son esprit travailleur et sérieux lui permet de franchir les étapes les unes après les autres et ainsi obtenir le titre de professeur tant désiré en 1985 dans l’université de Quito, la capitale Equatorienne. Lors de sa dernière année d’étude, son destin croise celui de Gabrielle, jeune demoiselle au physique très occidental qui n’a qu’une idée en tête : améliorer le système éducatif Equatorien « inefficace » selon t-elle. Cette rencontre changera non seulement leur destin mais également celui de centaines d’enfants…

 

Gaby, comme l’appelle tout son entourage, raconte « Je me souviens, le 29 décembre 1985, José-Maria et moi avons eu une longue discussion où nous mettions en commun nos projets, j’ai compris à ce moment là que cet homme était fait pour moi et que nous allions faire un long chemin ensemble ». Et quel chemin ! Moins de 2 mois plus tard ce jeune couple était marié et se préparait à réaliser leur rêve commun : créer une école pas comme les autres.

 

José-Maria explique « De nombreuses raisons ont motivé notre choix de nous lancer dans l’aventure Inka Samana. Tout d’abord, nous sommes partis du principe qu’il n’y avait aucune raison pour que les enfants de riche puissent avoir accès à une bonne éducation et que les enfants de classes moins aisées doivent se contenter de professeurs n’ayant souvent aucune compétence et pire, aucune valeur. Les résultats sont souvent désastreux et un trop grand nombre d’enfants se retrouvent sans aucune éducation. Ensuite, je ne peux tolérer que l’éducation donnée dans les écoles avec population indigéne ne tienne pas compte des différences culturelles. Nous sommes fiers de notre culture et de nos traditions mais celles-ci se perdent car elles ne sont plus enseignées à nos enfants. Par exemple, notre langue native, le Quechua n’est souvent plus enseigné et est entrain de disparaître, c’est honteux. Enfin, nous estimons que l’enseignement traditionnel à savoir un professeur parlant à une vingtaine d’élèves prenant des notes n’est pas une pédagogie efficace. Partant de là, nous avons décidé de quitter la capitale et revenir vivre dans ma communauté à Saraguro pour créer Inka Samana, une école pas comme les autres ».

 

Inka Samana est alors créée en 1986, elle regroupe aujourd’hui environ 100 élèves et 17 professeurs. Sa différence ? « Inka Samana est une école reservée aux populations indigènes de Saraguro quel que soit leur niveau social, elle est composée du cycle primaire (de 6 à 12 ans) et du secondaire (de 12 à 18 ans). Ici, les examens et niveaux à l’intérieur des 2 grands cycles n’existent pas, notre objectif est de travailler sur le sens des responsabilités de chaque élève et sur la structure de leur cerveau afin de stimuler leur intelligence. Dans cette école, le professeur n’est pas comme les autres, il n’est pas devant sa classe à expliquer une leçon, ce sont les enfants eux-mêmes qui apprennent et qui s’expliquent les leçons entre eux, voire qui expliquent au professeur » raconte José-Maria. Le système se passe comme suit : Loin de toutes salles de classe classiques, les élèves sont rassemblés dans une grande salle comportant différents « stands ». Par exemple, pour le cycle secondaire (de 12 à 18 ans), un stand mathématiques, un stand castellano (langue Espangnole), un stand Anglais, un stand Quechua, un stand physique…chaque stand comporte un professeur et tout un environnement pédagogique avec jeux, livres, affichages…L’élève va alors à son grès et selon ses aspirations et préférences d’un stand à l’autre en respectant tout de même un programme mis en place et un niveau selon son âge car les redoublements n’existent pas ici. « Un élève n’aimant pas les mathématiques doit tout de même assurer un minimum et le fait que nous le rendons responsable fait qu’il assure quasi toujours ce minimum » précise Gaby.

 

Pour être plus clair, voici quelques photos que je vais expliquer :

 

Voici le stand Anglais, de nombreux affichages sont au mur et la professeur apprend aux 2 élèves venus à son stand des mots de vocabulaire pendant environ 30 minutes grâce à des petites cartes.

 

 

 

Le stand Castellano (Espagnol), le professeur vient voir ses élèves et répondre aux questions. Il vient également vérifier que ses élèves ont bien tout compris en leur demandant de lui expliquer la dernière leçon. Les élèves peuvent rester au même stand 30 minutes comme 3 heures selon ce qu’ils apprennent.

 

 

Le stand Quechua, le professeur vient discuter en Quechua avec quelques élèves en utilisant les dernières notions apprises.

 

 

2 élèves travaillant consciencieusement la leçon du jour sans professeur, ils peuvent faire appel à lui à la moindre hésitation ou non-compréhension.

 

 

Un affichage au stand Quechua.

 

 

Le stand mathématiques, un élève fait des exercices.

 

 

Le stand physique, le professeur n’est jamais bien loin et se tient toujours prêt à expliquer.

 

 

Les étudiants indépendants viennent faire leur recherches.

 

 

 

Sur les murs, nous pouvons lire de nombreux messages très intéressants destinés à motiver les élèves :

 

« Les mathématiques sont aussi un moyen pour l’esprit de connaître le monde et d’apprendre à le gérer »

 

 

« Ce n’est pas une disgrâce de mourrir avec des rêves non réalisés mais ça l’est de vivre sans rêves à réaliser. L’authentique échec est

la pauvreté de l’esprit ».

 

 

« Le ciel n’aide jamais l’homme qui n’est pas disposé à agir »

 

 

« Je suis décidé »

 

 

« La sérenité et la patience permettent au cerveau de sentir et éclairer le vrai chemin »

 

 

« La volonté est un désir absolu et si fort qu’il nous fait penser que la chose desirée est en notre pouvoir »

 

 

« J’ai beaucoup de volonté »

 

 

« Je suis dynamique »

 

 

« Donne toi le plaisir d’arrêter le monde et de décider de son sort »

 

 

« Je suis consciencieux »

 

 

« L’action conquiert la peur »

 

 

« Si tu donnes de la valeur à tout ce que tu rencontres autour de toi, tu te valorises toi-même »

 

 

« Ma volonté est forte »

 

 

Petite photo prise lors d’un match de foot l’après-midi.

 

 

Outre sa méthode pédagogique différente et son faible coût (les professeurs, choisis et formés par José-Maria, sont payés par l’Etat et les autres coûts sont réduits au maximum), l’école a aussi pour objectif de protéger la culture indienne et d’apprendre toutes les traditions et coutumes aux élèves « ils doivent par exemple tous être capable de fabriquer de l’art indien et de se débrouiller en Quechua » explique José-Maria vêtu de son habit traditionnel et de son chapeau comme le sont tous ses élèves.

« Ça ne marchera jamais », votre projet est complètement fou », « aucune chance de réussite, les enfants ont besoin d’être encadrés »…les réactions et critiques sont des plus vives à l’encontre de Gaby et José-Maria à l’ouverture de l’école en 1986. « Malgré le peu de soutien que nous avions, nous avons toujours cru en notre projet, les résultats obtenus aujourd’hui nous prouvent que nous avions raison » renchérit José-Maria. Mais comment savoir si la formule utilisée est efficace ? « Après 18 ans d’expérience, nous pouvons affirmer que quasiment tous les enfants sortis d’Inka Samana qui sont allés ensuite dans d’autres écoles ont toujours été dans les premiers. C’est normal, ils ont une structure du cerveau qui leur permet d’intégrer les phénomènes rapidement, de s’adapter aux circonstances et de retenir plus facilement que quiconque. » explique Gaby très enthousiaste. « La réussite de chacun de mes élèves est primordiale, chacun sort avec une connaissance de sa culture, un cerveau structuré et bien rempli » renchérit José-Maria fier d’avoir en partie réalisé son rêve d’enfant.

 

Inka Samana, école du futur ? Je n’en sais rien mais j’ai personnellement été épaté de voir la conscience et le sérieux des élèves. De plus, ayant bien entendu profité de ma présence dans l’école pour partager mon projet de tour du monde (voir photo ci-dessous), j’ai été impressionné par leur ouverture d’esprit et leurs questions souvent pleines de bon sens, bien plus que dans d’autres endroits où j’ai pu donner des « conférences » depuis le début de mon aventure. J’ai également été séduit par cette forte volonté de vouloir maintenir la culture indienne malgré l’influence grandissante de « l’Américanisation » de notre société. Cet exemple pourrait peut-être servir dans bien des endroits à travers le monde mais encore faut-il qu’il soit fait de façon aussi consciencieuse car l’échec de ce type de pédagogie me paraît facile si les professeurs ne sont pas bien préparés…De plus, le gouvernement Equatorien semble être disposé à financer 17 professeurs pour 100 élèves, même s’ils sont mal payés, je ne suis pas sûr que de nombreux pays acceptent une telle répartition. Une chose est sûre cependant, si effectivement chaque élève sortant est bien éduqué et disposé à faire des choses de sa vie, ce sera l’école du futur car avoir un jeune inactif et inefficace durant toute une vie coûtera bien plus cher au gouvernement que quelques professeurs supplémentaires…

 

Une photo prise lors de la présentation de mon projet aux enfants. Ma présentation avait pour objectif de montrer que les rêves peuvent être réalisés peu importe leur taille. Le directeur de l’école donne beaucoup d’importance à la réalisation des rêves, il était donc heureux que mon exemple concret confirme sa thérorie.

 

 

Si vous souhaitez plus d’informations sur cette école ou sur le projet pédagogique qui est bien plus complet que ce que je vous ai décrit ci-dessus, n’hésitez pas à me demander des informations, je pourrai vous mettre en contact avec Gaby et José-Maria ou vous faire parvenir des documents que j’ai en ma possession (en Espagnol).

 

Pour terminer une petite photo d’un petit indien marrant, à signaler que tous les garçons ont les cheveux longs attachés ou tressés en natte :

 

 

A bientôt